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C'esl-à-dire ceux qui sont infidèles, indociles au roi

être sûr de mon fils et de vous, pour tout le temps de mon absence? Comment pouvez-vous être sûrs de mon fils, mon fils sûr de vous, et avoir une confiance réciproque? Les grands répondent, en substance : « Vous pouvez être sûr de votre fils, parce que vous Tavez engendré et nourri. Vous pouvez être sûr de nous, parce que nous vous avons juré fidélité en tel et tel endroit et que vous nous faites un joli cadeau. Nous sommes sûrs de votre fils et ne lui demandons pas autre chose que ce que vous venez de nous donner. Il peu|; être sûr de nous, puisque nous avons juré de lui être fidèles. » Puis, Charles demande des garanties pour sa femme, pour ses filles. On les lui accorde. Vient ici le fameux texte qui constate l'hérédité des offices. S'il meurt un comte dont le fils soit avec le roi, le fils de Charles, d'accord avec les fidèles, confiera l'administration du comté aux parents du comte ; ils y pourvoiront avec les officiers du comté et Tévêque, jusqu'à ce que le roi ait été prévenu et ait donné au fils les honneurs du père. Si le comte a un fils enfant, on agira de même. S'il ne laisse pas de fils, le fils de Charles le Chauve, d'accord avec les fidèles, chargera quelqu'un d'administrer le comté avec les officiers et l'évêque, jusqu'à ce que le roi ait statué. L'administrateur provisoire ne devra pas s'irriter si on donne le comté à un autre. La même règle s'appliquera aux vassaux. On ne peut dire que ce capitulaire fameux ne contienne pas quelque chose de nouveau, car, * dans l'édit de Pistes, Charles le Chauve parlait de son droit de changer les comtes. Mais d'autre part, dans le message envoyé de Kiersy aux Francs et Aquitains, en 856, il est question des successeurs des vassaux, en regard des successeurs du roi. Il y a donc seulement ici la constatation du fait de l'hérédité, à l'occasion du départ pour l'Italie. Cette hérédité ne s'étend pas seulement aux comtes, mais aux vassaux pourvus de bénéfices. Et le roi ordonne aux comtes et vassaux de faire pour leurs hommes ce qu'il a fait pour eux. Evidemment il y avait eu 'un travail antérieur dans ce sens, et ici encore c'est la confirmation d'un fait. Les grands avaient désormais un texte législatif. Ils avaient raison de remercier le roi du cadeau, qui était la royauté même: Ce texte fameux est singulièrement

encjadré. Charles recommande qu'on ne croie pas trop à sa mort, si le bruit venait à s'en répandre. Pour le cas où il viendrait à mourir, il règle les dispositions d'aumônes et partage sa bibliothèque. Puis, pêle-mêle, il ordonne qu'on réprime les guerres dès qii'elles se produiront; qu'on ne s'avise pas de se loger dans ses villes ou dans celles de sa femme; qu'on lui écrive, qu'on achève son château de Compiègne, qu'on entretienne les fortifications sur la Loire et la Seine. 11 interdit la chasse à son fils dans un certain nombre de forêts. Le dernier article est celui-ci : « Notre forestier saura exactement combien de sangliers et de bêtes auront été chassés par notre fils dans chacune de nos forêts. » Après la rédaction de ce capitulaire, Charles le Chauve accorde à ses fidèles la permission de retourner chez eux, et, tranquille sur son fils, sa femme, ses fiUes, son gibier, il part pour l'expédition. Il n'en devait pas revenir.

État du royaume de France : la féodalité. — Nous venons d'analyser les principaux actes de Charles le Chauve. 11 est facile de conclure. Dans ce royaume des Francs occidentaux, ouvert à tous les ennemis et souffrant de tous les maux, guerre étrangère, guerre civile, famines, épidémies, l'autorité royale est absolument impuissante. Ce royaume se dissout en seigneuries grandes et petites. Les causes de leur formation sont connues. Il y a des hommes de qui dépendent beaucoup d'autres hommes; des propriétaires qui ont des serfs et aussi des bénéficiaires; des puissants qui ont des vassaux obligés de les suivre à la guerre, soumis à leur justice; une église qui a de grands domaines, défendus par l'immunité contre l'autorité du roi. Il y a donc dans le royaume nombre de chefs de groupe. Le roi les favorise. Dans ces temps de troubles profonds, de guerres perpétuelles, le seigneur est véritablement le sauveur. Il a construit des châteaux que le roi ordonne en vain de démolir; et tous les jours, sans doute, apparaissent de nouveaux seigneurs ; quiconque occupe un lieu fortifié, le premier brigand venu, peut devenir seigneur.

Le royaume est toujours divisé en comtés; les comtes sont toujours les officiers du roi, mais des officiers indociles; le roi

a le droit théorique de lès déplacer, mais la règle est Thérédité. L'autorité du roi sur les comtes est donc une autorité vaine. Il faut se représenter ce que sont ceux-ci dans leurs comtés : de grands propriétaires ayant des hommes à eux, vassaux ou bénéficiaires. Ils exercent tous les pouvoirs du roi, et il est certain qu'ils les exercent à leur profit. Encore se révoltent-ils.

Quelle est la conséquence de tout cela? l'anarchie. Il n'y a plus de gouvernement. Il y a encore de grandes assemblées, des missi'y tout ce que nous en savons montre le progrès dans l'impuissance de l'autorité royale. Le roi en est réduit à gouverner par la persuasion. Il n'a pas perdu le souvenir de ce qu'était l'autorité au temps de Charlemagne, même de Louis. Mais, en réalité, il n'est plus le Roi, gouvernant de haut, en vertu de son droit héréditaire et de la consécration divine : il est un seigneur parmi des seigneurs, le premier. De môme qu'un véritable pacte, portant obligation réciproque, relie aux chefs de groupes les hommes de ces groupes, de même un pacte, encore mal défini, mais qui tend à se préciser, unit le roi à ses fidèles; car il n'a vraiment plus de sujets, il a des fidèles et des infidèles. Il semble qu'il ne gouverne plus qu'avec le consentement des fidèles et selon ce consentement; s'il agit contre les droits des fidèles, l'insurrection est permise.

Il n'y a plus de force publique organisée; le roi en est réduit à supplier ses fidèles de se coaliser contre les infidèles; par lui-même, il ne peut rien, il est ruiné. Ainsi cette royauté devint une sorte de pouvoir vague, qui a perdu son ancien caractère, n'en a pas trouvé un nouveau, et qui est superposée au monde féodal en voie d'organisation.

Louis le Germanique et son royaume. — Louis le Germanique était, en apparence, le moins favorisé des trois copartageants de J343.

Son royaume était le plus pauvre. Cette Germanie, naguère barbare, n'avait presque pas de villes, sauf sur le Rhin et le Danube, seulement quelques grandes abbayes, comme Saint- Gall, Lorsch, Fulda, Corvei (la nouvelle Corbie), qui devaient conserver et propager la culture. Enfin il n'y avait pas plus de sentiment d'unité nationale entre Saxons et Bavarois qu'entre Provençaux et Frisons, Neustriens et Aquitains. Au fond, Louis le Germanique était le moins faible des trois successeurs de Louis le Débonnaire : c'est lui qui régnait sur le territoire le plus compact, le mieux préparé à servir de cadre à une nation ; sauf Ja Rhétie, il ne renfermait que des pays de langue allemande. Plus récemment civilisés, les Bavarois, les Saxons, étaient moins usés que les Francs de Neustrie, les Lombards ou les Gallo- Romains. Il restait plus de propriétaires, d*hommes libres, habitués à combattre sous le roi. La base de Torganisation politique et sociale continua d'être formée par ce grand nombre de propriétaires libres; le développement de la féodalité se fit en Allemagne comme en France, mais beaucoup moins vite; la royauté continua de s'appuyer sur le peuple. Si l'unité nationale n'était pas achevée, l'organisation établie par les conquérants carolingiens était plus forte, moins contrariée par la multiplicité des petits groupes déjà constitués sur le sol. La nécessité de l'alliance entre l'Eglise et la royauté était plus manifeste, dans ce pays récemment conquis, et même d'anciens adversaires, comme les archevêques de Mayence, Otgar et Raban Maur, servirent les intérêts de Louis. Cette alliance fut très favorable à l'Église et au pouvoir royal. Le clergé put poursuivre l'instruction des Germains; les évêques, peu nombreux, régnant sur de vastes diocèses, ne se trouvèrent pas, contre les grands laïques, en conflit aussi marqué que dans le royaume des Francs occidentaux. Il y eut presque une église nationale. Les actes des trois conciles de Mayence sont significatifs. Dans le premier (octobre 847), on s'entend pour instruire le peuple dans la religion chrétienne, en lui parlant sa langue; pour proléger les hommes libres et éviter que les grands laïques ou ecclésiastiques les dépouillent de leur liberté. Le second (octobre 848) condamne l'hérétique Goltschalk. Le troisième a tout à fait le caractère de

concile national : non seulement on y voit les archevêques de Mayence et de Salzbourg avec leurs suffragants, mais des évoques dont la métropole ne dépendait pas de Louis, ceux de Munster et d'Osnabrûck, suffragants de Cologne.

Louis le Germanique prit son principal point d'appui sur la Bavière; sa résidence préférée fut Ratisbonne. Toutefois il ménagea les Francs (vallée du Main, du Neckar au haut Weser), dévoués à la dynastie, et vint souvent à Francfort. Les Saxons, assez favorables à Lothaire, avaient été comprimés et cessèrent toute résistance. Les Alamans aussi. Les premières années du règne s'écoulèrent donc tranquillement.

Luttes contre les Slaves. — Les Saxons, au nord, contenaient les Danois et Normands. Sur la longue frontière de Test, partout on avait affaire aux Slaves; mais ceux-ci ne formaient de groupe compact et redoutable qu'au nord de TElbe (Obotrites), en Bohême et en Moravie. Les Obotrites furent vaincus (844 et 862), les Bohèmes alternativement vaincus et vainqueurs ; mais ni les uns ni les autres ne se rendirent dangereux. Les Moraves le devinrent sur la fin du règne de Louis le Germanique. Vers 855, leur chef Rostislav se souleva et rendit dévastations pour dévastations à ses ennemis. En 862, il profita de la révolte de Carloman contre son père, pour faire périr Pribina, chef des Slaves chrétiens de Pannonie (Slovènes), allié de TEmpire. Les Germains finirent par s'entendre avec son neveu Svatopluk ou Zwentibold, qui leur promit fidélité et leur livra Rostislav chargé de chaînes. Condamné à mort par le jugement des Francs, le chef des Moraves eut les yeux crevés (870). Mais, en lui substituant son neveu, on n'avait pas gagné au change. Carloman, le fils de Louis le Germanique, qui administrait la Marche orientale, l'accusa de trahison, puis le relâcha. Svatopluk extermina l'armée bavaroise, se fit rendre les otages moraves (871). L'année suivante, il vainquit de nouveau Carloman (8"2). Il fallut lui reconnaître la principauté des Moraves en échange d'un tribut. Quelques années après, Svatopluk reprit les armes, défit les Allemands sur le Raab et établit dans la Marche orientale* un de ses protégés (884). Il étendit son

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