V. — Le Mexique
La régénération. Rôle prépondérant de Porflrio Diaz. — La guerre entreprise par la France et la tentative infructueuse de Tarchiduc Maximilien eurent pour efTet de pousser le Mexique dans la voie du progrès, à Tissue d'une période de crise cruelle. Depuis la victoire de Juarez le Mexique est aux mains des radicaux et des fédéralistes.
Les cléricaux s'étaient compromis par l'appel qu'ils avaient fait aux étrangers; aussi, en 1871, fut prononcée la séparation de l'Eglise et de l'Etat; en 1873, les jésuites d'abord, puis les diCFérents ordres étrangers furent expulsés; la place ayant été faite nette, des écoles laïques furent multipliées.
Juarez, qui avait été réélu en 1871, mourut le 18 juillet 1872; il eut pour sucesseur le président de la Cour suprême, Sébastien Lerdo de Tejada, dont les pouvoirs devaient expirer fin juillet 1874. A sa réélection, il fut attaqué; on ne le respectait ni on ne l'honorait comme Juarez, et contre lui prirent les armes Iglesias et Porfirio Diaz. C'est en vain que le Congrès se déclara pour Tejada, Porfirio Diaz fit son entrée dans Mexico le 1" décembre 1876.
Du même coup Diaz mettait la main sur le pouvoir suprême ; il le conserva jusqu'en 1880. Porfirio Diaz avait été à côté de Juarez l'un des libérateurs du Mexique; c'était un médecin, qui
était devenu général au cours de la guerre contre la France et les partisans de Maximilien.
Le V décembre 1880 le général Manuel Gonzalès lui succéda; mais son gouvernement fut vivement attaqué en raison du favoritisme et de la corruption qui lui étaient justement reprochés.
Depuis 1884, en 1888, en 1892, en 1896, en 1900 Porfirio Diaz a toujours été réélu.
L'action de Porfirio Diaz a été considérable; c*est une véritable vie nouvelle qui est née au Mexique : la sécurité individuelle y est parfaite; il n*est plus question aujourd'hui des exploits des bandits qui tuaient et volaient impunément, même au sein des villes. La stabilité gouvernementale est encore un fait à noter; avant Diaz, 52 présidents avaient occupé le pouvoir en 59 ans. Diaz préside aux destinées de la République mexicaine depuis plus de 20 ans.
Diaz a eu une œuvre d'épuration i accomplir; il n'y a pas manqué : il a frappé tous les fonctionnaires et gouverneurs prévaricateurs. Il a su, d'autre part, assurer les progrès matériels et économiques du pays.
Il y a présentement au Mexique un bon service télégraphique; 40 lignes de chemins de fer représentant une longueur totale de 11256 kilomètres. Le régime douanier est protectionniste; le budget s'est réglé en excédent depuis 1880, et le règlement de la dette extérieure a commencé dès lors.
Des écoles, des bourses de commerce ont été construites.
L'impulsion donnée par le chef de l'État se propageait au loin, des villes se modernisaient; elles se donnaient un système perfectionné et régulier d'éclairage et de voirie; elles construisaient des collèges et des écoles. Il n'y a plus aujourd'hui un village de 100 habitants, au Mexique, qui n'ait son école. Depuis le mois de juillet 1896, il est vrai, tout l'enseignement est à la charge de l'État, qui en assure l'unité d'esprit. L'instruction religieuse est bannie des écoles publiques.
L'agriculture prospère : les hauts plateaux irrigués peuvent s'adapter à la culture des céréales; la production du café et du caoutchouc sont deux grandes sources de richesses.