‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 22 sur 203 · L EMPIRE DES INDES · texte numérisé non relu

L EMPIRE DES INDES

1882 la dynastie de Mysore, dépossédée depuis cinquante ans. L'administration continue lentement à devenir occidentale, préoccupée de Tintérôt du pays, au lieu d'être une simple exploit tation des habitants par Timpôt, à la manière orientale. Cette évolution est contrariée par les expéditions et les annexions qui recommencent à la frontière nord-ouest, pour répondre aux progrès de la Russie dans l'Asie centrale.

Anglais et Indigènes. — Le gouvernement direct a pris trois séries de mesures en faveur des indigènes :

l"" Il a continué à réaliser lentement la promesse faite en 1858 d'employer les Indous sur le même pied que les Anglais; ils occupent tous les emplois inférieurs de la police, des finances et de la justice. Le parlement a promis en 1893 que les examens pour les hauts grades du civil service se passeraient simultané* ment aux Indes et en Angleterre. Mais la mesure n'a pas encore été appliquée et l'emploi des indigènes dans les postes élevés ne donne pas de bons résultats. Seuls, à peu près, les Indous du Bengale entrent dans l'administration; les musulmans, tenus en défiance par suite des souvenirs de 4851, et les Sicks, qui préfèrent être soldats, les méprisent et ne souffriraient pas d'être gouvernés par eux. Les fonctionnaires indigènes n'ont pas la même conception de la moralité que les Européens; les juges acquittent trop facilement les personnes des hautes castes; à la suite des faits de ce genre on a supprimé les jurys indous en 1862. Les administrateurs vivent de leur charge. « Nous autres Indous, disait l'un d'eux au membre financier du conseil de l'Inde, nous mentons toujours quand cela nous convient. » Ce sont les mœurs administratives que les Européens ont trouvées partout en Extrême-Orient.

2* On a essayé d'intéresser les Indous de toute race aux affaires de leur pays en créant des municipalités, des conseils de district, tout un gouvernement local où ils peuvent entrer tantôt par élections, tantôt par désignation. Quelques-uns des leurs sont nommés par le gouvernement membres du Conseil de Calcutta et des conseils des présidences. La presse indigène a obtenu une assez grande liberté sous un gouverneur libéral, lord Ripon (1882); elle a près de 600 organes en 16 lan-

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gues. Depuis 1886 un Congrès national, composé dlndous brahmanistes, se réunit chaque année dans une des grandes villes de llnde et présente des vœux pour Temploi des Indous dans les hautes fonctions et rétablissement du régime parlementaire. Le mouvement est conduit par les hautes classes indoues brahmanisles, et c'est à elles surtout que profitent les concessions. Elles se déclarent loyalistes, mais on ne sait jusqu'à quel point va leur sincérité. Les Indous apprennent l'anglais, mais conservent leurs religions et leurs habitudes de castes. Les grands personnages recherchent les invitations du vice-roi, mais évitent de manger ou de boire avec les Européens et fuient leur contact comme impur.

3<) Pour la masse du peuple, on a continué à la civiliser d'en haut, en réprimant les coutumes considérées comme barbares et en lui donnant des habitudes européennes. On a empêché le meurtre des filles dans le Pendjab, le nord-ouest et Bombay, interdit le mariage d enfants trop jeunes (1891), et ordonné la vaccination. Le récent développement des manufactures a amené le vote d'une loi qui interdit le travail des enfants au-dessous de quatorze ans et limite celui des femmes à 11 heures par jour (1892). Les effets de l'opium ont été étudiés par une commission dont les conclusions furent que l'opium faisait moins de mal aux Indiens que lalcool aux Européens (1896). Une commission d'enseignement créée par le vice-roi libéral Ripon (1882) a fait accorder des subventions aux écoles indigènes jusque-là négligées. De 1858 à 1898 le budget de l'instruction publique a été décuplé; mais les écoles ne sont encore fréquentées que par 21 p. 100 des garçons et 2 p. 100 des filles. C'est à peine si 12 millions d'indigènes savent lire et écrire. Les effets de l'administration anglaise sont souvent mal interprétés par les indigènes. La vaccination, par exemple, était regardée par un chef musulman comme un moyen de découvrir le mahdi, qu'on reconnaît à la couleur de son sang. Les Indous ne voulaient pas la subir pour ne pas être souillés par le contact des blancs. Toutes les races, toutes les religions se refusent à l'assimilation. La propagande acharnée et coûteuse des missionnaires chrétiens depuis plus d'un siècle n'a pas converti un

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deux-cenlième des habitants : on dit couramment qu*aux Indes une conversion coûte 25 000 francs. Il est vrai que Tindigène est rebuté par la raideur de l'Anglais qui méprise en lui le blackfellow, ou c Tidolàire » ; mais les causes profondes de son hostilité contre les blancs sont religieuses. Les mêmes causes d'ailleurs séparent les castes indoues, brouillent les diverses religions : les musulmans insultent les processions brahmanistes et égorgent des vaches sur leur passage; les autres répondent en jetant des cochons dans les mosquées; de là des rixes fréquentes où les soldats anglais interviennent pour rétablir Tordre, car la police indigène est trop partiale. En somme les Indes n'ont d'autre unité que celle de Tadministration, et les rivalités de ses peuples sont une des raisons qui maintiennent la domination étrangère.

Les famines et les mesures préventives. — Rien ne montre mieux l'esprit nouveau de l'administration anglaise et en même temps l'insuffisance de ses effets, que les mesures inaugurées par elles pour prévenir les famines. La famine, a-t-on dit, est c une institution de l'Inde ». La population est en immense majorité agricole et vit de riz sur les côtes, de millet dans l'intérieur. La pluie, indispensable aux céréales, tombe quand les moussons soufflent de l'Océan Indien et arrivent char* gées d'eau. Si le vent manque ou s'il tarde simplement, la récolte est perdue et la famine commence. La famine a toujours éclaté périodiquement dans l'Inde, mais ni les radjahs, ni les musulmans, ni la compagnie n'avaient pensé à la combattre. Sous l'administration directe, le vice-roi commença à intervenir. De 1861 à 1869, il fit, à trois reprises, distribuer des vivres aux habitants pendant des famines locales. En 1873-74, une famine restreinte au Bihar éveilla pour la première fois la compassion de la métropole qui envoya de l'argent. En 1876-77, la pluie manquait deux années de suite dans le sud, et pendant l'année 1877 partout ailleurs, sauf au Bengale. 59 millions d'habitants souffraient de la famine, à laquelle se joignit le choléra. On employa les affamés à des travaux de charité, on fit des distributions gratuites ; le gouvernement seul dépensa 275 millions. Malgré les secours, on compta 5 millions 1/4 de mqrts

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par la faim et le choléra, et 2 millions de naissances en moins. Le Parlement impérial fit faire une grande enquête dont le résultat a été publié en 1880. Il fut décidé qu'un fonds d'assurance contre la famine serait constitué au moyen d'un prélèvement annuel sur le budget : cet argent devait être employé dans les périodes de prospérité en travaux d'irrigation destinés à suppléer au défaut de pluie, en chemins de fer destinés à assurer l'approvisionnement rapide des régions éloignées, et le reliquat devait être distribué en secours pendant les famines. Le fonds de famine fut constitué, mais comme le fléau avait cessé et que l'augmentation des dépenses militaires absorbait une partie toujours plus grosse du revenu, on cessa de l'alimenter, et le gouvernement des Indes fut pris au dépourvu par la terrible famine do 1896. Cette année, la pluie manqua absolument dans la région du Gange moyen, la plus riche et la plus peuplée do l'Inde, et à peu près complètement dans le Pendjab et le centre. Près de 60 millions d'indigènes souffrirent de la famine ; la caisse de famine, les souscriptions des princes feudataires et de la métropole, les ateliers de charité, les distributions gratuites furent absolument insuffisants; les indigènes mouraient de faim sur les routes, dans les rues et les cours où ils cherchaient des débris de cuisine et des épluchures; plusieurs bandes attaquèrent des convois de vivres et furent dispersées à coups de fusil. La peste bubonique apparut à Bombay et dans plusieurs villes. Enfin la pluie reparut à la fin de 1896 et en 1897.

Le gouvernement avait dépensé 50 millions de roupies, en avait perdu 40 autres sur le rendement des impôts. Il revint aux mesures de prévoyance, et le fonds de famine fut reconstitué. La négligence de l'administration des Indes a soulevé en Angleterre de vives protestations. L'opinion libérale de la métropole s'est prononcée contre les mesures de rigueur employées depuis l'époque de la famine par le gouvernement conservateur contre la presse indigène.

Les cultures; commencement de la grande industrie : le commerce et les douanes. — Les mesures pour défendre les petits fermiers du Bengale contre les exigences

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