‹ Historie du peuple d'IsraëlChapitre 225 sur 337 · RÉDACTION DE JÉRUSALIEM, DITE ÉLOHISTE · texte numérisé non relu

RÉDACTION DE JÉRUSALIEM, DITE ÉLOHISTE

A diverses reprises, nous avons eu l'occasion de remarquer que le mouvement religieux était à Jérusalem plus calme et plus lent que dans le royaume d'Israël. Le besoin de recueillir les traditions s'y faisait moins sentir. On n'y avait rien qui ressemblât au livre des Légendes d'Israël ni au livre des Guerres de lahvé. Ces livres, propriété exclusive du Nord, n'avaient probablement pas pénétré à Jérusalem. La rivalité des deux pays nuisait au commerce littéraire ; il faut ajouter que le nombre des exemplaires d'un livre était alors si peu considérable que chaque livre se trouvait en quelque sorte attaché au sol qui l'avait vu naître. Nous pensons que la rédaction de l'Histoire sainte jéhoviste ne fut pas non plus connue à Jérusalem avant le dernier siècle du royaume d'Israël. L'enseignement oral

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suffisait. On avait cependant le sentiment vague que le temps de rédiger ces sortes de documents était venu; on savait probablement qu'Israël était plus avancé à cet égard, qu'il avait accompli sa tâche historique et s'était, si l'on peut dire, mis en règle avec ses souvenirs.

Les deux royaumes avaient un grand nombre de traditions communes, toutes antérieures à leur séparation sous Roboam. Jérusalem possédait, de plus, des documents que ne connaissait pas le Nord. On avait beaucoup écrit sous David et sous Salomon. Outre les pages authentiques et contemporaines sur David et ses gibborini, outre les listes et les récits des înazMrim, on possédait des tôledoth ou généalogies, mises par écrit assez anciennement, des pièces historiques ou géographiques telles que le dixième et peut-être le quatorzième chapitre de la Genèse. L'idée de compiler, avec ces traditions et ces documents, une histoire suivie devait venir K On ne se tromperait peut-être pas

1. C'est le document que les Allemands désignent par la lettre A. Une objection contre l'ancienneté de ce document se lire de ce que des critiques éminents ont cru remarquer que les prophètes antérieurs à la captivité et le deutéronomiste ne connaissent que la rédaction jéhoviste (Heuss, Intr.j p. 188-189, 190-191.) Cette assertion est trop absolue. Les < 40 ans » d'Amos (II, 10; V, 25) paraissent d'origine élohiste (Dillmann, Nombres^

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beaucoup en plaçant un tel travail vers 825 ou 820 ans avant Jésus-Christ K

L'ouvrage qui résulta du travail hiérosolymite était plus court que celui du Nord. Le caractère en était plus simple, moins mythologique, moins bizarre. Une foule d'étrangetés que le rédacteur israélite avait trouvées dans le livre des Légendes manquaient ici. La façon de faire agir Dieu était bien plus réservée, l'anthropomorphisme moins naïf; on sent que l'auteur craignait de compromettre la majesté divine en lui prêtant des pas-

p. 79 (^'^ édit.). Le Décalogue, que le deutéronomiste emprunte à un texte plus ancien, semble bien avoir fait partie de l'élohiste primitif. Voy. ci-après, p. 397 et suiv. Ezéchiel connaît le X" chapitre de la Genèse, qui n'était pas dans le jéhoviste. Le second Isaïe (liv, 9) suppose Gen., ix, 11 (éloh.) Le chapitre xvii de la Genèse est élohiste ; les versets 6 et 16 présentent un trait essentiellement hiérosolymite; or ce chapitre est sûrement antérieur à la captivité. Le signe de l'alliance y est la circoncision; après la captivité, le signe eût été la fidélité à une Thora.

1. Les premiers prophètes dont on a des écrits (vers <SOi) avant J.-C.) paraissent connaître le jéhoviste. Ces prophètes, ([uoique ayant plutôt en vue Israël que Juda, avaient sûrement des rapports avec Jérusalem. Si l'auteur élohiste eût écrit vers 800, il eût connu le jéhoviste comme tous ses contemporains et en eût tenu compte. Or l'élchiste ne paraît, en écrivant, avoir tenu aucun compte du jéhoviste. Il y a des péricopes, il est vrai, dans l'histoire de Moïse, où l'auteur a l'air de procéder par résumés du jéhoviste. Mais ces péricopes peuvent appartenir à une Vie de Moïse bien plus moderne, non à l'élohiste primitif.

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sions, souvent des travers lout humains. L'auteur eut, en ouîre, un singulier scrupule. Par une arrière-pensée de couleur locale, analogue à celle qui se remarque dans le livre de Job, il ne voulut désigner Dieu par le nom de lahvé qu'à partir du moment où ce nom est censé promulgué et expliqué à Moïse K Cette particularité sans portée a été l'origine du nom d'éloMste, par lequel on a coutume de le désigner.

C'est par sa première page que cet écrivain a marqué sa place en lettres d'or dans l'histoire de la religion, et en lettres beaucoup moins lumineuses dans l'histoire de la science et de l'esprit humain. Pour le récit de la création, en effet, le combinateur définitif de l'Histoire sainte a préféré le début hiérosolymite au début du jéhoviste, sans doute parce qu'il y trouvait un caractère plus frappant de simplicité et de dignité. Ainsi nous a été conservée rétonnante page que voici ;

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et la terre était chaos, et ténèbres régnaient sur la surface d'abîme, et le souffle de Dieu planait sur les eaux. Et Dieu dit : « Lumière soit ! » Et lumière fut. Et Dieu vit que la

i. Exode, XII. Le jéhoviste lui-même évite de placer le nom de lahvé dans la bouche de gens qui n'ont pu vraisemblablement s'en servir.

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lumière était bonne, et il sépara la lumière et les ténèbres. Et Dieu appela la lumière Jour et les ténèbres il les appela Nuit. Et il y eut soir, et il y eut malin : premier jour.

Et Dieu dit : « Qu'il y ait une voûte au milieu des eaux, et qu'elle fasse la séparation entre eaux et eaux. » Et Dieu fit la voûle céleste, et celle-ci sépara les eaux qui sont au-dessous de la voûte céleste des eaux qui sont au-dessus. Et ce fut fait; et Dieu appela la voûte céleste Ciel. Et il y eut soir, et il y eût matin : deuxième jour.

Et Dieu dit : « Que les eaux qui sont sous le ciel se réunissent en un lieu unique, et qu'apparaisse le sol sec. » Et ce fut fait. Et Dieu appela le sol sec Terre, et l'amas des eaux, il l'appela Mers. Et Dieu vit que c'était bon. Et Dieu dit : « Que la terre fasse germer de la verdure, des herbes produisant semence, des arbres fruitiers, portant des fruits selon leur espèce, qui aient leur semence en eux-mêmes, sur la terre. Et ce fut ainsi. Et la terre fit sortir la verdure, des herbes produisant semence selon leur espèce, des arbres portant des fruits, ayant leur semence en eux-mêmes selon leur espèce. Et Dieu vit que c'était bon. Et il y eut soir, et il y eut matin : troisième jour.

Et Dieu dit : c< Qu'il y ait des luminaires dans la voûte du ciel pour séparer le jour de la nuit, et qu'ils servent de signes pour les dates fixes, les jours et les années, et qu'ils servent de luminaires dans la voûte du ciel, pour luire sur la terre. » Et ce fut fait. Et Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour présider au jour, et le petit luminaire pour présider à la nuit, et les étoiles. Et Dieu les plaça dans la voûte du ciel, pour luire sur la terre et pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière des ténèbres. Et Dieu vit que c'était bon. Et il y eut soir, et il y eut matin : quatrième jour.

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Et Dieu dit : « Que les eaux fourmillent d'une fourmilière de vie, et que les oiseaux volent sur la terre sous la voûte du ciel. » Et Dieu créa les grands cétacés et tous les êtres vivants et reptiles dont fourmillent les eaux, selon leur espèce, et tous les oiseaux selon leur espèce. Et Dieu vit que c'était bon. Et Dieu les bénit en disant : « Fructiliez et multipliez, et remplissez les eaux des mers, et que les oiseaux se multiplient sur la terre. » Et il y eut soir, et il y eut matin : cinquième jour.

Et Dieu dit : « Que la terre émette des êtres vivants, selon leur espèce, des bestiaux et des reptiles et les animaux de la terre, selon leur espèce. Et il fut ainsi. Et Dieu fit les animaux de la terre, selon leur espèce, et les bestiaux, selon leur espèce, et tous les reptiles du sol, selon leur espèce. Et Dieu vit que c'était bon. Et Dieu dit : (( Faisons l'homme à notre image et selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer et sur les oiseaux du ciel, et sur les bestiaux, et sur toute [bête de] la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. » Et Dieu créa l'homme à son image ; à l'image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa ^ Et Dieu les bénit et leur dit : (( Fructifiez et multipliez, et remplissez la terre et assujettissez-la, et dominez sur les poissons de la mer et sur les oiseaux du ciel et sur tous les êtres qui rampent sur la terre. » Et Dieu dit : « Voilà que je vous donne toute herbe, produisant de la semence, qui est à la surface de la terre, et tous les arbres à fruit, produisant semence. Tout cela vous servira de nour-

1. C'est-à-dire il créa des mâles et des femelles, contrairement à ce que veut le jéhoviste. Notez le pluriel collectif ■"")\ v. 26; comp. v, 2. Adam devient individuel au chap. v, verset :>. Mais toute celte reprise de l'élchiste (v, 1-3) est incohérente; on y sent le raboulage du compilateur.

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riture. Et à toute bête de la terre, et ta tous les oiseaux: des cieux, et à tout ce qui rampe sur la terre ayaat en soi souffle vivant, [je donne] toute herbe verte en nourriture. » Et il fut ainsi. Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait ; et voilà que c'était très bon. Et il y eut soir, et il y eut matin : sixième jour.

Ainsi furent achevés les cieux et la terre et toute leur armée. El Dieu eut achevé le septième jour son œuvre, qu*il avait faite, et il se reposa le septième jour de toute son œuvre, qu'il avait faite. Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia ; car c'est en ce jour-là que Dieu se reposa de toute l'œuvre créatrice qu'il avait accomplie.

Voilà les généalogies du ciel et de la terre, quand ils furent créés.

On aperçoit sans peine les différences essentielles qui distinguaient la cosmogonie hiérosolymite de celle du Nord. Malgré l'état de mutilation oii celle-ci nous est parvenue, il est permis d'affirmer que la Création ne s'y faisait pas en six jours, qu'elle se faisait en un seul jour ^; que la création de l'homme avait lieu à une époque où la teiTC était entièrement stérile, avant toute végétation et toute vie ; que la création des animaux avait lieu après celle de l'homme ; que l'homme y était créé mâle et unique, puis la femme tirée de l'homme; tandis que, d'après le récit hiérosolymite, les hommes sont créés en nombre indéfini comme les animaux, les uns mâles,

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