‹ Historie du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 253 sur 303 · Juges, XVII, 7 ; cf. xviii · texte numérisé non relu

Juges, XVII, 7 ; cf. xviii

352 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISPiAÉL.

Or il arriva que les envoyés de Dan, traversant les montagnes d'Éphraïm, eurent connaissance de l'oracle de Mikah, et voulurent le consulter sur le bon ou le mauvais succès de l'entreprise. Le lévite fit jouer la machine et sortit en disant : « La chose est droite devant Lihvé. » Les envoyés danites vinrent bien vite raconter cela à leurs compatriotes. L'émigration fut décidée. Six cents hommes partirent de Soréa et d'Estaol, avec leurs armes, leurs familles et leurs troupeaux. Ils tirent halte à Kiriat-Iearim et peut-être y séjournèrent^ La bande d'émigrants monta ensuite dans les montagnes d'Éphraïm et arriva à la maison de Mikah. Les messagers qui avaient consulté l'oracle leur donnèrent alors un singulier conseil, c'était de voler tout cet attirail de culte, Véphod^ les teraphim, le féselj la masséka, et de les emporter avec eux, vu que, dans le nouvel établissement qu'ils allaient fonder, ils n'auraient pas d'ustensiles sacrés. Le lévi fit d'abord quelques difficultés; mais on lui montra qu'il valait bien mieux pour lui être le père et prêtre d'une tribu d'Israël que d'un seul homme. Il emporta Véphod, les teraphim, le fésel, et prit place au milieu de la troupe.

1. A rouest de Kiriat-learim, il y avait un lieu appelé le camp des Danites. Voy. ci-dessus, p. 348.

On mit en tête les enfants, le bétail et les bagages; car on s'attendait à être attaqué par derrière. Effectivement, quand Mikah et les gens de son voisinage, qui pratiquaient leur culte de lahvé à son établissement religieux, virent qu'on leur avait volé les objets de leur culte, ils se mirent à la poursuite des Danites avec de grands cris. — « Que veut dire ce rassemblement? » demandèrent les Danites à Mikah. — Mikah leur répondit : (c Mon dieu, que je m'étais fait, vous Tavez pris, et mon prêtre aussi, et, après cela, vous osez me demander ce que j'ai ! » — Les Danites lui dirent : « Qu'on n'entende plus ta voix parmi nous, de peur qu'il n'hait des gens de mauvais caractère qui fassent un mauvais parti à toi et aux tiens. » Les Danites continuèrent leur chemin; Mikah, voyant qu'il n'était pas le plus fort, rentra chez lui.

La marche des Danites à travers les tribus Israélites n'offrit aucune difficulté. La conquête de Laïs n'en présenta pas davantage. Les Chananéens de ces contrées étaient gens paisibles et confiants; ils avaient peu de relations avec les rois et les peuplades bédouines des environs, et Sidon était trop loin. Tous furent massacrés et la ville fut brûlée. Voilà qui est fort odieux. Mais il n'y a pas de race

dont les ancêtres aient mieux agi. L'histoire du I. n

monde, c'est l'histoire de Troppmann. Si Troppmann eût réussi à se sauver en Amérique, il fût devenu conservateur après avoir été assassin, et il eût fait, du bien acquis par d'autres, un très brillant emploi.

Il semble que les Danites eurent d'abord l'intention de reprendre leur vie nomade et de reconstituer leur mahané. Mais la beauté et la richesse du pays les fixèrent. Ils renoncèrent au brigandage, rebâtirent la ville et l'appelèrent Dan, nom qu'elle porta désormais. Ils y installèrent l'éphod et les sculptures plaquées qu'ils avaient pris à Mikah. Un sacerdoce lévitique fut établi pour le service de l'éphod, et, à force d'impostures, on réussit plus tard a le rattacher à Gersom, prétendu fils de Moïse*. Cela dura jusqu'à la fin du royaume d'Israël. Les autres Israélites eurent ce culte des Danites du Nord en forte aversion. Ils appelaient l'image sacrée de Dan « le fésel que Mikah avait fait ». Il y opposaient, avec l'orgueil de l'orthodoxie, l'arche qui était alors à Silo ^

Laïs ne fut pas sans doute le seul point de la

1. Juges XVII, 7; xviii, 30. Sur l'addition du a dans n^D'O, voy Bertiieau ou tout autre commentateur.

Page 1