‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 14 sur 203 · LA COALITION DU HOME RULE · texte numérisé non relu

LA COALITION DU HOME RULE

lande (27S libéraux et 80 Irlandais dont 71 antiparnellites). Les conservateurs (270) et les unionistes (45) avaient été nommés surtout par l'Angleterre propre. Le programme de Newcastle, dû à Fun des chefs radicaux, John Morley, et les professions de foi de Gladstone promettaient, outre le Home rule pour rirlande, une nouvelle réforme électorale, la diminution des pouvoirs des Lords, la séparation de l'Eglise et de TEtat en

Ecosse et en Angleterre, des réformes agraires et ouvrières.

Ainsi Gladstone, qui était un anglican convaincu et qui avait débuté au Parlement comme c l'espoir du torysme intransigeant », se trouvait au terme de sa longue évolution politique le leader des représentants des pays dissidents et le chef d'un parti à peu près complètement radical. Gladstone consacra tous ses efforts à l'établissement du Home rule. Il présenta un nouveau projet, très différent de celui de 1885; il donnait à l'Irlande un parlement à deux Chambres sur le modèle et avec les noms des constitutions australiennes, et il maintenait au Parlement impérial une députation irlandaise réduite de 103 à 80 membres. Après 82 jours d'ardentes discussions et d'agitation dans le pays, le projet fut voté par la Chambre des communes à une majorité de 35 voix; mais les Lords le repoussèrent dès le premier vote par 419 voix contre 41 (2 septembre 1893). Gladstone parut décidé soit à faire de nouvelles élections sur le Home rule, soit à réduire les pouvoirs de la Chambre haute. Les Lords ayant repoussé le projet sur les conseils de paroisse, Gladstone dit aux Communes : c A notre jugement, cet état de choses ne doit pas continuer », et il annonça aux applaudissements des libéraux un grand événement (1" mars 1894). On crut qu'il allait réaliser la forme radicale : amender ou supprimer {mend or end) la Chambre haute. Mais son parti n'était pas d'accord à ce sujet. Gladstone prit une retraite définitive et laissa la présidence du conseil à lord Roseberry, minisire des Affaires étrangères, qui fut élu leader du parti libéral.

Sir William Harcourt, ministre des Finances, le candidat des radicaux, devint leader du parli à la Chambre des communes. Lord Roseberry annonça que le Home Rule serait différé jusqu'au moment où l'Angleterre, le prédominant partner, serait

convaincue. Il se déclara en faveur de la fédération impériale et engagea Texpédition du Tchitral. Il refusa d^intervenir en faveur des Arméniens, comme le réclamaient Gladstone et les vieux libéraux. A Tintérieur, deux actes du ministère libéral ont quelque importance : la création des conseils de paroisse préparée par Gladstone et retardée par les lords ; rétablissement de rimpôt progressif sur les héritages, introduit par sir W. Harcourt dans le budget (qui n'est pas voté par la Chambre des lords). Toutes les lois importantes se heurtèrent à l'opposition systématique de la Chambre haute. Le gouvernement mit en projets à peu près tous les articles importants du programme libéral radical (indemnité parlementaire; one man^ one vote; séparation de rEglise et de TEtat en Galles; responsabilité des patrons en cas d'accident; journée de huit heures pour les mineurs; loi de protection des enfants employés dans l'industrie). Tout échoua devant l'obstination des Lords. En même temps sir W. Harcourt mécontentait les débitants par un projet destiné à donner aux municipalités le droit de prendre des mesures contre la vente des boissons alcooliques. Les élections partielles tournaient presque toutes à l'avantage des conservateurs. Le gouvernement, découragé, prit prétexte d'une défaite qu'il avait subie par hasard sur un article secondaire du budget de la guerre et laissa le pouvoir à un ministère Salisbury (juin 1895).

VIL — Retour des conservateurs au pouvoir.

Le ministère Salisbury fit de nouvelles élections qui lui donnèrent une énorme majorité : 340 conservateurs et 71 libérauxunionistes contre 177 libéraux radicaux et 82 Irlandais. Les libéraux étaient battus en' Angleterre, ils avaient gardé seulement 6 voix de majorité en Ecosse, et ne conservaient leurs positions que dans le pays de Galles, méthodiste, auxquels ils avaient promis le disestablishment de l'Église anglicane. Pour la première fois depuis Beaconsfleld, les conservateurs étaient assez nombreux pour gouverner sans alliés; mais les libéraux

UETOUR DES CONSERVATEURS AU POUVOIR 9;i

unionistes étaient désormais fondus dans le parti tory. Leurs ehefs, le duc de Devonshire (ci-devant lord Hartinglon) et M. Chamberlain, entrèrent pour la première fois dans un cabinet Salisbury.

Le ministère conservateur unioniste a trouvé en prenant le pouvoir la question d*Orient et celle des frontières de Tlnde. Il a suivi en Orient la même politique que les grandes puissances européennes : indifférence à Tégard des Arméniens, intervention en Crète. Il a engagé des guerres contre les peuplades voisines de TAfghanistan, contre les derviches du Soudan égyptien, dans Touest et au sud deTAfrique. Il a fait tout pour augmenter les possessions anglaises dans le partage de ce continent : Topinion anglaise s*est montrée favorable à cette attitude et s'est montrée irritée vivement contre la France à propos de la boucle du Niger et de la question du Haut-Nil. Le ministère paraît de même avoir gagné le sentiment populaire en se prononçant dans le sens d'une fédération impériale britannique. L'impérialisme est plus particulièrement représenté par M. Chamberlain, ministre des Colonies, qui semble avoir abandonné son ancien radicalisme pour se faire l'homme de l'expansion britannique. M. Chamberlain a été soupçonné d'avoir connu et peut-être approuvé l'entreprise de Jameson contre le Transvaal; il en fut accusé formellement par une commission d'enquête nommée par le parlement du Cap. Mais la commission nommée par le parlement de Westminster n'est pas allée jusqu'à lui dans la recherche des responsabilités.

La politique d'expansion oblige l'Angleterre à s'inquiéter des coalitions européennes et à chercher des alliances. L'Angleterre a pour rivale la Russie en Asie, la France en Afrique; elle a traité avec l'Italie, mais le plus puissant Etat de la triplice, l'Allemagne, fait à l'Angleterre une concurrence industrielle et commerciale de plus en plus heureuse, aussi les deux nations se témoignent-elles réciproquement beaucoup de mauvaise volonté. Il n'est donc pas étonnant de voir lord Salisbury demeurer dans un € splendide isolement », dont le public anglais ne semble pas prendre son parti aussi bien que le ministre. L'opinion a mal accueilli la nouvelle du partage de la

Chine où lord Salisbury n'a pu que laisser « la porte ouverte » au tsar et à l'empereur allemand. M. Chamberlain a saisi Foccasion pour offrir dans un discours non officiel Talliance anglaise aux Etats-Unis. Les Etats-Unis, étant intervenus pour protéger le Venezuela contre la Grande-Bretagne, ont négocié avec celle-ci un arrangement pour soumettre à l'arbitrage toutes les difficultés à venir (1896). Depuis cette époque un mouvement anglais s'est dessiné en faveur d'une alliance avec la république américaine. Les essais de traité, les expéditions coloniales, poussent le Royaume-Uni dans la politique d'armement inaugurée par les puissances continentales. Des projets ont été présentés pour accroître l'effectif des troupes sans établir le service obligatoire, qui serait mal accueilli par la majorité des Anglais. Dans sa préparation de la défense nationale, le ministère s'est surtout préoccupé de la marine. Il a obtenu des crédits pour l'augmenter de façon qu'elle soit toujours égale aux forces navales réunies de deux autres grandes puissances. L'ancien programme libéral, Peace, Retrenchment, Reform, a disparu avec Gladstone, du moins pour ce qui concerne les deux premiers articles. Les réformes n'ont en effet pas manqué sous le cabinet Salisbury. Il en est qui sont destinées simplement à satisfaire la clientèle conservatrice. Par exemple l'impôt foncier a élé fortement réduit, au bénéfice des landlords et comme moyen de remédier à la crise agricole. Une somme de 616000 livres est inscrite chaque année dans le budget pour être distribuée en subventions aux écoles confessionnelles (1897). Une mesure importante semble indiquer la reprise de la tradition tory démocratique.

Le Workmens' compensation act (1898) est une loi sur la responsabilité des patrons en cas d'accident qui modifie, au grand avantage des ouvriers, celle de 1880. Les organisations ouvrières s'imposent de plus en plus à l'attention des pouvoirs publics; depuis que le développement des industries étrangères gêne la prospérité de l'industrie anglaise, les syndicats sont devenus plus agressifs : les grandes grèves se sont multipliées. Le ministère libéral avait eu celles des cotonniers, puis des mineurs; le ministère conservateur a eu la grève de sept mois

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