Comparez Agésilas
au-dessus de ce que son mérile et son ambition semblaient comporter.
« Saûl prit la royauté sur Israël, » dit le plus ancien texte relatif à ces événements ^ On ne saurait nier cependant que Samuel n'ait pu avoir, en ce grave événement, une part décisive, non pour combattre l'établissement de la monarchie, selon la version plus tard accréditée par l'historien théocrate, mais, au contraire, pour y servir, comme nous le disent les textes les plus anciens ^ Selon ces» textes, Samuel, sur une révélation de lahvé, aurait désigne le roi et l'aurait consacré. Impossible de savoir, pour une aussi haute antiquité, de telles choses avec précision. Saùl avait, indépendamment de toute désignation prophétique, les qualités royales du temps. Il était l'homme accompli d'un âge simple où la force corporelle passait pour le premier des dons.
C'était un héros antique, un grand et bel homme, très courageux, très robuste, de Gibéa en Benjamin. Le clan des Benjaminites constituait toujours
1.1 Sam., XIV, 47. Le mot IdV signifie prendre comme une proie, comme un butin.
2. I Sam., IX, jusqu'à x, 16, — reprend à xi, i et suiv., — puis à xiii, 2 et suiv., — interrompu à xiii, 8, — reprend à xill, 15. — Ch. xiv, également très ancien, au moins en partie. — La vieille source analogue aux Juges reprend au eh. xvii.
LES CENl-ISRAËL A L'ÉTAT DE TRIBUS FIXÉES. 393
la sélection militaire d'Israël. Ils étaient vigoureux, adroits, rompus aux exercices du corps. Quand Saûl était dans la foule des Benjaminites, il dépassait tout le monde de la hauteur des épaules. Des circonstances, sur lesquelles s'exerça la légende, le mirent, en rapport avec Samuel ^ Saiil fit, à ce qu'il paraît, un séjour prolongé chez les prophètes, dansant et chantant avec eux^ Il prit là des habitudes d'exaltation qui, après l'avoir servi, devaient le perdre. Les gens de Gibéa, ses compatriotes, le voyant de la sorte agité par l'esprit de Dieu, furent étonnés, et un proverbe fut frappé à ce sujet : « Quoi, Saùl aussi parmi les prophètes! y> Saûl s'imposa d'abord une certaine réserve sur ses relations avec Samuel. Il attendait qu'une occasion d'éclat vînt le désigner au choix des tribus.
Elle ne tarda pas à se présenter. La ville de Jabès en Galaad, vivement serrée par Nahas l'Ammonite, envoyait messages sur messages aux tribus pour qu'on vînt la secourir. Gibéa, centre très militaire, ressentit une vive émotion ; Saùl fut saisi
1. Rama et Gibéa ne sont guère qu'à une demi-lieue l'un de l'autre.
2. Voir les deux récits difficilement intelligibles : I Sam., x, lOetsuiv., XIX, 18 et suiv. ; tous deux en rapport avec Samuel.
par l'esprit de Dieu et entra dans des transports de colère. Il prit une paire de bœufs, les mit en pièces et envoya les morceaux à tous les cantons d'Israël, avec des émissaires qui disaient : « Ainsi sera-t-il fait aux bœufs de quiconque ne suivra pas Saùl. » Un mouvement extraordinaire s'empara du pays; l'affaire fut menée avec promptitude; Jabès en Galaad fut débloqué au bout de quelques jours.
C'était bien là un indice des grands progrès accomplis dans Tœuvre d'unification d'Israël. Benjamin se levant pour voler au secours d'une ville aussi éloignée que Jabès, voilà un fait tout nouveau. Le héros benjaminite qui l'avait réalisé était de droit roi d'Israël. Il y eut des signes d'opposition, que Samuel paraît avoir calmés ^ Le prophète avait fixé Galgal^ comme le lieu où Ton devait procéder à l'établissement de la royauté. Il fut fait comme il l'avait voulu. AGalgal, le peuple étant assemblé, Saùl fut proclamé roi d'Israël, « en présence de lahvé ». On fit des sacrifices d'actions de grâces. Le peuple se livra, avec Saùl, à de grandes réjouissances.
l.I Sam., X, 26-27; xi, 12 et suiv.
2. 11 règne les plus grands doutes sur les diverses localités qui ont porté le nom de Galgal ou Gilgal. Plusieurs pensent qu'il s'agit ici d'un Gilgal qui aurait existé en Éphraùn.
D'après ce récit, de beaucoup le plus authentique, la royauté est une bonne chose. C'est Dieu qui la donne au peuple, sans qu'il l'ait demandée, comme une sauvegarde. Tout se fait avec la connivence de Samuel. Plus tard, on raconta l'événement d'une tout autre manière. On supposa que Samuel, devenu vieux, établit ses deux fils, Joël et Abiah, juges sur Israël*, mais que ceux-ci, loin d'imiter leur père, se laissèrent corrompre, reçurent des cadeaux, firent fléchir la justice. Alors tous les vieillards d'Israël seraient venus trouver Samuel à Rama, et lui auraient demandé un roi pour les gouverner, « comme en ont tous les peuples ». Non sans de vives objections, et après leur avoir tracé un tableau fort sombre des abus de la royauté, Samuel aurait consenti à contre-cœur.
Ce sont là les sentiments qu'éprouvèrent en effet les prophètes, aune époque bien plus moderne. On les prêta rétrospectivement à Samuel. Les hommes de Dieu, les prophètes qui avaient pour idéal de revenir sans cesse à l'ancienne vie patriarcale.
1. Selon I Sam., viii, 1, iJs auraient jugé tous les deux à Beerseba. Cela est bien peu probable. Je suppose que la vraie leçon était r3C'"-iN3 IV) ]112, comme dans I Sam., m, 20, conformément à la fausse idée que tous les sofet ont jugé sur tout Israël.
et qui trouvaient le plus souvent dans la royauté un obstacle à leurs utopies, voyaient une sorte de sacrilège en la transformation qui fit d'Israël un pays comme un autre. lahvé était le vrai roi du peuple, dans le système théocratique. Lui substituer un roi profane était une impiété, une ingratitude, une apostasie*. C'était une marque de défiance; c'était dire à lahvé qu'il ne suffisait pas à défendre son peuple, qu'un roi valait mieux. La théocratie revêtait ainsi l'apparence de la démocratie. Le roi, représentant d'une société laïque et profane, apparaissait comme une diminution de la société religieuse.
Tel ne fut sûrement pas le sentiment de Samuel. La satire qu'il est censé faire de la royauté vise lô- règne de Salomon, qu'il ne pouvait prévoir soixante ans d'avance. Mais, idéalement parlant, la page fine et naïve où se résume la politique de la théocratie Israélite^ a toute sa vérité. La dualité est déjà établie. Israël aspire à deux choses contradictoires ; il veut être comme tout le monde et être à part; il prétend mener de front une destinée