LIVRE 111. — CHAPITRE V
Lombardie avait dépouillé Théobald pour Ten investir. Le doge fugitif vint lui demander asile et secours : Guy, avec l'agrément de son père , fournit aux révoltés quelques navires armés, à l'aide desquels le jeune doge proscrit porta pendant quelques années le trouble et la dévastation sur les côtes de la république, inquiéta le commerce vénitien et lui fît d'importantes captures. C'est contre ces actes de piraterie et contre Bérenger, qui par son assistance en était le premier fauteur (1), que Venise avait cru devoir réclamer.
Enfin Othon a battu et détruit les Hongrois sur les bords du Tech; il peut, par suite de cette mémorable victoire, disposer de ses forces, venger la blessure faite en Italie à son cœur paternel, et répondre aux vœux qui, de Pavie, de
(i) Hâtons-nous d'ajouter, comme une des mille preuves que l'histoire fournit de Finconstance des peuples dans leurs affections ou leurs haines, que tandis que la cour d'Othon se préoccupait des griefs de Venise contre Bérenger, Candiano III vint à mourir , et que le sénat, les évèqfues et le peuple, qui avaient solennellement juré de ne jamais plus accorder le titre de doge au jeune Canîdiano, du vivant comme après la mort de son père, le proclamèrent unanimement Doge sous le nom de Pierre IV. Trois cenls barques furent envoyées à Ravennes où vivait Texilé, pour le ramener en triomphe à Venise. *
• MunATORi, Ann, d'IlaL, Tom. V. — Oaru, Hisl, de Venise^ T. l". T. II. 24
Milan et de Venise, s'étaient élevés vers lui pour le rendre juge et arbitre des abus et des vexations dont ritalie était depuis long-temps victime.
Cette couronne de Lombardie ^ que trop d'indulgence lui a fait conserver à Bérenger, laiblesse qu'il a cruellement payée par la mort d'un (ils, cette brillante couronne , on la lai montre, on la lui offre... De toutes parts on le supplie de passer dans la Péninsule et de s'asseoir sur ce trône qui si long-temps fut un marchepied au trône impérial des Romains. Othon, qui semblait n'attendre que d'avoir réduit les Hongrois pour se rendre aces vœux, Othon, après la victoire, hésite au moment d'accomplir un aussi grand acte. Les mêmes appréhensions qui naguère tinrent en frein l'ambition du père, viendraient-elles aussi enchaîner la résolulion du fils? L'exemple d'Henri-l'Oiseleur exercerait-il, au moment où il faut agir, une influence ou prudente ou insensée sur celui que le monde salue du nom d'Othon-le-Grand ?
On s'étonnait en Lombardie d'une hésitaliou qu'on ne savait expliquer, qu^on ne pomiiit
comprendre Bérenger, qui sentait que son
heure aurait sonné du jour où Othon remettrait le pied en Italie , Bérenger ne se rendait pa^ mieux compte d'une telle temporisation.