PRÉFACE. VII
pouraméliorer les mœurs. La Bible, en ses diverses transformations, est, malgré tout, le grand livre consolateur de Thumanité. Il n'est pas impossible que, fatigué des banqueroutes répétées du libéralisme, le monde ne redevienne encore une fois juif et chrétien. C'est alors surtout qu'il sera bon que l'histoire désintéressée de ces grandes choses ait été faite ; car la période des études impartiales sur le passé de l'humanité ne sera peut-être plus bien longue. Le goût de l'histoire est le plus aristocratique des goûts; il court des dangers.
Pour être tout à fait conséquent dans le dessein que je conçus, il y a plus de quarante ans, d'écrire V Histoire des Origines du christianisme^ j'aurais dû commencer par le volume que je donne aujourd'hui au public. Les origines du christianisme remontent aux grands prophètes, qui ont introduit la morale dans la religion, vers 850 ans avant Jésus- Christ ; le prophétisme du ix« siècle a lui-même sa racine dans l'antique idéal de la vie patriarcale, idéal en partie créé par l'imagination, mais qui avait été une réalité dans un passé lointain de la tribu israélite. Si je n'ai pas suivi cet ordre
vin PRÉFACE.
logique, si je me suis jeté tout d'abord, avec la Vie de Jésus, au milieu même du sujet, c'est que la durée du temps qu'on vivra est incertaine, et que je tenais avant tout à traiter les cent cinquante premières années du christianisme. Et puis, je Tavoue, Jésus m'attirait. Les rêves d'un royaume de Dieu, qui aurait pour loi l'amour et le dévouement réciproque, m'ont toujours charmé. Dès qu'il m'a semblé que j'aurais le temps de traiter l'histoire d'Israël comme j'avais traité l'histoire de Jésus, des apôtres, de saint Paul et des premières Églises, cela m'a rendu de la force. Depuis six ans, j'ai donné toute mon application à ce grand travail ; à l'heure qu'il est, la rédaction en est arrêtée jusqu'à l'époque d'Esdras, c'est-à-dire jusqu'à la constitution définitive du judaïsme. Si je venais à mourir, on pourrait publier cet ensemble, qui formerait trois volumes. Seulement, les deux derniers volumes n'auraient pas le degré de maturité de celui-ci. Si je vis, le second volume paraîtra dans un an; le troisième, dans deux ans. Au cas où, après cela, j'aurais encore de la force, je ferais, en un volume, l'histoire du temps des Asmonéens. Ainsi