‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 119 sur 203 · L'EXPANSION COLONIALE · texte numérisé non relu

L'EXPANSION COLONIALE

s'élevait à 374 millions; — celui des marchandises a, de son côté, plus que doublé, passant de 6271 millions de tonnes kilométriques au chiffre de 13 790 millions. Cet essor était grandement facilité par rabaissement des frets. Le tarif moyen par voyageur et par kilomètre tombait de 5 cent. 44 en 1869, à 3 cent. 77 en 1897, et celui par tonne kilométrique, de 6 cent. à 5 cent. 044.

Le mouvement sur les rivières et canaux, sur lesquels les droits de navigation ont été complètement abolis en 1880, a, pendant le même temps, plus que doublé, passant de 2 milliards de tonnes à 4 366 millions.

Le cominerce extérieur. — Les chiffres du commerce extérieur ne témoignent pas d'un élan aussi rapide que celui constaté pendant la période précédente. La moyenne du commerce spécial, importation et exportation réunies, qui était de 6 700 millions pour la période de 1867-1876, ne s'est élevé qua 7 500 millions pour celle de 1887-1896, et si en 1898 il a presque atteint 8 milliards, c'est qu'une mauvaise récolte a nécessité une importation extraordinaire de céréales. Néanmoins, en lisant ces chiffres il ne faut pas oublier que, par suite de la baisse des prix, ces valeurs cachent des quantités très différentes. Dans la période 1867-1876, l'importation des matières nécessaires à l'industrie avait été de 2 milliards de francs en moyenne; en 1898, elle s'est élevée à 4300 millions; et la valeur des produits fabriqués exportés passait de 1700 à 1900 millions de francs.

VIL — L'expansion coloniale.

Cédant à la fois à des raisons politiques et à des raisons économiques, la France a travaillé depuis une vingtaine d'années à reconstruire son empire colonial. Elle espérait y trouver un emploi pour ses capitaux, et des débouchés pour les produits de son industrie. L*œuvre accomplie a été merveilleuse. Nos territoires du Sénégal ont été reliés au Niger, et nous avons occupé la plus grande partie du Soudan, en même temps que

nous avons créé la colonie du Congo français. En 1881, le protectorat de la Tunisie venait compléter notre grande possession algérienne ; deux ans après, TAnnam et le Tonkin s'ajoutaient en Indo-Cbine à notre colonie cochinchinoise; enfin, en 1895, nous annexions Madagascar dans Tocéan Indien.

Notre domaine colonial, si peu important encore en 1870, a aujourd'hui une étendue de 4 millions 1/2 de kilomètres carrés, et contient plus de 50 millions d'habitants. L'œuvre de conquête est maintenant achevée; nous abordons celle, plus difficile, de la mise en valeur. Après bien des tâtonnements, il semble qu'on soit enfin arrivé à trouver une méthode : on se propose de s'atlacher d'abord au développement agricole de ces possessions coloniales, afin d'enrichir ainsi à la fois les colons européens qui vont s'y établir et les indigènes. Ce sera le moyen de créer pour nos industries une clientèle dont les besoins augmenteront avec le bien-être; plus tard, on s'occupera de dévelop|)er les ressources industrielles des colonies. Cependant, par une contradiction étrange, après avoir conquis des colonies, il semble que nous craignions de les voir prospérer : agriculleurs et industriels redoutent la concurrence que certains produits coloniaux pourraient venir faire aux leurs sur le marché métropolitain qu'ils entendent se réserver, et, par leur volonté de fermer les marchés des colonies à leurs concurrents étrangers, ils entravent, d'autre part, les relations des colonies avec leurs marchés naturels. Il faut espérer que cet esprit étroit se modifiera avec le temps : les seuls véritables avantages qu'une métropole peut ambitionner de tirer de ses colonies, ne doivent être que des résultats indirects de leur prompt et complet développement.

Page 1