LE DÉVELOPPEMENT DU CRÉDIT
renommée générale. Il apprécie surtout la facilité avec laquelle, grâce à leur aisée réalisation, il peut recouvrer les fonds qui, à un moment imprévu, lui deviennent nécessaires.
Sociétés financières et établissements de crédit. — Par leur ampleur, le coût de Toutillage mécanique, l'importance du fonds de roulement, les entreprises industrielles exigent maintenant une accumulation considérable de capitaux. Peu à peu, ceux-ci prennent dans l'organisation industrielle une importance prépondérante, et la législation faite pour les anciennes associations de personnes devient de plus en plus insuffisante. En 1863, une loi sur les sociétés à responsabilité limitée essaie de combler les lacunes existantes. Bientôt reconnue insuffisante, elle est remplacée à son tour en 1867 par une loi qui remanie complètement la législation relative aux sociétés par actions et supprime Tautorisation préalable conservée jusqu'alors pour les sociétés anonymes.
La Banque de France demeure l'institution financière prépondérante du pays, la forteresse centrale du crédit. Après la crise de 1848, on lui incorpore les banques d'émission départementales, et elle reste seule à jouir du monopole d'émission des billets au porteur et à vue. En 1859, ce privilège lui est renouvelé jusqu'en 1897. A côté d'elle, se constituent successivement de nouveaux établissements de crédit : le Comptoir d'escompte de Paris, créé avec l'aide du gouvernement en 1848, mais qui conquiert bientôt sa liberté; le Crédit mobilier (1852), destiné à finir lamentablement après de brillants débuts; le Crédit industriel et commercial (1859); la Société de dépôts et comptes courants (1863); la Société générale (1864); le Crédit lyonnais (1865).
Magasins généraux. — En 1848, dans l'espoir d'apporter quelque remède à la crise violente qui avait gravement ébranlé le crédit, on introduisit en France le système des magasins généraux, qui fonctionnait avec succès en Angleterre. Dans ces magasins, servant de dépôts publics, soumis à une réglementalion particulière, les négociants peuvent mettre en garde les marchandises dont ils ne trouvent pas l'emploi immédiat; il leur est ensuite facile de trouver à emprunter sur les titres (récépissés et warrants) qui leur sont remis comme constatation
du dépT^t. C*est une extension ingénieuse de la législation forcément un peu étroite du prêt sur gage.
Crédit Foncier. — Depuis assez longtemps déjà, l'attention avait été attirée par les plaintes de la propriété et de Tagriculture, qui déclaraient ne pouvoir se procurer qu'avec difGculté les capitaux dont elles avaient besoin pour effectuer les améliorations rendues nécessaires par les découvertes récentes. La République de 1848 ne put résoudre le problème de mettre à leur portée le crédit qu'elles réclamaient. Le gouvernement impérial le reprit, et eut le bonheur de le résoudre, au moins partiellement. En 1852, le < Crédit Foncier », véritable banque de la propriété immobilière, était créé. Celte propriété rencontrait deux obstacles à la réalisation des emprunts qu'elle pouvait avoir intérêt à contracter : l'inconvénient pour le prêteur de l'immobilisation do ses capitaux, et la difficulté pour l'emprunteur d'assurer avec ses revenus à la fois le paiement des intérêts de sa dette et la reconstitution de la somme empruntée, afin d'arriver à une libération rapide. Le Crédit Foncier supprimait ces inconvénients. Il avançait aux propriétaires, sur garantie hypothécaire, les sommes dont ils avaient besoin, et ceux-ci se libéraient envers lui au moyen de versements périodiques réguliers, comprenant à la fois les intérêts et une somme consacrée à l'amortissement du prêt, dont la durée pouvait être faite assez longue pour rendre l'amortissement léger. L'argent qu'il avançait ainsi, le Crédit Foncier se le procurait en émettant des titres de faibles coupures, garantis par les propriétés gageant les prêts consentis, et facilement négociables. C^était une sorte de mobilisation du sol. La tentative réussit, mais elle ne put accomplir qu'une partie de son but et servit beaucoup plus à la propriété urbaine qu'à la propriété rurale.
A la faveur du développement des valeurs mobilières, et de la prospérité économique du pays, le marché financier de Paris prit, sous TEmpire, une très grande extension, et acquit une prépondérance incontestée, inférieure seulement, pour certaines catégories de valeurs, au marché de Londres.