‹ Histoires mysterieusesChapitre 3 sur 4 · LE NEZ DU LION · texte numérisé non relu

LE NEZ DU LION

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-•fr Dès mon entrée dans la vie j’empoignai à deux mains mon nez. Ma mère lî f fut témoin de cette action et déclara que je serais un génie. Mon père versa %des larmes de joie et me fit cadeau d’un traité de nosologie, que je possédais '4 fond avant de porter ma première culotte.

J’eus dès ce moment le pressentiment de ma carrière scientifique et je compris de bonne heure que tout homme, pourvu qu’il ait un nez suffisamment marquant, peut^ devenir le lion du jour. Mais je ne me bornai pas à faire sur ce point de pures théories. Chaque matin, je tirais deux fois ma trompe, et je l’allongeais d’une demi-douzaine de millimètres.

Lorsque j’eus atteint ma majorité, mon père m’invita un jour à le suivre dans son cabinet.

— Mon fils, dit-il gravement quand nous fûmes assis, .sais-tu quel est le but ^■tprincipal de ton existence? — Mon père, répondis-je, c’est l’étude de la noso- 1( ifogie. — Et qu’est-ce que c’est que la nosologie, Robert? — Monsieur, dis-je, icpc’est la science des nez. — Et peux-tu m’expliquer, questionna-t-il, ce qu’on entend par le mot nez? — Le nez, mon père, répliquai-je en baissant le ton, a ^■■été défini diversement par un millier d’auteurs (ici je tirai ma montre). Il est midi, repris-je. Nous avons donc le temps, d’ici à minuit, de les passer tous en revue. Je commence donc : Le nez, suivant Bariholinus, est cette pro- 2r| tubérance, cette bosse, cette excroissance, cette....

■rt — Fort bien, à merveille, Robert, interrompit le vieux gentleman. Je suis positivement foudroyé par l’immensité de tes connaissances, oui sur mon âme *14' ^çi il ferma les yeux et posa la main sur son cœur). Approche (il me saisit pa le bras). Ton éducation peut être considérée maintenant comme achevée. U est grand temps que tu te pousses dans le monde, et pour cela tu n’as rien ^ de mieux à faire que de te laisser mener par le nez.

Je trouvai que l’avis paternel était excellent. Je résolus de suivre nt on nez. UC Je le tirai tout d’abord deux ou trois fois et j’écrivis incontinent une brochure uf- sur la nosologie. Tout Fum-Fudge où j’habitais, fut sens dessus dessous. — Étonnant génie! dit la Ouarterly Review. — Admirable physiologiste! dit la u[i Weslminster . — Bel écrivain ! dit VEdinbiirgh. — Profond penseur ! dit la uii Ditblm. — Qui peut-il être ? dit mistress Bas-bleu. — Que peut-il être? dit la N'- grosse miss Bas-bleu. — Où peut-il être? dit la petite miss Bas-bleu.

D Je ne fis aucune attention à ces opinions de la critique et j’allai tout droit à - l’atelier d’un artiste. La duchesse de Dieu-me-bénisse posait pour son portrait :uv le marquis de Tel-et-Tel tenait le caniche de la duchesse; le comte de Choses- , et-Autres jouait avec le flacon de sels de la dame et Son Altesse Royale de qt* Noli me tangere se penchait sur le dos de son fauteuil, t, - Je m’approchai de l’artiste et je levai le nez.

ck — Oh ! superbe ! soupira Sa Grâce. — Oh ! au secours ! balbutia le marquis. S;'— Oh! choquant! sussurra le comte. — Oh! affreux! grogna Son Altesse f Royale. — Combien en voulez-vous? demanda l’artiste. — De quoi ? s’écria lie. Sa Grâce. — De son nez. — Mille livres ! dis-je en m’asseyant. — Mille livres? :qi répéta l’artiste d’un air rêveur. — Mille livres! dis-je. — C’est très beau ! dit-il ; .'avec un geste extatique. — C’est mille livres, dis- je. — Le garantissez- vous? dit-il en tournant le nez vers le jour. — Je le garantis, dis-je en le mouchant vigoureusement. — Est-il bien authentique ? demanda-t-il en le touchant avec 'respect. — Hein! dis-je en le tortillant de côté. — H n’en existe pas d’autre

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