‹ Historie du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 302 sur 303 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p

était imprenable. Ils disaient à David: « Tu n'entreras jamais ici. Les aveugles et les boiteux suffiraient à te repousser. y> On prit dès lors, par plaisanterie, Thabitude d'appeler la population jébuséenne « les aveugles et les boiteux » ,et ce fut un proverbe à Jérusalem : « Les aveugles et les boiteux à la porte * ! » La ville jébuséenne se composait de la forteresse de Sion, qui devait être située vers l'emplacement actuel de la mosquée el-Aksa^, et d'une ville basse (Ophel) qui descendait de là vers la source, qu'on appelait le Gihon, David prit la forteresse de Sion, donna la plus grande partie des terrains environnants à Joab % et probablement laissa la ville basse

1. U Sam., V, 8. Je lis ]V)i au lieu de m:!:. Cf. Act. apost. m, 2 ; Evang. Joh., ix, 1 (cf. viii, 59).

2. La vraie position de Sion a été fixée définitivement sur la colline orientale de Jérusalem par les travaux de MM. Schick, Guthe, Klaiber. Voir la Zeitschrifl der deutschen Palœstina- Verein, t. 111, IV, V (1880, 1881 ,188-2; ; Guthe, Ausgrabungen bei Jérusalem {Leipzig, 1883);Ziramermann, Topogr. des alten Jérusalem (Bâle, 1876). — Le prétendu mont Moria doit être écarté d'une topographie sérieuse de Jérusalem. Le nom de Moria est symbolique dans Gen., xxv, 2, et c'est par une supposition dénuée de toute valeur que l'auteur des Chroniques (U, m, 1) identifie ce Ijeu idéal avec la colline où Salomon bâtit le temple. Le nom de Moria n'est pas prononcé dans les livres vraiment historiques.

3. I Ghron,, xi, 6, 8, passage de peu de valeur assurément, et eu contradiction avec les récits du IP livre de Samuel, ch. v, mais qui doit être fondé sur quelque tradition relative à Joab.

aux Jébuséens^ Cette population, réduite à une situation inférieure, s'atrophia devant le nouvel apport israélite, et c'est ainsi que le quartier d'Ophel est resté sans grande importance dans l'histoire de Jérusalem.

David rebâtit la haute ville de Sion, entre autres la citadelle ou millo^ et tous les quartiers voisins. C'est ce qu'on appela la ville de David ^ L'argent que David avah gagné avec ses bandes d'AduUam et de Siklag lui permettait les grandes constructions. Tyr était alors le centre de la civilisation dans la Syrie méridionale. Les arts, et en particulier l'architecture, y étaient très développés. Cet art tyrien, ou, si l'on veut, phénicien, c'était l'art égyptien, modifié selon la nature des matériaux de la côte de Syrie. La Syrie n'a ni marbre, ni granit, à comparer à ceux de l'Egypte ; mais les bois que fournissait le Liban étaient les plus beaux du monde. De Tyr, l'on vit s'abattre sur Jérusalem une nuée de constructeurs, de tailleurs de pierres, de charpentiers et d'ouvriers en bois, ainsi que des charges de maté-

1. Juges, I, 21 ; Herthcau, sur ce passage; Zach., ix (très ancien), 7.

2. Les « degrés de la ville de David » (Nehem., xii, 37), marches taillées dans le roc, qui donnaient accès de la vallée du Cédron à la ville de David, ont été retrouvés. Voir Guthe, op . cit., p. 243, et Zimmermann, carte iv, n" 16.

us HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL.

riaux tels que n'en produisait pas la Judée, surtout de bois de cèdre. Ces artistes tyriens construisirent à David un palais près du Millo, dans la haute ville deSion, vers Tangle sud-est du Harâm actuel. L'art proprement dit était resté jusque-là étranger à ces contrées. Le prestige qui en résulta pour David dut être extraordinaire. Jamais la terre de Chanaan n'avait rien vu qui approchât de cette force et de cet éclat.

Quanta Israël, David lui donna ce qui lui avait manqué essentiellement jusque-là, savoir une capitale. Il y aura des schismes, des protestations; il faudra du temps pour que cette capitale soit aimée, rêvée, adoptée par tout Israël. Mais la pierre angulaire est posée, et, comme les sympathies et les haines d'Israël ont été embrassées par le monde entier, Jérusalem sera un jour la capitale de cœur de l'humanité. Cette petite colline de Sion deviendra le pôle magnétique de l'amour et de la poésie religieuse du monde. Qui a fait cela? C'est David. David a réellement créé Jérusalem. D'une vieille acropole, restée debout comme le témoin d'un monde inférieur, il a fait un centre, faible d'abord, mais qui bientôt va prendre une place de premier ordre dans l'histoire morale de l'humanité. Gloriosa dicta sunt de te^ civitas Dei. Durant des siècles, la

LES BENI-Isr.AÈL A L'ÉTAT DE TRIBUS FIXÉES. 449

possession de Jérusalem sera l'objet de la bataille du monde. Une attraction irrésistible y fera confluer les peuples les plus divers. Cette pierreuse colline, sans horizon, sans arbres et presque sans eau, fera tressaillir de joie les cœurs, à des milliers de lieues. Tout le monde dira comme le pieux Israélite : Lœtatus sum in his qtm dicta sunt mihi: In domum Domini ihimus.

Chaque agrandissement d'Israël était un agrandissement de lahvé. Le iahvéisme, jusqu'ici si peu organisé, va maintenant avoir une métropole et bientôt un temple. Il faudra encore quatre cents ans pour que cette métropole devienne exclusive des autres lieux de culte ; mais la place est fixée; entre tant de collines que lahvé aurait pu préférer, le choix est fait^ Le champ du combat religieux est marqué.

David fut l'agent inconscient de ces grandes désignations humanitaires. Peu de natures paraissent avoir été moins religieuses; peu d'adorateurs de lahvé eurent moins le sentiment de ce qui devait faire Tavenir du iahvéisme, la justice. David était iahvéiste, comme Mésa, ce roi de Moab dont nous avons la confession, était camosiste. lalivé était son

Page 1