Voir ci-dessus, l. X, p. 680 el suiv
SLÈDE ET NORVÈGE 44!=
considérable parmi les partis d*opposition, qui saluèrent avec enthousiasme son arrivée au pouvoir. Ces deux jugements étaient, à vrai dire, également exagérés. Libéral, Oscar 1" rélait, sans contredit, plus que son père, néanmoins avec* beaucoup de réserve. Mais surtout, ses idées politiques étaient effacées, incertaines et flottantes. Des incidents médiocres pou« valent déterminer chez lui des revirements à peu près complets, et c'est ainsi que son règne se divise en deux périodes caractérisées par des tendances presque opposées. Prenant le pouvoir au milieu des acclamations des libéraux, il fut d*abord libéral. Ger-. taines des mesures législatives auxquelles nous faisions allusions tout à rheure en pourraient déjà témoigner. Il fit abroger également des mesures politiques auxquelles son père avait toujours attaché grande importance : la loi de 1812, par exemple, qui interdisait toute relation avec les membres de ladynastie détrônée en 1809, et les dispositions des lois sur la presse permettant de supprimer brutalement les journaux. Les intentions du nouveau monarque apparurent du reste clairement au lendemain même de son avènement : la plupart des ministres de Charles- Jean furent éloignés et remplacés par des libéraux modérés.
Mais bientôt survinrent les événements de 1848. La situation générale de la Suède et de la Norvège et les libertés politiques dont elles jouissaient devaient leur éviter les crises violentes qui se produisirent dans nombre d'Etals. Les événements de France et d'Allemagne eurent cependant des contre -coups, notamment à Stockholm, et il y eut même, du 18 au 20 mars, des bagarres sanglantes dans les rues. Le roi se rapprocha alors des conservateurs et forma un nouveau ministère composé d'hommes d'opinions très variées. La tempête libérale de 1848 fut suivie dans la plupart des Etats de TEurope d'une réaction marquée : il en fut de même en Suède, encore qu'elle ne s'y justifiât point. Le roi modifia de nouveau et profondément la composition de son conseil et les conservateurs s'y retrouvèrent en majorité (1852). Les tendances du gouvernement se trouvaient dès ce moment opposées à celles manifestées au début du règne. Ces changements de personne suffisent donc à faire ressortir les variations successives des opinions
d'Oscar P' : elles apparaissent plus clairement encore lorsqu'on considère l'histoire des projets de réformes constitutionnelles.
Questions constitutionnelles. — Malgré l'opposition de Charles-Jean diverses retouches avaient été apportées sous son règne à la loi fondamentale de 1809. De même, aussitôt après sa mort, dès 1844, l'influence des États se trouva indirectement accrue, une loi ayant décidé que la Diète se réunirait dorénavant tous les trois ans. Mais ces réformes partielles ne pouvaient suffire à satisfaire des libéraux. Ceux-ci ne souhaitaient rien moins qu'une modification radicale du système de la représentation nationale et, depuis près d'un quart de siècle, mettaient périodiquement en avant des projets variés mais tendant tous plus ou moins directement à doter la Suède d'un Parlement analogue à celui des autres États constilulionnels. Aucun de ces projets n'avait été adopté; toutefois la dernière Diète du règne de Charles-Jean avait pris en considération un projet de ce genre : la première Diète du règne d'Oscar P', celle de 1844-1845, se trouva donc appelée à en délibérer. Les discussions auxquelles il donnait lieu manifestèrent clairement le renversement des partis provoqué par l'avènement d'Oscar P\ Tout le monde étant convaincu qu'en cas d'adoption la sanction royale serait immédiatement accordée, les conservateurs, devenus l'opposition, multiplièrent leurs efforts. Ils finirent, du reste, par l'emporter, car la réforme votée parles bourgeois et les paysans fut rejetée par la noblesse et le clergé.
Au cours des débats, le gouvernement, trompant peut-être dans une certaine mesure les espérances des libéraux, avait gardé une stricte neutralité. Il témoigna toutefois de son intention de faire aboutir les réformes réclamées avec tant d'insistance. Un des membres du Conseil déclara officiellement à la Diète que l'amélioration du système de représentation s'imposait; puis, les Etals ayant adressé au roi une requête pour le prier d'étudier la question et de prendre l'initiative d'une proposition, une commission spéciale fut instituée en 1846 et élabora un projet qui fut soumis à la Diète suivante, en 1847, mais non point sous forme de proposition royale. Ce projet supprimait la représentation par ordres et remplaçait la Diète