LIVRE I", — CHAPITRE IV
Le jeune roi de Lombardie y par son empressement à exécuter cet ordre , désarma la colère de Louis ; mais ^ pour le malheur de Bernard ^ l'empereur défendit à Adelhard et à Walla^ sur qui se reportait son ressentiment ^ de retourner à Pavie et les frappa d'exil (1). Quant au jeune roi y il le combla de présens.
Des présens! des trésors! Belle compensalion vraiment 9 pour un jeune roi que Ton prive de ses plus sages conseillers ! En cette occasion , disons-le toutefois, leur sagesse s'était démentie. Pourquoi laissèrent-ils à Bernard la triste initia^ tive des torts à l'égard d'un puissant monarque qui bientôt sut prendre sa revanche? Tristes jeux où le fort (2) n'est jamais en reste , et qui finissent par la ruine du feible.
Mais avant d'entrer dans cette triste série de griefs que termine une sanglante catastrophe ,
Louis ce ressentiment ialoux qu'on suppose avoir pris naissance du vivant de Cnarlemagnc.
(i) Adelhard, abbé de Corbie, vit, par les ordres de Tenipereur, se fermer devant lui les portes de ce monastère qu'il regardait comme sa paisible et dernière retraite , après l'accomplissement des devoirs imposés à son zèle par la confiance de Charlemagne. On lui désigna Noirmoutier |)our lieu de son exil ; sept ans il y fut l'objet du respect et de l'édification publique.
Le comte Walla fut exilé au couvent de (iorbie.
(2) On sent qu'un tel mot, quand il s'agit de Louis-ie-Débonuaire , ne peut avoir c[u'une acception relative.
consacrons quelques lignes encore aux actes méritoires d'une vie trop courte et qui s'annonçait devoir être si glorieuse.
La Lombardie^ quant à son administration intérieure , s'aperçut à peine de l'absence d'Adelhard et de Walla, tant l'impulsion donnée au char de l'État était partie de mains habiles et sûres , tant le royal disciple s'était pénétré des principes et des vues de ses deux grands ministres.
Ce royaume continuant à jouir d'un bien-être et d'un repos qui cicatrisaient les plaies de Tinvasion et de la guerre, Bernard fut en position, au premier appel de l'empereur, de donner à Louis des preuves de son zèle et de son dévouement, de réparer enfin ses torts envers la couronne impériale.
Rome et le reste de l'Italie, intimidés par la puissance de Charlemagne , étaient restés dans l'ordre et la soumission depuis le châtiment de Pascal et de Gampule ; mais tout changea de iace à l'avènement de Louis !
Louis qui, comme roi d'Aquitaine, s'était acquis un grand renom de sagesse et d'équité, ne tarda pas à décheoir dans l'opinion des peuples. La rigueur exercée contre les deux ministres de Bernard, loin de faire honneur à sa justice et à