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CHAPITRE VI

LES ESSKMENS,

La fermentation extraordinaire du temps des Macchabées, l'espèce de radicalisme que cette époque porta en toute chose, donnèrent lieu aux apparitions les plus étranges.

Vers le temps de la consolidation de l'État asmonéen*, se manifeste dans le judaïsme un phénomène des plus singuliers. Sous le nom d'Esséniens% se développent de véritables instituts monastiques, dont le caractère ne saurait être étudié d'assez

1. La première mention de l'essénisme est placée par Josèphe vers 150 ans avant J.-C. En l'an lOi, il est question d'un essénien (Jos., Ant., XIII, v, 9; \i, "1; B. /., I, m, 5).

!2. Ce nom parait venir du syriaque Uoi» c pieux > (Voir Payne Smith). Les deux formes 'Eaar,vo; et 'E<iaxTo; prouvent que 'r<n seul est radical.

près*. Au premier coup d'œil, rien, dans le mosaïsme, ne menait à cela. Le mosaïsme a pour idéal la constitution d'une société juste, sévèrement religieuse, mais en même temps d'une société complète, laïque, si l'on peut s'exprimer ainsi, nullement sacerdotale ni ascétique. S'il était difficile que le mosaïsme pût servir de code civil et religieux à une république durable, à un État puissant, le mosaïsme, d'un autre côté, ne conduisait nullement à l'idée du monastère. Ce qui devait en sortir, c'était la synagogue, puis l'église, des associations d'hommes ayant les uns avec les autres un lien religieux, mais conservant d'ailleurs leur libre individualité dans la société générale de leur temps. Des vœux comme ceux des nazirs ou des réchabites ont peu de rapport avec des essais complets de vie cénobitique tels qu'on les trouve chez les esséniens,

1. Ce qui concerne les esséniens nous est connu par Philon, Quod omnis prultKS liber, § 1^2-13 et le fragment de l'Apologie pour les Juifs conservé par Kusèbe, Prwp. evang., VIII, xi, — par Josèphe, Ant., XIII, v, 0; W, x, 4-5 ; XVIII, i, 5; B. J., II, viii, !2-i3, — et par Pline, Ilisl. nat., V, 17; Cf. Dion Chrysoslome {Synesii Op. édid. Pelav., p. 30). 11 faut se délier, dans ces renseigncîmcMts, d'un peu d'exagération. Le Traité de la Vie conlcmplnlici'. de Pliilon ne doit [las être employé comme document dans un exposé de l'essénisme. C'est une composition idéale, dont il n'y a guère à tenir compte dans une exposition de faits. Voir ci-après, p. 3G().

essais qui impliquent une ascèse de corps et d'âme, un mysticisme auquel la race sémitique ne nous avait pas habitués jusqu'ici.

C'étaient de vrais monastères*, en elïet, que l'on fondait maintenant en Israël. L'essénien est un moine, qui a sa règle, ses supérieurs, tout excepté le pape. Il est difficile de se figurer l'apparence matérielle de ces antiques maisons conventuelles; il est probable, cependant, qu'une laure du mont Athos ou des ruches d'hommes comme le couvent de Saint-Sabas, près de Jérusalem, en donnent une idée approximative. Quant à l'organisation spirituelle, la ressemblance de l'essénisme et du monachisme chrétien était très grande. Les supérieurs (épimélètes) obtenaient de leurs subordonnés une obéissance absolue. Il y avait un noviciat, un premier temps d'épreuve, d'un an; puis deux années encore de probation. X l'entrée définitive dans l'association, on prêtait serment de ne pas

i. Philon, éd. 3Iangey, II, 458, 632. La première édition générale de Philon est celle de Turnèbe (Paris, 1552). L'édition classique est celle de Mangey(Londres, 1742). Depuis, on n'a presque fait que la reproduire. Aucliez Ht de grandes additions tirées des traductions arméniennes. Mai, Grossmann, Tischendorf, Pitra ont fait de nouvelles additions. Voir Schùrer, II, 831 et suiv. Editions manuelles (llicliter et Tauchnitz).

révéler les secrets de l'ordre et, au contraire, de n'avoir rien de caché pour les frères*.

Tous les membres de la congrégation s'appelaient frères-. On n'admettait dans l'ordre que des hommes faits ; mais on prenait des enfants pour les former aux habitudes que la règle supposait^ La seule peine était l'exclusion, prononcée par un tribunal de cent membres. Mais l'exclusion entraînait la mort presque certainement, comme cela arrive dans les communautés religieuses de l'Orient*. Le costume était celui de tout le monde, mais absolument blanc •'.

Tous les biens étaient en commun\ Ceux qui entraient dans l'ordre donnaient leur fortune k la communauté; les confrères ne vendaient ni n'achetaient entre eux; tout se faisait par échange ou par don gratuit'. Les intérêts communs étaient confiés à des économes éprouvés ^ Les vêtements mômes appartenaient à la communauté^ Quand un frère

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