LIVRE I". — CflAPITRE III
Le prestige de l'exil j une silencieuse et patîftite résignation dans les jours mauvais j servent quelquefois un prétendant au trône, une entreprise téméraire et avortée compromet les meilleures causes y et souvent les ruine sans retour. Détournons un instant nos regards du théâtre ensanglanté de la guerre ; aussi bien j les victoires de Charlemagne ont imposé une trêve , bien courte il est vrai , aux invasions et aux révoltes.
Qu'un moment l'éclat du conquérant s'efface pour nous laisser suivre dans l'ombre où il semble se cacher y un humble prêtre , dont le nom, s'il nous avait été transmis , brillerait parmi les bienfaiteurs les plus vénérés de l'humanité.
Si le nom du bienfaiteur nous manque , gardons au moins la mémoire du bienfait.
On lit, dans un document qui date de la fin du VIII* siècle (1 ) , de touchantes doléances échappées au cœur attristé d'un archi-prêtre de l'église métropolitaine de Milan. Le sort des enfans illégitimes et abandonnés éveille toute ia sollicitude du saint prêtre.
Ces pauvres créatures, dit-il, dans ce modeste
(1) MUKATOKI {Antiq, med, œvi: , T. m, page 587), <ionne le texte de cet acte, qui porte la date du 22 (ù-
monument d'une sublime miséricorde, sont im pitoyablement vouées aux souffrances et à la mort on les noie dans les rivières , on les jette sur dei tas de fumier, on les délaisse dans des cloaquei impurs ; et , chose abominable , privées des eiiu du baptème^elles sont précipitées en enfer: aèsqtu baptismatis Iwacro patvulosad Tartara mtMtiiil
Le pieux ecclésiastique ne borne pas TélsNi di sa commisération à des plaintes stériles, i achète, de ses propres deniers, des maison» ptèi de l'église , et il en fonde , pour les enfans abandonnés , un hospice qu'il dote généreusement Aux termes de l'acte public transcrit par Mura tori , tout enfant exposé dans l'église sera désormais , grâce à la générosité du bienfaiteur, recueilli , baptisé et confié à une nourrice ; on lu fournira les vétemens nécessaires et la nourriture, et on lui apprendra un état. A l'âge d< sept ans l'enfont sera libre et maître d'aller habiter le lieu le plus à sa convenance.
On voit que le vice et la débauche avaient, ; cette époque , les mêmes débordemens et les mè mes résultats que de nos jours ; on voit aussi qui la religion du Christ avait, dans ces siècles d< barbarie, son Vincent de Paul {1)1
(1) Vincent de Paul! Ce nom fait revivre malgré nous dans notre pensée , de douloureuses préoccupatioua II es