Voir ci-dessus, t. XI, chap. x
sion coloniale, d*intervention, qui fut exactement le contre-pied de celle de Gladstone. Ses idées se résument dans une de ses déclarations, suivant laquelle le parti conservateur a trois objets principaux : conserver TEglise nationale, maintenir l'Empire britannique, élever la condition du peuple. C*est ce qu'on a appelé le nouveau iorysme^ amas de vieilleries parmi lesquelles on ne rencontre de neuf que les déclarations démocratiques et la disposition aux réformes sociales. La grande création de Disraeli, c'est d'avoir reconstitué le parti conservateur; il s'en fit le régénérateur aux Communes pendant que lord Derby en était le leader à la Chambre des lords. La retraite de Derby permit enfin à Disraeli de diriger l'Angleterre.
La politique impérialiste. — Disraeli resta premier minisire six ans et demi (1874-1880) et fut pendant ses fonctions créé pair par la reine sous le titre de lord Beaconsfîeld (1876). On a vu plus haut que son gouvernement accorda aux syndicats ouvriers ce que le cabinet Gladstone leur avait refusé. Il fit voter d'autres lois pour améliorer la condition des classes inférieures. Le fameux Ten hours -4c^ de 1847, qui avait fixé un maximum de dix heures de travail par jour pour les femmes et les enfants employés dans l'industrie, déjà amendé sous le précédent ministère Disraeli (1867), fut complété en 1874 par une loi qui interdit d'employer dans l'industrie les enfants avant dix ans, et qui les oblige jusqu'à quatorze ans à partager leur temps entre l'école et la fabrique. En 1875 la loi sur la santé publique {Public healih Act) codifia toutes les prescriptions sur la matière depuis 1847 et les compléta par d'autres mesures; les municipalités étaient autorisées à acheter les habitations malsaines des villes pour les démolir et construire à leur place des maisons à petits logements et à loyers peu élevés, c La santé du peuple, avait affirmé Disraeli dans un discours à Manchester (1872), est la question la plus importante qui puisse attirer l'attention d'un homme d'Etat, x Toutes ces mesures occupèrent la première année du cabinet. Mais après elles il ne fit aucune innovation dans la politique intérieure. Un député libéral pouvait dire que depuis la chute du ministère réforma* teur il régnait dans la Chambre < un calme presque sacré »•
f,2 LA liRANDE-BRETAGNE ET L'IRLANDE DEPUIS 1873
D'autres opposaient la < magistrale inactivité » de Disraeli à Fardenr novatrice de Gladstone.
A Textérieur, par contre, la politique da nouveau ministère était inCniment plus remuante que celle du précédent. Gladstone avait maintenu le statu quo dans les colonies; si dans sa dernière année de pouvoir il avait ordonné une expédition contre les Acbantisy c*est qu'il fallait absolument détruire ce peuple de pillards ou perdre les établissements de la côte.
Sous le ministère Disraeli, le prince de Galles visita les Indes en cérémonie et y reçut les hommages des princes vassaux (1875). Deux ans après, la reine Victoria fut proclamée impératrice des Indes dans une réunion extraordinaire de princes tenue à Delhi, Tancienne capitale du Grand Mogol. En 1878, Témir d'Afghanistan ayant refusé de recevoir une ambassade anglaise, alors qu*il avait accueilli une ambassade russe, trois colonnes anglaises envahirent son pays et le chassèrent de sa capitale. La guerre éclatait aussi en Afrique. Froude avait été envoyé au Cap avec mission de décider les Etats boers à entrer dans une fédération de rAfrique australe sous la direction britannique; son échec eut pour conséquence l'annexion du Transvaal (1877) et la révolte des Boers (1880) : en même temps Disraeli faisait entreprendre l'expédition contre les Zoulous. Toutes ces guerres et les dépenses qu'elles entraînaient étaient dénoncées à l'opinion par les libéraux; ils disaient que le prétexte de l'intervention en Afghanistan était aussi misérable que celui dont la France s'était servi pour prendre Alger. Ils réclamaient, suivant un mot célèbre de Gladstone, la politique des mains nettes.
L'attaque de l'opposition fut vive surtout contre l'intervention de lord Beaconsfield en faveur de la Turquie dans la guerre d'Orient. Lord Beaconsfield voulait recommencer la politique de 1855 et barrer le chemin de Constantinople à la Russie. Les libéraux répliquaient que l'Angleterre n'avait pour le moment aucun intérêt à lutter contre la Uussie, et que le gouvernement du Sultan était si barbare qu'un Etat civilisé se déshonorait en le protégeant. Un correspondant du Daily NewSy journal libéral, révéla les massacres de Bulgarie, où le gouvernement turc.
pour prévenir une révolte» avait lâché des bandes de bachibouzouks avec liberté de brûler, de tuer et de violer à leur gré. Ge fut à cette occasion que Gladstone sortit de sa retraite et publia contre Tattitude turcophile du cabinet une brochure intitulée Atrocités de Bulgarie. L'opposition réunit, dans plusieurs grandes villes, des meelings d*indignalion. Lord Beacousfield ne se laissa pas ébranler; il avait pour lui le sentiment populaire, heureux de voir renaître la lutte traditionnelle contre la Russie. On chantait dans les cafés-concerts de Londres des couplets patriotiques et belliqueux; le passage d'une chanson de circonstance.
Nous ne voulons pas la guerre Mais, par Jingo! s'il faut la faire...
a introduit dans le jargon politique anglais deux nouveaux mots : jingo eijingoïsmey pour désigner les chauvins et le chauvinisme. Le ministère jouait très habilement de Tenthousiasmc national conlre la Russie. Lord Beaconsfield se sépara de son ministre des Affaires étrangères, qui était favorable à la paix, et le remplaça par lord Salisbury, jusqu'alors secrétaire d'Elatpour les Indes. Il se fit accorder un crédit extraordinaire de 150 millions, convoqua les réserves, concentra des troupes indiennes à Malle. On sut plus tard que toutes ces démonstrations étaient une comédie pour amuser l'opinion anglaise, et que Lord Beaconsfield, tout en feignant de préparer la guerre, traitait secrètement avec la Russie et l'assurait de ses sentiments pacifiques. Le règlement de la question d'Orient eut lieu à Berlin. Lord Beaconsfield s'y rendit en même temps que le ministre des Affaires étrangères, lord Salisbury. Il obtint le maintien de l'Empire ottoman, fit perdre aux Russes une partie du terrain gagné par eux au traité de San Stefano et réussit à annexer Chypre à l'Angleterre. A son retour, il fut reçu en triomphe à Londres, ville chauvine; une foule immense accompagna sa voiture et se pressa devant son hôtel : le premier ministre parut au balcon, harangua le peuple et déclara au milieu des applaudissements : € Lord Salisbury et moi, nous vous apportons la paix, et, je l'espère, la paix avec l'honneur! » C'était le triomphe du
nouveau torysme, au moins dans la capitale. On conseillait à lord Beaconsfield de dissoudre immédiatement la Chambre; c'était une belle occasion de conserver la majorité inespérée acquise en 1874. Il attendit encore deux années, pendant lesquelles sa popularité baissa. Les frais de la politique d'intervention étaient considérables, le déficit avait fait son apparition dans le budget qui, sous Gladstone, avait donné des excédents. h'income lax, impôt provisoire en théorie et dont Gladstone avait promis Tabolition, dut être augmenté. Pendant que les charges devenaient plus lourdes, la prospérité de TAngleterre diminuait. L'activité de l'industrie et du commerce faiblissait depuis 1873. Les prix des produits agricoles baissaient depuis 1874 à cause de la concurrence des pays d'outre-mer; alors commençait la crise agraire dont la Grande-Bretagne, comme tous les pays européens, souffre encore aujourd'hui; elle fut très grave en 1879- 1880, l'année de la plus mauvaise récolle du siècle en Grande- Bretagne et en Irlande. Quand lord Beaconsfield se décida à dissoudre le Parlement (24 mars 1880), le mécontentement était à son comble. Les électeurs donnèrent aux libéraux une grosse majorité (349 libéraux, 235 conservateurs, 68 Irlandais), lord Beaconsfield se relira; il mourut en 1881. On lui a élevé une statue à Westminster, en face du palais du Parlement, et chaque année, ses admirateurs, ornés de la primevère, fleur préférée de Beaconsfield, font une démonstration solennelle autour de cette statue. Beaconsfield est honoré à juste titre comme le restaurateur du torysme.
///. — Parnell contre Gladstone (1880-8 5).
La paix, sauf en Egypte. — Après la victoire des libéraux en 1880, la reine offrit le pouvoir à lord Ilartinglon, puis à lord Granville, qui le refusèrent tous deux en déclarant qu'il revenait à Gladstone, rentré dans la lutte depuis trois ans. La reine n'aimait guère Gladstone, qui tenait pour les prérogatives du Parlement avec autant de fermeté que Beaconsfield pour celles du souverain. On prétend qu'elle aurait dit du leader libéral :