‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 68 sur 176 · LA NOUVELLE-ZÉLANDE DE 1839 A · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE-ZÉLANDE DE 1839 A

qu'elles seraient vendues à son profit. Mais on ne se trouvait pas ici, comme en Australie, en face d'indigènes peu nombreux, faibles, vivant uniquement de pèche et de chasse, et pour qui la terre n'avait aucune valeur. Les Maoris cultivaient le sol et la plus grande partie des terres étaient partagées entre les tribus, chacune possédant collectivement son lot. Pour éviter les usurpations des colons et les soulèvements qu'elles auraient pu causer parmi les indigènes, le gouverneur avait déclaré par le traité de Waïtangi que la Couronne avait droit de préemption sur les terres indigènes, et il avait ensuite interdit aux blancs d'en acheter autrement que par son intermédiaire. La Compagnie et beaucoup de colons n'obéirent pas a la prescription; il était en effet plus simple d'acheter, moyennant un léger cadeau, à un indigène, des terres qui appartenaient à toute sa tribu ou même à une autre, que de les payer 25 francs l'acre par l'intermédiaire du gouverneur. De pareils procédés amenèrent des rixes. En 1841, la Compagnie venait de fonder le premier établissement anglais de Tîle sud, Nelson. Le capitaine Wakefield, qui en était le chef, fit arpenter des terres voisines du fleuve Wairau, prétendant les avoir achetées aux indigènes. Deux chefs maoris déclarèrent que les terres n'avaient jamais été vendues, et comme les Européens continuaient leurs opérations, les indigènes brûlèrent l'abri de l'arpenteur. Les colons de Nelson arrivèrent en armes; des pourparlers s'engagèrent, mais les colons tirèrent des coups de fusil, les Maoris s'élancèrent sur eux et en tuèrent 19 dont le capitaine Wakefield. Le gouverneur instruisit l'affaire, donna tort à la Compagnie et la rappela au respect du traité de Waïtangi. En 1844, un nouveau gouverneur permit à la Compagnie d'acheter directement la terre aux indigènes à condition de payer à la couronne un droit de 10 shillings par acre, qu'il réduisit ensuite à un penny. Les territoires de la Compagnie s'agrandirent; elle avait, en 1840, 110 000 acres à Port-Nicholson : en 1844, elle affirmait qu'elle avait établi des colons sur 230 000 acres et qu'elle en possédait près d'un million. Les soulèvements des Maoris recommencèrent. En 1845-46, il fallut faire repousser par la troupe une attaque contre la Baie des Iles et une autre contre Wellington.

En 1846, le gouverneur interdit d'acheter directement la terre aux Maoris sous peine d^amende. L'arrivée aux affaires du ministère libéral Russell fut heureuse pour la Compagnie de Nouvelle-Zélande. Elle obtint de l'État un prêt de 236000 livres sans intérêt (1846-47); elle décida le gouvernement à acheter tout le territoire de Vile du Sud aux Maoris et à le lui confier de 1847 à 1880, avec la seule restriction qu'elle ne vendrait pas audessous du prix officiel les terres qui n'étaient pas destinées à des services publics. Dans l'Ile sud, la compagnie vendit à l'église libre d'Ecosse le district d'Otago (capitale Dunedin) pour y établir des presbytériens, et à une société anglicane de colonisation la province de Canterbury, dont la capitale fut Ghristchurch (1849). Si la Nouvelle-Zélande était une source de profits pour la Compagnie, elle coûtait très cher à l'Etat. Un rapport officiel de 1849 évalue les dépenses du gouvernement dans les deux îles à 144 000 livres (émigration, indemnités aux colons dépossédés, sommes payées aux Maoris) et les recettes provenant de la vente des terres à 52000 livres; or, théoriquement, la vente des terres aurait dû couvrir les frais de colonisation! En 1851, la Compagnie fut supprimée; on garantit à ses actionnaires un revenu pris sur la vente des terres publiques néo-zélandaises. La vente des terres dans les deux îles fut remise entre les mains du gouverneur.

La constitution de 1862. — La suppression de la Compagnie permit d'organiser la Nouvelle-Zélande sur un plan uniforme ; comme elle se composait de provinces d'origines diCTérentes, on crut devoir lui donner plus de libertés locales qu'aux autres colonies. Déjà, en 1846, on avait essayé d'en faire une fédération de municipalités et de provinces qui avait été abolie après un an d'essai. En 1852, on la divisa en six provinces, dont chacune était gouvernée par un Conseil provincial élu par des censitaires et un superintendant sous le contrôle du gouverneur. Au centre, on établit une Chambre des représentants élue par les mêmes électeurs que les Conseils provinciaux et un Conseil législatif dont les membres étaient nommés par le gouverneur. Celui-ci avait le droit de veto. La Nouvelle-Zélande comptait alors 60000 indigènes environ et 27 000 colons blancs, occupés

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