Voir ci-dessus, t. XI, chap. xiii
talents d'économiste et d'administrateur étaient inconleslables : mais il passait pour ne point séparer assez scrupuleusement ses affaires privées des affaires de TÉlat. L*opposilion TaUaqua dès l'abord avec violence, et sa majorité, gênée d'un pareil chef, ne le défendit que mollement. Après dix-huit mois d'une existence incertaine, il dut céder la place. Son successeur, Szlàvy, forma de nouveau un ministère purement deàkisle. Mais un certain nombre de mécontents du parti suivirent Lonyay dans sa fronde; l'opposition, enhardie par sa victoire, attaqua vivement le nouveau cabinet, que la situation financière mettait dans des embarras presque inextricables. Le déficit monta en certaines années à 62 millions de florins c'est-à-dire au quart du chiffre des recettes. Le crédit était devenu inabordable pour la Hongrie, et le ministre des finances « avait fini par emprunter à la petite semaine ». En vain, par un vote méritoire dans un pays où l'impôt est si impopulaire, le Parlement avait autorisé l'élévation des contributions : les charges contractées depuis 1867 pour l'organisation administrative et économique du pays écrasaient les budgets. L'indépendance politique de la patrie menaçait de sombrer dans sa ruine financière. Alors Ghiczy, l'un des chefs de l'opposition modérée, renonçant à son programme de l'union personnelle, accepta d'entrer dans le ministère pour contribuer à l'œuvre de restauration financière. Mais le cabinet Bitto-Ghiczy, formé le 21 mars 1874, ne dura qu'un an. Ghiczy était un chef sans soldats. La vraie fusion, avec le parti nombreux et influent dont Tisza était le chef, s'accomplit en février 1875. Le nouveau parti libéral comprit tout de suite la majorité de la chambre des députés, 235 voix sur 444 sièges : l'opposition était divisée en quatre groupes. Le 28 février, le ministère fut constitué : le baron Wenckheim, ministre a lalere (représentant du ministère hongrois à Vienne), avait consenti à en accepter la présidence. Tisza prit l'intérieur, en prévision des élections qui devaient avoir lieu quelques mois plus lard. Deux membres de la gauche entrèrent avec lui dans le cabinet; les déakistes s'y trouvaient six, dont le plus remarquable était le jeune ministre des finances, Koloman de Széll. Malgré leur prépondérance numérique dans le ministère et dans lamajorité^
la direction de la politique hongroise passait à d'autres mains. Déak acheva sa carrière en consacrant la fusion et en se faisant inscrire au nouveau club libéral; il mourut le 29 janvier 1876.
Tisza était le type et le chef de cette petite noblesse qui est, en Hongrie, le noyau de la nationalité magyare, le véritable ferment de la vie politique, et la classe sociale la plus influente. Elle avait formé, en 1861,1e parti de la résolution*, et aussi longtemps qu'elle s'obstina, après 1867, dans une opposition de principe, le dualisme resta fragile malgré les apparences. En se ralliant au régime du compromis, elle lui donna la vraie consécration magyare, elle le <i nationalisa » dans tous les sens du terme, au dehors et au dedans. Le prétexte invoqué par Tisza pour quitter avec décence une opposition désormais infructueuse avait été la nécessité de restaurer le crédit du pays; plus il abandonnait de prétentions politiques, plus il était résolu à en faire valoir d'économiques; il voulait enlever à l'Autriche la prééminence qu'elle avait conservée en ce point, faire rendre au dualisme tous les avantages matériels dont il était capable, assurer à la Hongrie les ressources et le prestige d'un Etat de plein exercice. A l'intérieur, pour enlever à l'opposition extrême son arme la plus forte et pour flatter les passions nationales de sa propre classe, Tisza inaugura une politique de magyarisation déclarée et rigoureuse. Les Saxons de Transylvanie et les Serbes du Banat en furent surtout les victimes. Tous les services publics, les sociétés dépendant de l'Etat durent seconder les efforts du ministre, instituer des cours de langue magyare, remercier les employés, en majorité allemands, qui n'en profitaient pas assez vite. Ces mesures sans doute n'étaient point nouvelles, mais on les appliqua désormais avec une rigueur et une mesquinerie inusitées.
Les ministres, tout occupés du renouvellement du compromis et des affaires d'Orient, trouvèrent cependant encore du temps pour certaines réformes urgentes. Széll remit de Tordre dans le budget, obtint du Parlement de nouveaux impôts, diminua le déficit de plus de moitié; il prépara la conversion des diffé-