‹ Historie du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 219 sur 303 · I Sam., XX, 26, etc · texte numérisé non relu

I Sam., XX, 26, etc

nulle. Juda avait ses chefs, Éphraïm avait ses chefs. Aucune tribu n'avait un chef, un point central. Le sar-saba ou chef d'armée, le sofer ou recruteur^ n'avaient que des pouvoirs momentanés. L'organisation militaire, si forte au moment du passage de l'xVrnon et du Jourdain, s'était évidemment affaiblie. L'armement était pauvre; le cheval de guerre n'avait pas encore été importé d'Egypte; les chars bardés de fer faisaient défaut.

Ce n'est pas que l'activité de la race ne fût toujours très intense. Elle se dépensait en conquêtes de détail. Très prolifique, la race d'Israël faisait goutle d'huile; elle gagnait chaque jour sur la race chananéenne, par sa puissante natalité. Mais les fortes habitudes militaires que le peuple avait eues, depuis la sortie d'Egypte jusqu'à la fin de l'époque résumée à tort ou à raison par le nom de Josué, étaient évidemment presque perdues.

En présence de voisins malveillants, une nation aussi dénuée d'institutions ne pouvait manquer de courir de très fâcheuses aventures. Les Philistins surtout, petit peuple guerrier et féodal, cantonné dans cinq places très fortes, Gaza, Asdod, Ascalon, Gath, Ekron, étaient pour le pacifique Israël de

1. Cantique de Débora, v. 14. So/er n'implique pas récriture. Cf. II Rois, XXV, 19.

LES BENl-lSRAËL A L'ÉTAT DE TRIBUS FIXÉES. 301

très dangereux voisins. Quand les tribus israélites se voyaient trop vivement pressées, elles avaient recours à des fédérations passagères, qui amenaient l'unité momentanée du commandement. Le chef transitoire, désigné par une sorte d'inspiration secrète de ïahvé, s'appelait sofet, « juge ». C'était le nom que les villes chananéennes qui n'avaient pas de race royale donnaient à leurs consuls \ Le sofet hébreu ressemblait tout à fait au dictateur romain. Seulement l'idée théocratique, qui est au fond de toutes les institutions des peuples sémitiques, faisait attribuera cette magistrature suprême un caractère religieux. Le sofet participait du chef élu de Dieu et du prophète inspiré. Son autorité était absolue; sa famille, comme il arrive toujours en Orient, la partageait avec lui. Mais le besoin de centralisation n'était pas suffisant pour qu'un tel pouvoir arrivât à se constituer à l'état héréditaire^ IsraëP garda cette trace de son origine bédouine, de

1. Suffètes de Çarthage. Voy. Corpus inscr. semit., 1" part., t. I, n«^ 124, 132, 143, 165, 176, 199-228, 278, 367-371, surtout p. 302.

2. 11 est remarquable que, dans la très ancienne liste des rois d'Edom, qui nous est donnée, Gen., xxxvi, 31 et suiv., aucun roi n'est le fils de son prédécesseur. C'étaient des sofetim, se suivant sans discontinuité.

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