‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 5 sur 180 · IV AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

IV AVERTISSEMENT

une autre loî\ une autre foi qui gouvernera les forces brutes.

Du Vil'' siècle au XP sièclCj le monde ancien a donc été dominé par des idées incarnées dans des hommes : Pidée romaine impériale^ Vidée romaine papale^ l'idée musulmane, celle-ci réunissant dans le même homme les deux suprématies temporelle et spirituelle.

Au-dessus du monde se dressent : le Pape^ héritier de saint Piètre; l'Empereur y héritier cT Auguste; le Khalife, héritier de Mohammed.

En général j il n'y a qu'un Pape à la fois; il y eut toujours au moins deux Empereurs; à la fin, il y eut au moins trois Khalifes. C'est la papauté, la plus immatérielle des trois puissances^ qui est la mieux obéie. Elle ne compte guère de rebelles qu'à Byzance; les deux autres en comptent tant que presque partout elles finissent par laisser la place à des rois, à des sultans, monnaie de l'Empereur ou du Khalife, un peu menue, mais de bon métal.

Sous l'action de ces idées, de ces personnages, de ces fantômes, peu à peu, aux royautés barbares, partageables, éphémères, succèdent des États plus solidement constitués. En Europe du moins, de f amalgame et de la fermentation des éléments romains, celles, ibères, germains, goths, slaves, finnois même, se dégagent des êtres nouveaux.

De proche en proche la matière en ébullition se prend, se fige, se cristallise^ s'organise. De ces poussières de peuples que le sabot dun cheval hun, magyar ou arabe, suffisait pour faille lever en tourbillons, se condensent de vraies nations.

A la fin du XP siècle, il y a une France, où les couches successives d envahis et d'envahisseurs se sont fondues en un vivant métal, qui n'admettra plus d'élément étranger ; il y a une Allemagne, ou, si l'on veut, des Allemagties ; il y a une Italie, où l'on a déjà peine à distinguer les sédiments latins, grecs, germains; il y a des États Scandinaves; il y a une Bohême, une Pologne, une Bussie^ et, par intermittence, une

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Serbie^ une Bulgarie; il y a une Grèce^ encore que celle-ci ail peine à se dégager de ses provinces barbares. Les Iles Britanniques^ après avoir vu les Celtes refoulés par les Anglo- SaxonSj les Anglo-Saxons par les Danois, ont reçu, avec les Normands j leur dernier ban de conquérants; il en est de même de la Pannoniej qui, après avoir été F hippodrome des cavaliers d^AsiCy est devenue la Hongrie chrétienne; t Espagne^ tour d tour celto-ibérique, romaine^ gothique^ se trouve enfin saturée d*hommes et^ après avoir subi Cintrusion des Arabes et des Bei'bèresy tend déjà à les expulser. Ainsi notre Europe est debout tout entière^ avec les États qui dureront^ les fiations qui sont celles d'aujourd'hui et de demain.

Tous ces êtres nouveaux sont nés dans la période qui nous occupe : aucun d'eux, avant la « séparation des deux Empires », n* existait, du moins avec tous les traits essentiels de sa physionomie. Nous ne parlons pas seulement de la Russie, de la Pologne, de la Hongrie, et de tant d'autres nations, dont les éléments constitutifs étaient encore, en 395, dispersés à tous les coins du monde barbare; mais à la fin du XP siècle, il existe une France, qui est différente de la Gaule de César; une Espagne et une Italie, qui n'ont guère que le nom de commun avec celles qui ont connu les Anlonins; une Angleietre, gui est radicalement autre chose que la Bretagne d'Agricola; une Allemagne, que la Germanie de Tacite ne pouvait laisser pressentir.

Phis différentes encore de leur aspect romain, plus ressemblantes encore à Paspect qu'elles présentaient au début de notre siècle sont F Afrique du Nord^ F Egypte, la Syrie, CAsie Mineure.

Ainsi, dans tout l'ancien monde, il s'est fait, du /F* au XP siècle, un travail énorme, douloureux, prodigue de vies d'hommes et d'empires : il a cependant abouti à quelque chose de solide, puisque cela dure et que cela semble destiné à durer. Ce fut un travail si complet^ si bien définitif que^

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