‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 41 sur 176 · SUÈDE ET NORVÈGE · texte numérisé non relu

SUÈDE ET NORVÈGE

tomne de la même année fut saisie d*un projet ofGciel également dû à De Geer. Ce projet supprimait la représentation par ordres et instituait deux Chambres, dont la première serait nommée par les assemblées locales et la seconde directement par les électeurs remplissant certaines conditions de cens. Très favorablement accueilli, ce projet fut pris en considération par la Diète de 1862-1863 et définitivement adopté par la Diète suivante; le dernier vote à l'assemblée de la noblesse eut lieu le 7 décembre 1865. L'ancien système représentatif que la Suède gardait pieusement depuis plusieurs siècles avait vécu, et, grâce à l'habileté de ses gouvernants du moment et particulièrement de De Geer, cette transformation profonde s'accomplit sans difficultés et sans secousses.

Les dernières années du règne de Charles XV ne furent pas marquées d'événements politiques importants. Différentes tentatives pour améliorer le système militaire du pays ne purent aboutir complètement, à cause de l'opposition parlementaire. Une des conséquences de la réforme de 1865 fut en effet de faire prédominer dans la Chambre basse les petits propriétaires fonciers : or ceux-ci avaient, en même temps que les qualités des paysans, leurs défauts habituels : une certaine étroitesse de vues politiques et un désir parfois exagéré d'économies, afin de dégrever autant que possible la terre. Ce parti agrarien ne tarda donc pas à manifester une indépendance très grande a l'égard du gouvernement; d'autre part, les adversaires de la réforme de 1865 lui pardonnaient difficilement.de l'avoir fait aboutir. Ces diverses oppositions obligèrent successivement divers membres du conseil à se retirer, et les dernières années du règne furent assombries par des difficultés politiques qui, pour n'être pas très graves, n'en affectèrent pas moins le roi, et d'autant plus profondément qu'il avait conscience de ne les avoir point méritées.

Charles XV mourut à Malmo, le 18 septembre 1872, laissant le trône à son frère Oscar IL

La question norvégienne sousOscar F' et Charles XV. — L'histoire proprement norvégienne ne fut pas marquée, au temps d'Oscar I" et de Charles XV, par des événements bien

caractéristiques. Les rapports avec la Suède primèrent presque constamment la politique purement intérieure. Et dans Thistoire de ses rapports, les avènements des souverains ne marquèrent pas de divisions bien nettes. La situation que nous avons exposée, en parlant de Charles- Jean *, se développa logiquement et aboutit ainsi, sous Charles XV, à Tapparition d'une véritable « question norvégienne ».

Oscar P continuâtes concessions aux aspirations nationales dont son père avait été contraint déjà de donner Tcxemple à la fin de son règne. Ce fut lui, notamment, qui prit des décisions relatives aux armoiries et au drapeau de la Norvège : questions peu intéressantes en elles-mêmes mais auxquelles on attachait cependant une réelle importance. Il s'appliqua ensuite à ménager toujours les susceptibilités norvégiennes, mais ses efforts n'empêchèrent point les esprits de se surexciter chaque jour davantage. La Diète suédoise finit par s'émouvoir et un de ses membres demanda une revision de l'acte d'union (1859).

A peu près en même temps, le Storting prenait une résolution bien autrement grave. La constitution de 1814 avait prévu pour la Norvège un gouverneur général qui pourrait être suédois. Les premiers gouverneurs nommés par Charles-Jean le furent ■effeclivement ; plus tard, et ce fut là une première concession faite aux susceptibilités nationales, le choix des souverains se porta sur des Norvégiens. Lôwenskiôld, qui se retira en 18S6, n'eut point de successeur. Les Norvégiens, qui protestaient contre le principe même d'un gouverneur général, ne se contentèrent point de cette situation de fait. Le Storting prit en considération une proposition supprimant la charge et, à la session suivante, — celle de 1859 — cette proposition fut votée par 100 voix contre 2. La portée d'un tel vote ne laissait pas que d'être considérable, car il soulevait et prétendait résoudre une question fort délicate. La Norvège pouvait-elle, de sa propre initiative et sans accord avec la Suède, supprimer le gouverneur général? Les Norvégiens répondaient par l'affirmative en faisant observer qu'il n'était point question du gôu-

i. Voir ci-de3su5, l. X, p. 679.

verneur général dans Tacte d'union ; les Suédois ripostaient en déclarant que celte remarque importail peu, et qu'ils étaient évidemment intéressés dans TafTaire. Il s'agissait donc en définitive de savoir si la Norvège était maîtresse de changer à son gré sa propre constitution, môme si de tels changements portaient atteinte aux droits de la Suède. Celte question de principe ne fut pas résolue. Le Storting vota, le 23 avril 1860, une adresse au roi, souvent invoquée depuis, et dans laquelle il réservait solennellement les droits de la Norvège. Mais Charles XV préférait ne pas compliquer une situation qui risquait de devenir grave. Il refusa simplement de sanctionner la décision du Storting, et tout en reconnaissant la nécessité de reviser la situation respective des deux pays, renvoya cette revision à une époque indéterminée. Ce n'était là toutefois qu'un expédient; la < question norvégienne » était nettement posée et une crise fatale : elle continua à se préparer lentement pendant toute la fin du règne pour éclater sous Oscar II.

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HlSTOinS GÉNÉRALE. XI. ^^

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