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tante de la vie des grands hommes, c'est leur jeunesse; puisque, à ce moment, tout leur avenir se dessine comme derrière un voile. C'est à l'âge patriarcal que la destinée d'Israël commença de s'écrire; rien dans l'histoire d'Israël n'est explicable sans l'âge patriarcal. L'âge patriarcal, comme toutes les enfances, se perd dans la nuit ; mais le devoir de l'historien chercheur de causes est de démêler ces ténèbres, en s'aidant de la psychologie autant que de la philologie. — L'âge d'or des Aryens, dirat-on, est aussi documenté que l'âge patriarcal, et l'âge d'or n'est qu'un rêve. — Il n'y a pas de parité. L'âge patriarcal a existé; il existe encore dans les pays oii la vie arabe nomade a conservé sa pureté. Malgré les efforts qu'on a faits pour ne pas sacrifier en ce livre l'admiration à la critique et conserver au doute ses droits, on sait bien que l'histoire d'Israël, ainsi écrite, mécontentera deux classes de personnes: d'abord les israélites exaltés qui veulent tout ou rien, et ne sont contents que si on présente le caractère et le rôle d'Israël sur le ton d'une constante apologie. Par un singulier malentendu ethnographique, la plupart des juifs
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de nos jours regardent comme leurs ancêtres les membres de la tribu au sein de laquelle s'est formée, par le fait d*une minorité imperceptible, la religion qu'ils professent ^ Jamais un étranger ne contente la nation dont il écrit l'histoire. Daru est tenu à Venise pour un ennemi; tous ceux qui font la distinction de la Grèce ancienne et de la Grèce moderne sont traités en Grèce comme des malfaiteurs. Quoi qu'on dise, on n'en dit jamais assez pour contenter l'amour-propre national. En janvier 1883, je m'exprimais ainsi au cercle Saint- Simon^ : « Il n'y a pas d'histoire immaculée. L'histoire du peuple juif est une des plus belles qu'il y ait, et je ne regrette pas d'y avoir consacré ma vie. Mais, que ce soit une histoire absolument sans tache, je suis loin de le prétendre. Ce serait alors une histoire en dehors de l'humanité. Si je pouvais mener une seconde vie, certainement je la consacrerais à l'histoire grecque, qui est encore plus belle, à certains égards, que l'histoire juive. Ce sont là, en
1. Voir la conférence : le Judaïsme comme race et comme religion, dans Discours et Conférences , p. 341 et suiv.
2, Conférence précitée.
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quelque sorte, les deux histoires maîtresses du monde. Or, si j'écrivais l'histoire des peuples grecs, cette histoire la plus merveilleuse de toutes, je ne me refuserais pas à y signaler de fâcheuses parties. On peut admirer la Grèce sans se croire obligé d'admirer Gléon et les mauvaises pages des annales de la démagogie athénienne. »
L'œuvre d'Israël a été accomplie, comme toutes les œuvres humaines, au moyen de violences et de perfidies, à travers des oppositions, des passions. des crimes sans nombre. L'esprit juif a tiré sa force de ses traits les moins sympathiques, de son fanatisme, de ses tendances exclusives. Dire cela, c'est dire une banalité. La royauté française, l'unité catholique du moyen âge, le protestantisme, la Révolution, se sont faits par toute sorte de crimes et d'erreurs. Un grand homme est constitué par ses défauts autant que par ses qualités. Ces brusqueries, ces duretés, qui choquent à si bon droit mon ami M. Taine, dans Napoléon, étaient une partie de sa force. Bien élevé, poli, modeste comme nous, il n'eût pas réussi ; il eût été aussi impuissant que nous.
Cette histoire mécontentera également les espiits