Nous en avons le récit dans I Sam., xix et suiv
au disgracié et les épreuves que subit la fidélité des deux amis. Beaucoup de ces épisodes purent être écrits d'après les récits de David lui-même V qui probablement prenait plaisir, sur ses vieux jours, à raconter certaines prouesses que lui seul pouvait savoir : comment, par exemple, sa femme Mikal l'avait sauvé ; comment, dans la caverne d'Engaddi, il eut la vie de Saûl dans sa main et se contenta de lui couper, sans qu'il s'en aperçût, un pan de son manteau; comment il se sauva de chez Akis, roi de Gath, en contrefaisant le fou, selon une ruse assez familière aux Orientaux.
La vie du banni et celle du bandit ne différaient pas, dans l'antiquité. David, sans asile sûr, vint se cacher dans une grotte près d'Adullam. Ses frères et plusieurs de ses parents vinrent de Bethléhem l'y rejoindre. La caverne devint bientôt un repaire de brigands. Tous les gens qui étaient mal dans leurs affaires, ou qui avaient des créanciers, les mécontents de toute espèce, en un mot, le prirent pour leur chef, et il fut bientôt à la tête d'une bande de quatre cents compagnons. Ce fut le noyau des Gibborim ou forts de David. Ces guerriers vivaient de
1 . 11 est remarquable que toutes les anecdotes sont racontées comme David devait désirer qu'on les racontât.
maraude; ils étaient dans la période de la vie épique où le héros pille encore le pays qu'il doit plus tard protéger.
La plus grande partie de la famille de David était restée à Bethléhem; elle se trouvait ainsi sous la main de Saûl, et David craignait pour elle les plus sanglantes représailles. Il trouva moyen de la conduire dans le pays de Moab, et il la mit sous la sauvegarde du roi de ce pays. Puis il revint à sa caverne d'AduUam, où il se fortifia. Mais le prophète Gad le dissuada d'y rester. Adullam était trop rapproché des cantons où Saûl régnait en maître. Dans l'intérieur de la tribu de Juda, au contraire, l'autorité de Saûl était à peine reconnue. Gad lui conseilla de s'y rendre. Effectivement, David alla se cacher, avec ses brigands, dans la forêt de Héret.
Un cruel incident vint bientôt envenimer la lutte et la porter aux atrocités. Un des endroits où le culte tendait à se centraliser était le village de Nob, au nord de Jérusalem. Il y avait là une tente sacrée, peut-être déjà un commencement de construction, avec un autel où étaient étalés les pains azymes, un éphod, un trésor d'objets consacrés et surtout un sacerdoce nombreux qui avait soin du sanctuaire et en vivait. David, dans une course qu'il fit de ce côté avec ses gens, s'a-
dressa au chef des prêtres, qui s'appelait Ahimilik *, et lui demanda du pain pour sa troupe. Ahimilik, n'ayant pas de pain commun à lui donner, crut pouvoir passer sur les règles liturgiques. Il offrit à David, pour lui et ses gens, les pains consacrés qui étaient devant l'autel, à condition cependant qu'il aftirmât que ses gens étaient purs de tout commerce avec les femmes ^ David demanda ensuite à Ahimilik s'il avait des armes; le prêtre répondit : ce II va l'épée du philistin Goliath; la voici enveloppée dans le manteau, derrière l'éphod. Si tu veux la prendre, prends-la, car il n'y en a pas d'autre ici. » Et David dit : « Elle n'a pas sa pareille; donne-lamoi. » Ahimilik consulta, en outre, son éphod
1. Ce nom, où entre le nom du dieu Milik, est une preuve entre tant d'autres de l'éclectisme du temps pour ce qui concerne les noms divins. Deux génération après, nous trouvons le même nom dans la même famille (II Sam., vili, 17). Notre Ahimilik est appelé plus loin (I Sam., xxii, 9) « fils d'Ahitoub d ; ce qui porte à se demander s'il n'est pas le même que « Ahiah, fils d'Ahitoub » (lah = Milik), prêtre de Silo, descendant d'Éli, qui joue un rôle analogue, 1 Sam,, xiv,' 3. (Comp. XXII, 15). Mais il ne semble pas que les lévis de Nob fussent de la famille des prêtres de Silo. Il y a là une de ces confusions dont les narrations à demi romanesques comme celles qui concernent la jeunesse de David ont très peu de souci.