CHAPITRE PREMIER
LIi GOUVERNEMENT 1» K DAVID.
Le pouvoir de David, définitivement établi roi de Juda el d'Israël, en sa forteresse de Sion, à Jérusalem, dépassait de beaucoup celui d'un sofet. Tout le monde le craignait ; un ordre de lui était exécuté de Dan à Beër-Séba. Ses commandements pouvaient paraître très absolus; mais ils s'étendaient à
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peu de chose. Il n'y avait ni religion, ni législation écrite; tout était coutumier. La vie de famille fortement constituée chez les sujets enlève beaucoup de soucis au souverain. Le gouvernement de David peut ainsi être conçu comme quelque chose de très simple et de très fort. On peut se le figurer sur le modèle de la petite royauté d'Abdelkader à Mascara, ou d'après les essais dynastiques que nous voyons, de nos jours, se produire en Abyssinie. La façon dont les choses se passent à la cour de tel né{jus, à Magdala ou à Gondar, est la parfaite image de la royauté de David, dans son millo de Sion. La distribution et le rôle des fonctionnaires, l'organisation des revenus, la fidélité des serviteurs, le rôle des écritures, encore assez réduit, offriraient probablement à un voyageur instruit des choses bibliques qui visiterait TAbyssinie de curieux rapprochements.
Ce règne, à la fois flexible et fort, patriarcal et tyrannique, dura trente-trois ans ^ David garda sur
1. Les documents sur le règne de David, compilés dans le deuxième livre dit de Samuel, sont de trois sortes : 1° les notes contemporaines de David même et provenant, si l'on veut, des mazhir, tels que les courtes notes des chapitres viii, xxi, xxiii; f un long fragment d'une histoire écrite avec art et prolixité ; c'est le récit delà révolte d'Absalom; 3° des fragments d'une ou deux Vie de David, écrites dans les cercles prophétiques, et dont
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le trône les qualités qui l'y avaient fait parvenir. Il ne paraît pas avoir jamais commis de crime inutile; il n'était cruel que quand il avait un profit à tirer de sa cruauté. La vengeance, dans ce monde passionné, était considérée comme une sorte de devoir; David s'en acquittait consciencieusement. Les fondateurs de dynasties nouvelles, quand ils se trouvent en présence de restes considérables d'anciennes dynasties, sont toujours amenés à être défiants. Les transfuges des anciens partis qui viennent à eux excitent chez eux une suspicion bien légitime. Ils sont mieux placés que personne pour avoir la mesure des fidélités humaines. Pourquoi les convertis apporteraient-ils à leurs nouveaux engagements plus de constance qu'ils n'en ont eu pour les premiers?
La famille de Saûl, quoique très riche encore, était assez abaissée pour que David pût sans danger semontrergénéreuxenvers elle. Naturellement cette générosité n'excluait pas certaines arrière-pensées.
les parties les plus modernes paraissent remonter au temps d'Ézéchias. — Pour ce qui concerne les Chroniques, il en faut user comme de Josèphe. Ce que ces historiographies modernes ajoutent aux anciens récits des livres de Samuel et des Rois n'a que peu de valeur. Parfois, cependant, l'auteur des Chroniques paraît avoir eu entre les mains des textes plus complets que ceux que nous avons.
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Dans les premiers temps, David affecta beaucoup de bienveillance pour iMeribaal, le fils boiteux de son ami Jonathas. Après la mortd'Esbaal, les biens de Meribaal, à Gibéa, avaient été usurpés par un de ses intendants, nommé Siba. Meribaal vivait indigent dans un petit endroit nommé Lodebar, au delà du Jourdain, près de Mahanaïm. David lui lit rendre ses biens, le fixa à Jérusalem, voulut qu'il mangeât à sa table. Mais les ambitions implacables de l'Orient ne laissent qu'un sens bien affaibli à ce que nous appelons amitié, reconnaissance, voix du sang. Ni David ni Meribaal ne se trompèrent sans doute un moment l'un l'autre. Meribaal, tout en faisant régulièrement sa cour à David, gardait de secrètes espérances. David couvait des yeux ce rival possible, et ne cherchait qu'un prétexte pour perdre le fils de son meilleur ami \
Les deux ùh que Saûl avait eus de sa concubine Rispa causaient à David encore plus de préoccupations. Il en était de même des cinq fils que Mérab, fille de Saiil, avait eus de son mari Adriel. La façon dont David fut débarrassé de ces personnages dangereux nous est racontée par l'antique historien avec une grandiose candeur ^ .