LA MAISON VERTE. I3I
serait peu convenable que je continuasse à faire vie comniune.avec lui.
« Ce mariage-là est ridicule d'abord et ensuite gênant. C'est donc à toi que j'ai recours. Il faut, tu m'entends, il faut absolument que tu fasses manquer cette affairela. Tu dois bien avoir dans ton sac quelque bon vieux truc... Enfin je compte sur toi.
« Mon oncle est actuellement à Paris pour une quinzaine de jours. Ce n'est pas encore pour la corbeille de noces, mais c'est tout comme. Prends donc le premier train et accours ici. Tu me sauves.
« Et je t'en aurai une éternelle reconnaissance.
« André Giroux. »
Le soir même, Children était à Illiers.
— Je te remercie, dit-il à son ami, après les premières poignées de main échangées, de l'excellente opinion que tu as de moi, mais, en vérité, a priori, cela me semble assez didicile d'obtenir le
résultat que tu attends. Quelques renseignements, toutefois. Qu'est-ce que cette femme ?
— Une donzelle assez fine, mais sans fortune, qui a liairé un magot, et qui s'est arrangée pour enjôler le bonhomme. Mon oncle la rencontre fréquemment dans une famille de Nogent-le-Rotrou qui donne des soirées de temps à autre. Sa mère est une bégueule d'une correction exagérée, très à cheval sur les principes.
— Est-elle bonne cavalière, au moins?
— Tu blagues, mais les deux mâtines vont nous donner du fil à retordre.
— En tout cas, à demain les affaires sérieuses; pour le moment allons faire dodo.
Le lendemain, dès six heures, Harry était debout : le silence ambiant l'avait réveillé.
— Si tu veux, proposa André, levé
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aussi déjà, pour nous ouvrir les idées et l'appétit nous allons faire une promenade en voiture. Thermidor, le poney de mon oncle, trotte comme un pur sang, et nous avons le temps d'aller prendre le vermouth à Notent.
— Accepté, d'autant plus que je serais bien aise de faire la conna'ssance de cette petite ville qui va peut-être devenir la base de nos opérations.
Le poney, attelé rapidement au minuscule et léger tilbury, piaffait d'impatience dans la grande cour herbue de la maison et humait avec délices l'air matinal en allongeant le muffle et en montrant ses fines dents blanches. Et ce fut avec des hennissements sonores qu'il s'élança, le nezau vent, sur la roule, bordée de berges que verdissaient les premiers souffles chauds d'avril.
— Voilà Nogent, remarqua tout à coup André, en désignant du doigt plusieurs
groupes de petites maisons très blanches, séparées par de gros bouquets d'arbres...
— Et... plus près, à quelque dix mètres de nous, qu'est-ce donc que
Cette blanche maison calme, gaie et fleurie"^' A l'abri d'un rideau de tremblos ombrageant Ses ardoises d'azur de bur masse assombrie,
comme dit le Poète, et qui nous apparaît
...Au bas de la prairie Où miroita et gazouille ua ruissslet d'argent?
— Ça, c'est une brasserie servie par des « dames »; la« Maison-Verte » comme on l'appelle communément à Nogent, Elle est d'importation récente et, comme tu le vois, on l'a placée à portée de la caserne, ce grand bâtiment massif que tu peux apercevoir sur la gauche. On y boit de très mauvaise bière, d'ailleurs, et si tu veux y goûter, ne fut-ce que pour faire connaissance avec ces dames... ?
■— Gomment donc ? mais certainement,