LÀ RUSSIFICATION DE LA FINLANDE
proprement dite; que le budget de la Guerre, par exemple, représentait 28 p. 100 du budget russe, et seulement 17 p. 100 du budget finlandais, après en avoir été, jusqu'en 1870, seulement 6 ou 7 p. 100; que, d'autre part, sur la totalité des recrues de chaque année, on en incorporait en Russie 33 p. 100, en Finlande 11p. 100, etc. ; et qu'en définitive, dans une Europe armée jusqu'aux dents, la Finlande faisait moins, pour sa défense, non seulement que les grandes puissances militaires, mais encore que la Suisse ou la Belgique. A qui devait-elle cette situation privilégiée, sinon aux Russes? Et, loin de s'en montrer reconnaissants et d'ouvrir toutes grandes, à ces généreux protecteurs, les portes du Grand-Duché, les Finlandais s'efforçaient de les tenir à distance. Alors que les Finlandais pullulaient dans les hautes administrations russes, dans les hauts grades de l'armée et de la marine russes, il était défendu aux Russes d'occuper des fonctions en Finlande ou d'y acquérir un immeuble sans se faire naturaliser Finlandais, ou sans une autorisation spéciale du gouvernement de Helsiagfors. La voie ferrée, entre Pétersbourg et la Finlande, était aux mains des Finlandais, administrée en suédois ou en finnois : à quelques kilomètres de leur capitale, les Russes devaient passer par les douanes finlandaises, se procurer de l'argent finlandais, des marks, au lieu de leurs roubles qui cessaient d'avoir cours, acheter des timbres finlandais, s'expliquer avec des fonctionnaires qui ne voulaient pas savoir le russe. Situation d'autant plus mortifiante, que, justement à cette frontière si jalousement fermée, les Russes se trouvaient dans la province de Yiborg, une acquisition du traité de Nystad. En rétrocédant bénévolement au grand-duché de Finlande cette conquête de Pierre le Grand, Alexandre V n'avait sans doute pas voulu en faire un bastion tourné contre sa capitale. Et la conclusion de tout cela, c'était que les actes d'Alexandre avaient été mal compris, ou faussement interprétés par les Finlandais, grâce à la négligence des bureaucrates de Pétersbourg; que le moment était venu de reviser soigneusement la soi-disant constitution finlandaise, et d'unir plus étroitement le Grand-Duché à l'Empire. Du côté finlandais, on répliquait en affirmant la validité
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perpétuelle des actes de 1805 que le gouvernement russe ne pourrait modifier sans violer une parole impériale; il ne pouvait, sans le consentement des Finlandais, ni toucher à leurs lois, ni augmenter leurs charges. Du reste, l'infériorité de ces charges s'expliquait suffisamment par la différence des situations des deux pays : petit pays de deux millions d*àmes, la Finlande n'a pas de prétention à une politique < mondiale »; serait-il juste que le contribuable finlandais supportât, dans la même proportion que le contribuable russe, les frais de la conquête du Caucase, de la mer Noire, ou de VExtrème-Orient?
On n'a pas à prendre parti, ici, entre ces deux thèses rivales. Tout ce qu'on peut remarquer, c'est que les Finlandais ont assurément raison en ai^uant des concessions d'Alexandre 1" ; mais que, d'autre part, ces concessions, inspirées par un libéralisme peu soucieux des intérêts russes, ne sont pas en concordance avec les exigences d'une politique européenne qui devient de jour en jour plus centraliste. Deux millions de Finlandais ne sont pas fondés, en fait, à réclamer à cent trente millions de Russes un traitement que la Bavière, par exemple, n'a pu obtenir de la Prusse, dans des circonstances infiniment plus favorables; à la longue, leur autonomie est devenue une sorte d'anachronisme, dont le maintien eût nécessité des précautions et une souplesse que peutrêtre les Finlandais n'ont pas toujours eues. Il faut se garder, quand on a deux patries, de manifester un amour trop exclusif à la plus petite des deux.
Le règne d'Alexandre III, si dur aux barons et à la bourgeoisie baltique, ne devait pas être beaucoup plus doux pour les Finlandais. Â la vérité, par un rescrit du 28 février-12 mars 1891 , l'Empereur Grand-Duc avait donné à ses sujets de Finlande l'assurance qu'il respecterait leurs droits, et pendant les premières années, jusque vers 1890, tout resta dans le statu quo. Mais, à partir de cette époque, une série de mesures marquent la volonté du gouvernement central de rapprocher les deux pays, intellectuellement et économiquement. Des lycées russes sont créés en Finlande; on commence à exiger dans les hautes administrations la connaissance du russe. En 1891, il est décidé que toute la correspondance entre Pélersbourg et le gou-