‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 2 sur 203 · LE MONDE CONTEMPORAIN · texte numérisé non relu

LE MONDE CONTEMPORAIN

vacances de Pâques de lui faire voler le crédit nécessaire aux troupes de Madagascar; il reprit ses séances avant la rentrée de la Chambre, et refusa le crédit (21 avril). Le ministère Bourgeois refusa de soulever un conflit entre le Sénat et la Chambre/où sa majorité était précaire, et profita de l'occasion pour se retirer.

Le ministère Méline (29 avril), ministère homogène formé exclusivement de modérés, et soutenu par les conservateurs, rallia la plus grande partie du Centre flottant et parvint à se constituer à la Chambre une majorité de 50 à 80 voix. Sa politique fut le maintien du statu quo. Il renonça à la réforme fiscale qu'il avait annoncée et ne reprit même pas la réforme de l'impôt des successions votée en 1895 par la Chambre; la seule mesure nouvelle fut la loi sur les accidents du travail, préparée depuis longtemps et votée en fin de législature en 1898. L'attention fût détournée sur l'alliance franco-russe, la visite du Tsar en France (1896), la visite du Président de la République en Russie (1891).

Le ministère ne fit aucune concession législative aux conservateurs catholiques et ne prit aucune mesure contre la Gauche, pas même contre les socialistes. Mais ses adversaires de gauche l'accusèrent de favoriser secrètement le personnel conservateur. Ce fut le plus long ministère que la France ait eu en république : il dura deux ans et deux mois.

Élections de 1898 et retour & la concentration. — La Chambre élue en 1893 pour quatre ans avait prolongé la durée de son mandat de six mois, pour qu'à l'avenir l'entrée en fonctions de la Chambre commençât avant les vacances d'été* Aux élections de mai 1898, le parti ministériel essaya d'obtenir une majorité de gouvernement formée de républicains modérés et de ralliés, de façon à pouvoir se passer de l'appoint de l'Extrême droite monarchiste; le parti catholique rallié fit un grand effort. Le parti boulangiste se reforma sous le nom de parti nationaliste; en Algérie et en quelques endroits de France se présentèrent des candidats antisémites. Les divers groupes en général agirent de concert, et au second tour s'entendirent d'ordinaire avec les radicaux. La campagne contre le ministère porta surtout sur l'alliance avec la Droite et l'impôt progressif

HlSTOIHR céMÉRALE. XII. **

sur le revenu. Elle fut très ardente, jamais la proportion des votants n*avait été si forte, elle dépassa en beaucoup d'endroits les neuf dixièmes des inscrits.

Le parti ministériel au lieu d'augmenter diminua, la Droite ne gagna presque pas de sièges. La nouvelle Chambre se composa d'environ * 100 députéa de la Droite, y compris les ralliés, 200 radicaux ou radicaux-socialistes opérant ensemble, 50 socialistes, 150 ministériels décidés. Le reste consistait en un Centre flottant de 50 et une vingtaine de nationalistes ou d'antisémites républicains. C'était, comme en 1893, un mouvement général vers la gauche (encore beaucoup de candidats de gauche n'avaient-ils échoué qu'à des minorités de quelques voix).

11 n'y avait pas de majorité homogène. On le vit dès Télection du président. Le parti républicain modéré, qui prit dès lors le nom de progressiste y entraînant la majeure partie du Centre flottant et s'alliant à la Droite et aux antisémites, fit passer son candidat Deschanel par 282 voix contre 278 à Brisson, candidat des Gauches coalisées. — A la première interpellation sur la politique du ministère, la coalition de Droite obtint 295 voix contre 270 pour voter un ordre du jour de conflance. Mais la coalition de Gauche fit passer par 295 voix contre 246 une addition qui exigeait une « majorité exclusivement républi* caine » (14 juin). Le ministère Méline se retira le lendemain.

Les chefs du parti radical, appelés l'un après l'autre, parvinrent enfin à former le ministère Briason (28 juin), composé de radicaux, qui déclara renoncer à Timpôt progressif et revint à la politique de concentration républicaine; il obtint un vote de conflance par 316 voix contre 230.

Puis la vie politique fut bouleversée par ralîaire Dreyfus. L'agitation pour la revision du procès avait commencé en novembre 1897; mais le ministère Méline avait refusé d'examiner la question et la masse des électeurs y était demeurée indifl'érente (sauf l'élection des antisémites en Algérie). Le ministre de la guerre Cavaignac, en voulant démontrer à la

i. Il est impossible de donner des chifTres précis, beaucoup de dépulés ne sont inscrils dans aucun groupe et n'ont pas de couleur politique tranchée; le seul renseignement précis est fourni par les scrutins du 14 juin 1898.

Chambre la culpabilité de Dreyfus par une pièce qui fut bientôt démontrée fausse, amena malgré lui le ministère à se prononcer pour la revision et à en saisir la Cour de cassation (septembre 1898). A la rentrée, le ministère Brisson, abandonné en pleine séance de la Chambre par le général ministre de la Guerre, fut mis en minorité par la coalition de la Droite, des progressistes et des nationalistes (25 octobre). Il fut remplacé par le ministère Dupuy, formé de progressistes et de quelques membres radicaux du précédent ministère, qui déclara s'appuyer sur Tunion des républicains. L'élection à la présidence de la République (février 1899) du président du Sénat, Loubet, candidat des groupes de Gauche de la Chambre et des républicains du Sénat, par 483 voix contre 219 à Méline, candidat des Droites, a marqué l'abandon de la tactique d'alliance avec la Droite et le retour à la concentration républicaine.

Docuinents. — Les documents essentiels sont de deux sortes : 1^ les documents parlementaires, c*est-à*dire les Comptes rendus des débats dea Chambres, et les Annexes {enquêtes, rapports, budgets, projets de loi), sont publiés par le Journal officiel et reproduits dans les AmvUes de VAssemblée nationale (jusqu'en 1876) , de la Chambre , du Sénat (voir surtout ks Enquêtes sur le gouvernement de la Défense nationale et sur l'insurrection du 4 8 mars); — 2° les journaux quotidiens et les Revues sont en trop grand nombre pour être énumércs ici; on en trouvera la liste dans Schults, Catalogue méthodique des revues et journaux (1893). Pratiquement on peut souvent recourir aux annuaires, l'Année politique de Daniel depuis 1876, YAnnual register, et le Schulthcss' Europseisch^r Geschichtskalender.

On a publié quelques recueils de souvenirs surtout sur la période antérieure à 1880 : — J. Simon, Le gouvernement de M. Thiers, 1879. — H. Pessard, Mes petits papiers, 1887-1888. — Chesnelong, La campagne monarchique d'octobre 4813, 1895. — E. Daudet, Trois mois d'hist. con* tempor,, 1873. — Ils n'apportent guère que des détails secondaires.

Travaux. — Les monographies les plus importantes sont relatives à la Commune : — Maxime Du Camp, Les convulsions de PariSj 5 vol. , i 878-1 879, très conservateur et peu critique. — Lissagaray, Hist. de la Commune, édit. de 1896, partisan de la Commune. — Le travail le plus critique est Fiaux, Histoire de la gueire civile de 1874, 1879.

Sur les finances : Mathieu-Bodet, Les finances françaises de 4870 à 4878, 2 vol., 1881. — Amagat, Les finances françaises, 1889.

Sur l'organisation politique et administrative : A. Lebon, Das StaatS' recht der franzôsischen Republik, 1886 (dans la collect. Marauardsen). — Block, Diclionn. de r administration française, 3<^ édit. 1891.

Il n'y a en fait d'histoires d'ensemble que des œuvres de vulgarisation. La plus considérable est E. Zôvort, Hist, de la 5® République, trois séries, 1896-1898 (le t. IV, Présidence de Carnot, est annoncé).

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