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[735 av. J.-C.l [LES DEUX ROYAUMES. 501
règne de lahvé eût été le règne du parli iahvéiste, règne d'autant plus tyrannique qu'il se fût exercé au nom du ciel. L'aulorité est d'autant plus dure que l'origine en est crue divine. Mieux vaut le soldat que le prêtre; car le soldat n'a aucune prétention métaphysique. Au point de vue de la philosophie de l'histoire, on ne peut donc accepter qu'avec une forte réserve la politique sacrée d'Isaïe. Mais, la théocratie une fois écartée, il reste la bonté et la raison; il reste cette vérité que la science et la justice, s'appliquant au gouvernement du monde, peuvent beaucoup l'améliorer. Cette espérance, que les sibyllistes d'Alexandrie relèvent ardemment, qui réchauffe et soutient le tendre et défaillant Virgile, où Jésus et son entourage puisent l'affirmation de l'apparition prochaine du royaume de Dieu, a pour père Isaïe ou plutôt l'école, obstinée dans son optimisme, qui la première jeta dans l'humanité le cri de justice, de fraternité et de paix.
C'est ici une des origines de l'idéalisme, et il faut s'incliner. La victoire des prophètes compte entre les rares victoires que les hommes de l'esprit ont remportées. A côté de la Grèce du v° siècle, mettons l'Israël du yiîi° siècle avant Jésus-Christ. Israël, dès cette époque reculée, vit admirable-
502 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. |/35 av. J.-C]
ment l'absurdité de l'idolâtrie, cette faute énorme dont la race aryenne ne sut pas se défendre au moment où elle se trouva en contact avec des races pratiquant les arts plastiques. La sottise de l'homme, « se prosternant devant l'œuvre de ses mains, adorant ce que ses doigts ont fabriqué », parut aux Israélites éclairés le comble de l'absurde. Le ridicule des petits bons dieux, traînant parmi les bibelots de la tente ou de la maison, les frappa. Les sages s'en moquaient et conseillaient de jeter tout cela dans le trou aux ordures, en la compagnie des rats et des chauves-souris ^ L'idée que le nabi tenait son inspiration de lahvé devait aussi expulser les ineptes pratiques de la sorcellerie^. C'est là une des grandes différences du développement aryen et du développement sémitique. Chez les Grecs, chez les Romains, chez les peuples modernes, jusqu'au xvi*' siècle, l'aristocratie montra une faiblesse extrême envers les superstitions et les opinions grossières de la foule. Chez les Hébreux, les chefs selon l'esprit firent à la superstition une guerre à mort et finirent par l'emporter. En Europe, un tel mouvement ne se vit qu'à