LIVRE XGI
LÛUJS XIY {FL\)
GvBnnv. r»' t v sitç<'hs'?îi>n d'Espaonf, suite et fia. — Chamillart remplacé par Yobm. — l'une de i ouruai. Ciloneasti déluite de Malplaquet. Perte de Mous. — Conftreim de Gertraydenberff. Lu allKs ventent funser Loois XIV à détr&iwr seul Pliilippe V. — Perte de DouaI, de BethuDe* 4*Aire et de Saint-Venant. — • Défaite do Philippe V à Sara-^nsse. Les allié» rentrent à Madrid. Vendôme en £<>pague. Y|ctoire de ViUaA'iciu»a. Les alliés refoulés eu Cataktgoe. — Perte de Boirahidn. Révolution aintotériolle à Londres. Kégoeintion «vee VAngleierre. Mort de Venipereor Jooeph !**« ht prétendant d'Espapic devimit remperaor Charles YI. Morl du d;iupliin et du duc Pk IÎul rgogm . DésolttUon de la niai--on royale. — Fin de Féaslun. — L'emiHTt ur et la IloUaiide se refusant à traiter, l'Angleterre se retire de la coalition. — Perte du Qucimui. Victoire de Villars BUT £ug4ne à Dshaxm. Repriie d» Douai, du Qneeool, de Bouiclwln. — Tmilé d*lTtret'lit avec l'An^rlcterre, la Hollande, la î^avoie, etc. Terre-Neuve, la baie d'Hudoon, l'Acadie cl Saint-( 'hr ï-tnphc céfli^ ntix Anglais. Le port fie Duiikerque comblé. Pûmes, Ypres, Tuurnai, etc., cédés pour la barrtère des Hollandais» Lille, Bétliune, Air», Si^t>Y«iattt, rendus à la Franoe. Philippe V «onaerre rii!spag»e et les Indes. Le duc de Savoie devient roi de Sicile. — La guerre continue avec l'finpcrcur. Reprise de I^indau. Prise de Freybourg. Paix de Rastadt avec l'empereur. France garde Strasbourg et Landau. L'oDpereur garde Kaples, Milan et la BelK'ique. — La Catalogne oootinne seule à te défiendre. Prise de Barcelone. Fin de lu Guerre db bucckssiun. — Etat des finances. P>:inqueroutes partielles. — Persécution» religieuses, fiuiie Um^Uuê» ÉMta contre les protestants. Testament ut mort du lioi.
Les néjrociations de La Haie montraient assez que l'abaissement v\ la Miutilalion de la France pouvaient seuls salislaiie les atties : i l Fraiiee ne devait plus attendre son salut que de son courage et de son désespoir. Mais il faut au courage des instruments de combat, et le gouvernement de Louis XIV en était à ignorer, nous ne dirons pas , comment il pourrait reconquérir ses places perdues , mais comment il pourrait nourrir une armée : pour
lllOi») EFFORTS DE DESMARETZ. 515
Tivre en 1708, il avait fallu dévorer Tavenir; pour vivre en 1709, . il lalljil iiiaiiiLciiaiil une espècr de miracle , suivant rexpression du contrùleiir-génLTal lui-niùiiu'. L'Espagne, qui nous avait causé tant do maux, nous fournil indirectement un secours Inespéré : des vaisseaux français, qui trafiquaient aux Indes espagnoles, déijarquèrent , au printemps , dans nos ports, plus de trente millions en matières d'or et d'argent Dcsniaretz demanda aux propriétaires de porter toutes ces matière^ à la monnaie et d'en prêter la moitié au roi contre des assignations sur les recettes générales à dix pour cent ii*intéréu Ce fut une première ressource pour ouvrir la campagne. Malheureusement, Desmaretz n'usade Tendance métallique, un moment reparue, que pour de nouvelles opérations sur les monnaies, aussi mauvaises que les précédentes, aussi i)ropres à empêcher les relations régulières de renaitri' et à l'airo [)rolilL'r les biUonnt'urs et les spéculateurs étrangers de ce que poi dait le [)ublic français Un inq)ôt extraordinaire de cinq cent cinipianle-huit mille sacs de blé, en nature, sur les provinces, au prix de trente à quarante livres le sac, fut quelque chose de plus eflicace pour la subsistance de l'armée " : on tdcha d'atténuer ce qu'une telle charge, dans une telle année, avait d'accablant, en annonçant que cet impôt serait déduit sur les taxes des années suivantes, que la taille serait diminuée de plus de huit millions en 1710 et que les entrées et octrois subiraient une forte réduction. On ordonna la coupe générale des baliveaux dans les forêts de l'État; on vendit ime amnistie aux concussionnaires qui avaient ravagé le départementde la marine; on tira des avances à tout prix des receveurs, des fermiers, des partisans; bref, comme le dit Voltaire, on continua de ruiner l'État pour le sauver! Ou parvint ainsi à arracher,
1. De ITOl à 1716, \n commerce de rAmériquc eî$pagn>oIe a fUt entrer en Fnuice
plus (itf denx cent» millions de tiuméraire. V. Forbonnais, t. 11, p. 193-209.
2. Eu avril et en mni 170<<, nouvelle refonte orUuiutéc : les luuis et les i^ous, un l'eu augmenté» de poid:», suut portéa à 20 et à 5 livres; ce qui revient à 40 livre& k> marc d'argent. PoumiUrer l'argent, Denuitrets iàit décréter que, dans la rcfontts les hôtels des monnaies reoenont 5/6 en espèces, 1/6 en billeu» de monnaie, pour ^trc, II- tout, ensuite rPTnhoursé eu nouvelles espèces. C'o^>t un tour de panse pu '.•^c auquel ie public ue se prend qu'eu partie, le changement des valeur uumiualeit taiaaal plu» que compenser ce 1/6. Forboamals, t. II, p. l!^3.
3. La dvpeoae det vivres militaires dépassa 45 millions en 1709!
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516 LOUIS XIV. iim]
lambeau par lambeau, les éléments d'une dépense fixée, pour l'année, à deux cent vingt et un millions.
Ce ne Alt plus Ghamillart qui disposa des fonds si péniblement rassemblés par DesmareCz. Le cri public, grossi de campagne en campagne contre ce minisire, son évidente incapacité, que Louis XIV ne pouvait plus se dissimuler * , n'enssent pas suffi à l'abattre , 8*il n'avait eu Timprudencc de se brouiller avec sa protectrice : <iu<ind madame de Mainteiion passa du côlé du public contre Ghamillart, I mii lut dit; le 9 juin, Louis XIV fit demandera Ghamillart sa déruissîon et trfinsft^ra la charge de secrétaire d'état de la guerre à une autre cn-ature de madame de Maintenon, à Voisin, ancien intendant de Hainaut, qui amt, comme jadis Ghamillart lui-même , régi les affaires de Saint-Cyr. L'économat d'un pensionnat de demoiselles devenait le noviciat des ministres de la guerre. Voisin , du reste, personnage rude, égoïste et dur, sans être un homme binent, avait plus de téte et entendait moins mal les affaires que son prédécesseur. Ghamillart fitt, si l'on excepte Pomponne, le seul ministre destitué |)(>ndant toute la durée du gouvernement de Louis XIV, et ce fut pourtant le seul ministre que regretta le Grand Roi , qui s'était attaché à lui en raison de sa médiocrité même et qui adoucit sa disgrâce pai mille uiarques d'aflection.
Le premier dessein du roi avait été d'envoyer aux armées son fils, ses p<»tits-fil8 (les durs dp Bourgogne et de Berri) H son neveu, cl de livrer, pour auisi dire, toute sa maison à la fortune de cette campagne. U y renonça , comprenant sans doute que les souvenirs de 1708 feraient de la présence des princes une cause de faiblesse plutôt que de force. Le dauphin n'alla point en Flandre, ni le duc de Bourgogne sur le Rhin : Villars passa de . l'armée des Alpes à la grande armée, à l'armée de Flandre; Berwick fût envoyé aux Alpes, et Harcourt en Alsace; quant au neveu du roi , au duc d'Orléans, qui était revenu à la cour pendant l'hiver, un motif particulier et fort grave empêcha de le
1. B«nrlek (t. II, p. 4) raconte qoe te roi| ta commenoemeni de 1708, lui dtl œ» ftroprcs pavolea : Ghamillart croit en lavidr plus, tH^aooui» plu qa*ancun génénJ; mai» il n'y entend riea du tont. m £l cependant Loole couem Chandllart dunutt toute la campagne*
15079] IXTRIGUE D'OKLEANS. . , , , 5*7
renvoyer en Espagne. De 1707 à 1708, voyant les alliés déci« dés à ne pas transiger avec Philippe V et Louis XIV disposé & sacriûer Philippe pour avoir la paix, le duc d'Orléans avait eu la singulière pensée de se substituer & Philippe V sur le trône d*E^, pagne et de se fiùre accepter des Anglais et des Hollandais comme un moyen terme entre Philippe V et Charles lU, ainsi qu'avait étéautrefuis accepté le prince de iiavicre. Il y avait eu des pourpai lei s secrets avec des j^Tands d'Espagne et avec le général anglais Stanhope. L'iuU'igue avait Iraiibpaé. Orlé*ms alUrjnait n'avoir songé à se prépai'er des chances que pour le- cas où !*hilippe V serait contraint de renoncer à 1 Espagne; mais la princesse des Ursins, ennemie personnelle d'Orléans, avait persuadé • à Philippe Y qu'Orléans voulait le détrOner et inspiré à ce jeune monarque contre son parent un ressentiment qui devait avoir un Jour des suites également fâcheuses pour TEspagne et pour la France. Louis XIV étouffa raffaire, ne voulant pas d'un procès de hante trahison contre son neveu et son gendre, maïs ne donna ' plus de commandement à Orléans *.
Un maréchal assez obscur , Besons , fut expédié à la place du duc d'Orléans en Espagne , où il ne se passa rien de Irés-considénible cette année. L'attention de l'Europe, comme en 1708, se portait principalement sur la Flandre; mais ce n'était pas seulement de ce côté que la France était menacée. La France devait être entamée à la fois par le nord et par l'est. Pendaut que la grande armée alliée pénétrerait en Artois, l'ai'méedu Hhin et l'armée des Alpes devaient pénétrer, celle-ci en Bresse par la Savoie, ceUoJà en Franche-Comté par l'Alsace, et comhiner leurs opérations.
Par bonheur, les alliés, qui s'étalent préparés à mettre en mourement, dès le printemps , des masses formidables dn côté de la Flandre, ne furent pas prêts d'aussi bonne heure ven l'est elle sud-est. Les contingents des princes et des cercles aUemands
ne se rassemblèrent sur le Rhin qu'avec leur lenteur accoutumée,
et le duc de Savoie ne se pressai pas de faire entrer ses li oupes en ligne : l'empereur mettait beaucoup de mauvaise grâce ù s'ac-
1. Œwru de Luub XIV, t, VI, p. SOS. ^ Suint-Simon, t. VU, p. 990. — Mém. d« KoaiUet, p. 217.
518 LOUIS XIV. l '/ i/. (|70»V
quitter envers-lui; après lui avoir foit attendre le Montferrat plus
d'un an, il lui détenait encore Vigevano, place dw Tésin qui dépendait de la Lomelline, cédée au Piémont par le traité de 1703. Berwick, chef de l'année française des Alpes, qui n'avait, à Ten" trée de la saison, ni argent ni vivres à donner à ses soldats, eut ainsi le temps de se créer quelques ressources en ramassant des grains avec le co(dcoui*s des intendants et en mettant la main sur les caisses des receveurs , sans attendre les ordonnances du contrôleur-général. H put aussi préparer à loisir un très*bon système de défense pour toute la ligne des Alpes : sa ligne défensive se coDrimlt comme un grand arc d'Antibes à Genève, avec le centre en avant et les extrémités en arrière; le pivot était an camp re* * tranché sous Briançon. Les principaux cols débouchant sur cette ligne étaient fortifiés, et des corps mobiles étaient distribués de manière à soutenir les postes sur lesquels l'ennemi porterait ses eflnrls. Berwic k avait laissé en dehors de la ligne défensive les passes du Petit-Saint-Bcmard et du mont Cenis, et, quand les ennemis, beaucoup plus nombreux, s'ébranlèrent au commencement de Juillet, il ne les empêcha point de descendre en Savoie; mais il les attendit dans une excellente position, déployé derrière les rivières d'Arc et d'Isère depuis Valoire jusqu'à Montmélian , et mettre de couvrir, suivant le besoin , Lyon , Grenoble ou Briançon. Les Austro-Piémontais poussèrent leur cavalerie vers Je Rhône ; mais BerwlclL était ai mesure de leur en interdire le pasFage, lorsque les nouvelles quMls -reçurent d*Alsace les décidèrent à renoncer à leur entreprise : sentant Timpossibilité de se maintenir en Savoie pendant l*hiver, ils rentrèrent en Piémont dès la fin de septembre
Les Allemands n'avaient pris l'offensive en Alsace qu au mois d'août. Le maréchal d'Ilarcourt, avec vingt et quelques mille honimes, s'était couvert des lignes de la Lauter: l'électeur de Hanovre, qui avait passé le Rhin à Philipsbourfj^ avec des Ibrces supérieures, n'attaqua point Harcourt et tenta de l'amuser, pendant que huit à neuf mille Allemands, demeurés en Souabe avec le général Merci, se portaient rapidement sur Neubourg, entre
L Mim. dtt Bwwick, t. II, p. 61-72.
117091' ARMEES DES iLI^PES ET D'ALSACE. 519
Hunlngue et Brûaoh, en Tiolant le territoire de BAIe, du consentement tacite des Suisses, se saisissaient de ce poste et y établissaient une tcte de |>ont pour entrer dans la Haute-Alsaco. Hanovre devait rcjKisser le Uluri et suivre Merci avec toule sou auuée ; mais il n on eut pas le temps. Ilarcourt expédia en toute hAtc le lieutenant-général Dubourg, (jui tira cinq ou six mille hoiunies des garnisons d'Alsace et cpii alla droit à Neubourg. Merci, au lieu de garder sa tète de poal el d'attendre des renforts, accepta le combat en plaine et fut complètement battu (26 août). Presquc'tout son corps fut tué, pris ou jeté dans le ftbin. L'électeur de Hanovr<; repassa le fleuve et se retira derrière les lignes d*£tUngen.
La dangereuse attaque de flanc , qui avait dû seconder bi prÛH cipale attaque de front contre la France, était donc repoussée, bien qu*une diversion espérée par Louis XIV en Italie eût échoué, de 1708 à 1709, le pape ayant été forcé , ai)rès quelque résistance, de subir les exigences de renipercur, et les autres princes italiens n a\.mt osé éclater cuutre l'Autriebc '.
yuelque luipui tant que fiit T avantage obtenu dans l'est, il ne décidait rien : les iirands coui»s se porlaient dans le nord.
Villars, malgré ses habitudes de eoniianee et d'audace, avait été effrayé de l'état de l'armée, en arriviuit sur la frontière à l'entrée du printemps. Les corps étaient assez complets : la mi-
1. Qoiaci, t. VI, p. 219-235. Il j avait en Europe deux puissanoe* qui n'ubauduiiiMtonl jimsia leni» prétentitm, al iai«nni« qu'eUas ftiBient t e'itatont le pape «c t'eutpereur. L'empereur, le soi-disant Càsftr, dapvb que les Franco-Espagnulii avaient été obliges d'Avacuor l'Itrilio, pri'trndrjit friire revivre, dan* toute sa rigfucur, la vieiil* domiuaUon impériale sur les étAta italiens, qu'il traitait en vaasaux et en teiMteiiw. An iNrintemiM d» 1708, U «f»it revendiqué 1» miBn^eté anr Bmie, «ATsU le FemnUs et réclamé Cotnacchio poor son vassal le duc de Modéoe. Le pape mena çn de se dAft". î'-'' par les aririM spirituellps et temporelles. L'empereur • brava les unes et les autres, saisit les biens eoeléMaatiquea à Milan et à Naples, «ft fit ravager crueUemeut 1 £tat de rÊglise par tes troupes. Un projet de ligue avait été formé entee les état» italiena, la France et l'Eapagne; mais cela ee paM* en paroles : le duc de Savoie n'en était pns encore h ne séparer de l'empereur : des autres éiata de la Péninsule. Gènes seule anuai le reste avait perdu tout ressort, toute énergie, et Louis XIV, faute de confiance en eux et aussi faute de ressources, ne Si pee to«i ee qui eftt été possible poqr les entraîner. Le pape, abandonné, eapituln, laissa Comacchio pruvisoiremcnt entre les mains de l'empereur et, ce qui était le principal but de celui-ci, reconnut *"harle«( III, d'abord comme rot rathoUque en Etpagrif, puis, sans plus d'équivoque, comme roi d'Espiigtu, sans prétendre, dit-ii,
Mre tort à PhiU]^ V» ni confker nn droit noaieaa à Cbarics UI «JaaTler-oetobi* 1709).
sère, qui ilé|)cuplait les campa^^ncs, peuplait I armée ; le campagnard et l'ai lisan alîamés venaient chercher sous les drapeaux un fiiorceau de pain , qu'ils n'y trouvaient mémo pas ! car, si les hoiiiuies ne manquaient point, tout le reste mantpiail; point d'habits, point de provisions, point d'armes! On voyait des soldats vendre jusquV\ It iir fusil pour m pas mourir de faim. Villars ft'eiîorça de rassembler des ressources, en même temps qu'il relevait de son mieux le moral du soldat : il avait dans Tarmée , non pas comme Vendôme, la mauvaise popularité, celle qui se fotide sur la tolérance du désordre, maïs la bonne, qui se gagne par les soins paternels et par une bienveillante, mais ferme justice. Quand il parcourait les rangs, en^geant les soldats à prendre patience, ces pauvres gens, qui, souvent, n*avaient eu que demi-ration et, encore , sur le soir, pliaient les (épaules et le regard;iicnt d'un air (le rési;,niallon : «M. le .Maicclial a raison, disaient-ils, il faut a soiilliii (pielquefois * ! » C'est une nierveille, dit Yillars dans une de ses lettres, que la vertu et la lernieté du soldat.
La patience touchante de celte brave et malheureuse armée lic suflisait i>as pour lui donner les moyens d'agir : impossible d'entreprendre des sièges ou de grandes manœuvres, quand , durant toute la campagne , on n'eut presque jamais de imio vingt-quatre heures à l'avance. Villars ne put que se poster de manière à défendre i*entrée de l'Artois, entre Béthune et Douai, en s'abritant derrière des levées de terres , des marais et le canal de Douai à Lille. Les ennemis, bien emmagasinés, bien outillés, libres de leurs mouvements, débouchèrent par Lille en masses énormes : le dessein d*fiugëne et de Marlborough était de battre Tannée française, inférieure en forces, puis d'enlever les places de la Haute- Lis, de prendre Boulogne, avec l'aide de la tlotte au^^lo-hatave, et * de descendre de là sur la Sonune. Quand les ciiiiemis eurent reeoiinu la forte position de Villars, entre Pont-à-Veudiu et Cambrai, les députés des États-Généraux s'opposèrent absolument à ratla(]ue : Eugène et Marlborough , obligés de changer leurs plans, se rejetèrent sur Tournai (fin juin ). La ville et la citadelle furent assiégées à la fois. Villars ne put ni secourir directement
i. Mém. dft Vaian, p.
(1709) P£RTE DE TOUHNAL SU
Tournai , ni rien tenter d'assez considc'Table pour détourner les ennemis de leur su'gf. Tournai, bien foitilié, avait une garnison de plus de six inilic liuinmcs, qui eût sufli si les liriLiîants l'eussent secondée; mais les Touraaisious, chose sin^nilière pour de vieux Français comme eux, se montrèrent beaucou]) moins aiïeefionnés à la France que les Lillois. Le gouverneur rendit la ville dès le 29 juillet, et se retira dans la citadelle avec quatre mille cinq cents hommes : c'était une excellente place qui pouvait tenir fort longtemps ; tnais le manque de vivres obligea de capituler le 3 septembre
Le jour même de la capitulation , nn corps ennemi marcha pour investir Mons : le gros de l'armée prit la môme route le lendemain. Yillars, qui 8*était porté entre la Scarpe et FEscaut, couvrant Douai, Gondé et . Valencîcnnes , s'efforça de devancer renncmi, lança une avant-anrde vers les !i;;nes de la Trouille, qui défendaient Mons du rôli ûa sud , et suivit de près avec un corps de cavalerie. L*avanl-;,s'u fle française arriva bui- la Trouille, en même temps que ravant-juarde ennemie passait la Haisne à Obourg , au-dessus de Mous. Mallieureusement Villars crut que toute l'armée des alliés était déjà en deçà de la Haisne : le gros de riofanterie franç<iise était à quelques lieues en arriére ; Villars ne se jugea point en état de défendre les lignes de la Trouille et se replia sur Quiévrain (6 septembre). Cette erreur permit aux alliés de franchir la Trouille après la Haisne, le 7 septembre, et de se placer entre Mons et les Français. Dans la nuit du 8 an 9, ViUars, avec toutes ses forces réunies, gagna la trouée de Malplaquet, qui débouche entre deux bois dans la plaine de Mons. Les ennemis étaient en face , à Aulnoit. Le 9 et le 10 se passèrent à s'observer et à se canonner. Villars voulait se faire altaqucr et non point attaquer lui-mônie en plaine, avec de nouvelles levées mal équipées, mal montées, alTaiblies par les privations, nn(» armée parfailement organisée et supérieure de trente mille hom-
1. On dit que le commaadant de la citadcllp, qui ^'tait précisément rin;ï(^nicnr qui Tavail construite, blessé qu'oo reùt subordonné au gouverneur de ta ville, moins capàbls pltti lUMiTeau que lui, mit dans la défense un mauvais vouloir qui alla Jusqu'à la trahisoD : après la reddition de la dtadeUa, le viewe oominandaRt passa an eerrice dce ennemis.
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621 I t • . LOUIS XIV. . > I (ftîWI
mes. Les ennemis, (juarid ils lui'eiit au complet, eurent cent soixante-deux bataiiloiis et trois cents escadrons tous très-forts, contre cent vingt bataillons et deux cent soixante escadrons nu diocres, c'est-à-dire environ cent vin',^t mille hommes conlrc quatre-vingt^Ux mille, et cent vingt canons contre quatre-vingts : OD n*avait pas eooorc m de telles masses en présence. Malgré les appréhensions exprimées par les députés des États-Généraux, Eugène et Marlborough prirent Toffeiisive le li au matjo.
ViUars les attendait dans une forte position. Ses deux ailes, composées d'înfiinterie, occupaient» à droite» le bois de Lasnîère, à gauche, le bois de Sars : des abatis d*arb^s et des levées de terre protégeaient les ailes et se prolongeaient devant le oentre* petite plaine en pente vers laquelle montaient deux ravins et que fenuait, du côté oppose, la petite rivière d'Honneau : les deux ailes se recoui baient, comme les pointes d'un croissant, sur ce centre, que garnissait le reste de l'infanierie; en arrière se déployait toute la cavalerie sur le plateau. « C'était tout e?iseiiiMc, dit le panégyriste du prince Eugène, une espèce de gueule inlt rnale, un gouffre de feu, de soufre et de salpêtre, d'où il ne semblait pas qu'on pût approcher sans périr. » Villars, voyant l'ennemi m mouvement, prit le commandement de l'aile gauche et donna la droite au vieux Boufilers, qui, bien quie son ancien dans le maréchalat, était venu cordialement se mettre à sa disposition pour l'aider et le suppléer en cas de malheur, inspiration digne du patriotisme et du désintéressement de ce lo^ al guerrier *. Les soldats méritaient d'avoir de tels chefs : on venait de leur distribuer le pain dont ils manquaient depuis la veille; ils en jetèrent une iKirlic pour courir plus légèrement au combat -. Les deux
1. Boufflers venait de rendre à TÊtat un autre servioe. H avait apais*', p1u> p.ir douceur que par force, une cmeute suscitée i Paris par Toxcès de la uiist re. I.e gouveruemeut faibaic duiUiliuer quelques secours; ou avait ouvert, le t> août, «les âUUm* publics, qu'on employait à niveler une ImUe proche la porte SainUDetiia; on ne payait les ouvriers de ces ateliers qu'avee nn morceau de pain, qu^oo ne leur donnait pas fort régulièremout : un jour, comme le pain ne TOtiait pas, ils se »<iulevAreut, pillèrent les boulangeries, et attaquèrent l'hôtel du lieutcuaut de polit^ : on fil nareher contre eux la maison du roi. et cela eftt pn aimtfr do grandes anites, si BoQlBere n'eût été à pied twranguer avec l'éloquence da eosnr cette foule désespérée. — Le m«^mo jour, le carrosse de madame de >r;uii tenon avait été insolté dans le faubourg Saint Antoine. V. Daiigeau, t. III, p. 110.
S. Voltaire, Sièeh de U»tê XIV, ch«p. XXI; d après le (émuiguage de Villa».
(170»] DATAtLLfi'DBUALPLAQUET. 523
ailes furent assaillies k ia fois, la gauche, par les Anglais de M;irlborough, qu'Eugène seconda en personne, la droite, par les Hollandais du comte de Tilli et du prince Frison de Nassau. Un triple étage de retranchements, hérissés de canons, couvrait la droite française; lea HoUandais enlevèrent les deux premières lignes, mais Us furent arrêtés à la troisîèaie, foudroyés par une grélo de mitraille, puis rejetés à la baïonnette au delà du point de départ; cinq de leurs lieutenants généraux restèrent sur la place. Le prince de Nassau, qui espérait conquérir le stathoodérat par une action d'éclat *, ramena ses Intaillons à la charge et vint planter lui* même le drapeau batave sur les retranchements français; il ne réussit qu'à faire exterminer autour de lui ses meilleures troupes et fut forcé de rci iili-r de nouveau eu abaiiduuuaiu une partie de ses drapeaux et de ses canons.
C'était pour avoir outre-passé ses ordres, que le prince de Nassau avait attiré ce terrible échec sur les alliés. Eugène et Marlborough n avaient voulu engagei* de ce cùlù qu'une fusillade, tandis qu'ils dirigeaient eux-mêmes l'attaque à fond contre le bois de Sars. Les Anglais furent d*abord repoussés par la gauche françaiset comme les Hollandais par la droite; mais le poste français n'étaii pas là si fort qu*à droite : les Anglais parvinrent à le tourner en passant un marais qu*on avait jugé à tort impraticable, contraignnrent nos bataillons d'abandonner le bois et débouchèrent à leur suite dans la plaine. Villars avait mandé en touté hâte une partie de l'infanterie du centre : il lanea trente bataillons à la baiomiulte et charjieaità leur léte, quand une halle lui fracassa ' prnou. On l'emporta, évanoui, hors du eliamii le bataille. Les (luiipes lancées n'en refoulèrent pas moins rciuieim dans le bois et uiauitinrent le terrain quelles avaient reconquis; mais il n'y eut plus là personne (XHir veiller à l'ensemble de la bataille et remettre en défense le centre dégarni, comme Villars n'eût pas manqué de le faire. Eugène et Mariborough, avertis de l'affaiblissement de notre centre, j jetèrent des masses d'ûifanterie, forcèrent les lignes -et y firent pénétrer leurs escadrons sous la protection du feu de rinfanterie. BoufQers accourut de la droite
1. Hcinsius favorisait, dit-on, cette préteatioa. Le prince de N«iièau m» no^a, i>cr ■ocidoot, «a 171L
Digrtized by Goqgle
m LOUIS xîr. tno^i
au ccnlte et si înif à la 1( fe do la cavalerie française, qui duiit cruellement ? uliert du canon sur le plateau où elle i^tait rangt'e à découvert, mais qui n'en chargea pas moins avec une vigueur irrésistible; elle rompit à cinq ou six reprises les escadrons d'Eugène; mais ceux-ci se rallièrent toujours à Tabri de leur infaoterie. Si, en ce moment» feu droite française fi^f sortie de son posté pour prendre en flanc les cofps ennemis qui avaient percé notre centre, la bataille eût été probablement gagnée encore. BoulOers n*en donna pas Tordre et le général qn*n aY&it'laissé à Taile droite n'osa prendre snr lui d*ag!r. Les ennemis, cependant, grossissaient toujours an centre ét les communications entre les deux ailes finirent par être totaleriient rompues. Il n'y eut plus qu'à opérer la retraite. Les deux moiliôs de rarnu-e la lin nt chacune de leur cAté, dans le plus bel ui drc, tournant t(Mt' dt» temps à autre et tenant l'ennemi à distiuice par des cliar^^es de cavalerie el par un feu violent d'artillerie. Elles repassèn^if Fflonneau sur deux points et se rejoigniroat le lendemain entre Valenciennes et le Qucsnoi, où Boufflers assît le camp. Jamais vaincus n'avaient montré une plus fière contenance et jamais vainqueurs n'avaient aclieté plus cher la possession d*un champ de bataille. Les alliés avouèitnt, dans leurs relations, plus de vingt mille hommes tués ou hors de combat, dont onze mille Hollandais, et il est probable que leur perte s*éleTait en réalité beaucoup plus haut encore! Les relations fhmçaises avouèrent huit mille morts ou blessés; le commandant de rartlllcrie, Salnt-Hilaire, dit quatorze miUe. Ce fut la |)lus grande et la plus sanglante bataille de toutes les guerres de Louis XIV
C'était là une étranj^e victoire; mais ce fut [tourtant une victoire, puisque les alliés atteignirent leur but, qu'ils assiégèrent lions avec leur armée uiulilcc et que l'armée française n'essaya
1. JMrn. de Villa», p. ITS-ieT. — LanlMrti, t. V, p. 361-375. -> Saiot-HUaire,
t. IV, p. T.»7-21B. Quiîici, t. VI, p. 14'<- W7. -~ Saiot-Simon. t. VII, p. 870 : il est rempli d'errear» sur tout ce qui pr<k;ède la bataille. — Général Felet, t. IX, p. 7-115, S87'405. — Dumont, BatailU* et Victoire* du princt Eugène dt SavoU. Les étrangère étalant tallamaut baÙtute à o«pier la Ffanoe daoa tout ce qui tient ans arts comme
aux lettres, que l'arlislc 1io!larn1ai> qtii a ilesslii<î Ici plnnchcs de Diuiiont ;i diTobé en g^raiidc partie sosi fi;.nin H à Van-ilrr-Meuleii, le peintre des Tictoire.-* lic ! nuis XIV. De luéiue eti luusiijue. Un des cbaiitâ tiatiuuuux de l'Angleterre est mi air t'ait par LuUipourLouia XIV.