‹ Historie du peuple d'IsraëlChapitre 114 sur 337 · Fouets armés de dards · texte numérisé non relu

Fouets armés de dards

2. I Rois, XII, 1G. Cf. II Sam., xx, 1. Voy. ci-dessus, p. S6,

3. Opposition de y^ni< et "jrT'D (passage précité). Notez II Hois, XIII, 5, Dn^bnXS. Cf. Ps. Lxxviii, 55.

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char et à regagner Jérusalem. La première fois qii'Adoniram * reparut dans les provinces, il fut assommé h coups' de pierres. Jéroboam, que sa force corporelle et son courage désignaient pour la royauté, fut proclamé roi d'Israël par une assemblée des tribus.

Que faisait pendant ce temps l'armée royale, dont les chroniqueurs nous racontent tant de merveilles? La preuve que cette armée n'existait plus sérieusement, c'est qu'elle ne fit rien, quand elle aurait eu la meilleure raison d'agir. Roboam s'éternisa en préparatifs pour reconquérir son ascendant sur les tribus du Nord. Mais la forte génération du temps de David était bien morte. L'opinion se montrait indifférente. Les hommes de Dieu, réduits au silence durant tout le règne de Salomon, recommençaient à parler, même du côté de Jérusalem. Un certain Semaïah, prophète, se leva, en Juda, disant que lahvé lui avait révélé ces mots : « Vous ne vous mettrez point en route pour combattre Israël votre frère. » Il fut convenu que tout ce qui était arrivé avait été l'effet de la volonté de Dieu. A vrai dire, toutes les familles humaines aiment l'indiscipline, et la force seule établit

* 1. Ce nom était devenu mythique, pour désigner le préposé aux corvées.

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Funiié. L'œuvre politique de David et de Salomon était condamnée à jamais. Elle avait duré environ soixante et dix ans.

L'opposition de ces deux dénominations, Juda et Israël, existait dès le temps de Saûl ^ Elle tenait, comme nous l'avons montré, à des raisons anciennes et profondes. La scission, cette fois, fut irrémédiable. Juda et Benjamin demeurèrent fidèles à la famille de David. Tout le reste acclama Jéroboam. Une ligne passant à la hauteur de Béthel marqua la limite des deux royaumes. Les efforts qui seront tentés pour ressouder les deux moitiés séparées échoueront misérablement. Les alliances des deux royaumes seront elle-mêmes de courte durée. Juda traitera Israël d'infidèle; Israël dépréciera David, raillera Salomon. Tout espoir d'un État sérieux ayant son centre à Jérusalem est perdu sans retour.

On achète toujours cher l'idéal qu'on aime, cet idéal fût-il excellent. L'amour de l'indépendance, de l'autonomie locale, de la vie agricole et pastorale, l'antipathie contre les grandes villes, contre les grandes organisations centralisées, le dégoût

1. Voy. t. l"'", p. 436437 ; ci-dessus, p. 8. I Sam., xv, 4 (eu observant Tomission des trois mois C'"'N TN"! ^Xlu'"' après u^N); xviii, 10.

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pour les recherches de l'art et pour tous ces joujoux de cuivre et d'or par lesquels Salomon avait cru honorer lahvé; c'étaient là des sentiments hautement louables. Ils firent la grandeur religieuse d'Israël; mais ils firent aussi sa faiblesse temporelle. Israël, divisé et incapable d'une forte résistance, sera le jouet des empires qui se partageront le monde. En revanche, son rôle spirituel, qu'une puissante royauté profane eût compromis, est désormais assuré.

L'avenir religieux d'Israël, en effet, dépendait de la liberté prophétique. Or cette liberté, absolument inconciliable avec l'existence d'un gouvernement régulier, cette liberté qui eût péri sans aucun doute dans un État fort, le royaume joséphite, malgré des luttes terribles, la garda toujours. Jérusalem, d'un autre côté, capitale d'un territoire extrêmement restreint, se trouva réduite au rôle de tête sans corps. Impuissante dans l'ordre politique et militaire, elle devint une ville toute religieuse. David, qui pensait ne bâtir qu'une ville forte, se trouva en réalité avoir bâti une ville sainte. Salomon, en croyant élever un temple à la tolérance, bâtit la citadelle du fanatisme. Le champ clos fut préparé pour une des luttes les plus surprenantes de l'histoire. Tous les vents

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conspirent à enfler les voiles de celui qui accomplit un mandat divin. Ce qu'on fait contre lui tourne pour lui; car ce qu'on fait contre lui, supprimant son rôle égoïste, le force à se replier sur son rôle sacré. Si l'œuvre de Salomon eût réussi, la force d'Israël se fut dissipée dans les orgies des jeunes fous qui entouraient Roboam ; il ne serait pas plus question d'Israël et de Juda que des petites royautés éphémères qui ont vécu et sont mortes dans les pays voisins. La hardie sécession des Joséphites détruisit la destinée vulgaire et assura la destinée transcendante d'Israël.

Jusqu'ici, en effet, l'histoire d'Israël n'a pas différé essentiellement de l'histoire des peuples de la même race et de la même région; désormais cette histoire va entrer dans une voie particulière et qui n'a d'analogue chez aucun peuple. Les Moabites, les Édomites, les Ammonites, les Araméens de Damas ont eu des David et des Salomon. Aucun de ces peuples n'a eu de rôle religieux comme celui d'Israël. Le peuple hébreu va se développer d'une façon qui n'appartient qu'à lui. lahvé cessera bientôt d'être un dieu local ou national ; les prophètes le proclameront Dieu universel, juste, unique. Le génie d'Israël fondera ainsi le culte pur, en esprit et en vérité. Et le monde éprouvera

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pour ces oracles étranges un attrait invincible. Fatiguée de ses vieilles chimères religieuses, l'humanité, dans mille ans, trouvera qu'elle n'a rien de mieux à faire que de s'attacher au principe obstinément proclamé par les sages d'Israël, d'Élie à Jésus.

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