LIVRE PREMIER
Les meilleures institutions d'un pays ne remontent pas toujours à ses années les plus florissantes; elles sont souvent amenées par le besoin de réparer les malheurs publics. L'imperfection des anciens établissements se fait alors sentir : les périls donnent une salutaire leçon, et l'on cherche des moyens plus efficaces pour dé* fendre et maintenir son indépendance.
La France était en guerre avec l'Espagne, l'An- .gleterre, l'empereur d'Allemagne et une partie de l'Italie, lorsqu'elle perdit, en i557, la bataille
de Saint-Quentin : elle avait occupé les Etats du duc de Savoie , Philibert-Emmanuel , et ce guerrier devint le plus dangereux de ses ennemis. 11 commandait, comme général au service d'Espagne, les forces liguées contre la France , et prêtait à cette confédération l'appui de son génie militaire.
Le duc François de Guise, qui avait défendu, en 1 55a, -la ville de Metz contre les troupes de Charles-Quint, avait été envoyé au delà des Alpes, et arrivait au secours du saint-siége, quand les ennemis du royaume pénétraient en Picardie. Le gouvernement avait affaibli ses forces , en agissant à la fois sur deux points si éloignés : il vit ses périls , et le duc de Guise fut rappelé promptement du centre de l'Italie au nord de la France. Son habileté, sa valeur le faisaient regarder comme un des premiers capitaines de son temps : la France attendait de lui les plus signalés services; elle ne fut pas trompée dans ses espérances.
On avait choisi pour point de ralliement militaire une position retranchée sur les bords de l'Oise, entre Amiens et Saint-Remy, et le duc de Guise s'y rendit en toute hâte avec sa cavalerie, tandis que ses fantassins s'avançaient eux-mêmes à grandes journées; ses troupes se réunirent à l'armée royale : trois places fortes, la Fère, Coni-
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piègne et Laon couvraient la capitale; Péronne avait été mise en état de défense, et l'armée, reprenant confiance et réparant ses pertes, redevenait assez nombreuse pour que les ennemis n'osassent pas venir l'inquiéter dans ses retranchements.
L'activité du duc de Guise sut profiter de ce moment de sécurité : il sort de son camp, dansla saison la plus rigoureuse, partage ses troupes en deux divisions, qui vont, par des routes différentes, se réunir sous les murs de Calais, attaque brusquement cette place , emporte tous ses ouvrages extérieurs, et la réduit à capituler après huit jours de siège. Le général va s'emparer ensuite de Guines et du château de Ham : il ne restait à l'ennemi aucune place forte en Picardie; et après avoir délivré cette frontière, le vainqueur va mettre le siège devant Thionville, qu'il investit le 3i mai i558, et qu'il force à capituler le 17 juin. La victoire le suivait partout; mais elle ne suivait que lui. Ce prince n'avait alors à sa disposition qu'une partie de l'armée française : un autre corps était resté en Picardie sous les ordres du maréchal de Thermes; et celui-ci éprouva une . défaite près de Gravelines, tandis que le duc de Guise poursuivait ses succès vers le Luxembourg :
il lui fallut suspendre ses avantages, pour venir arrêter de nouveau la marche de l'ennemi. Il n'y eut cependant aucun nouvel engagement entre les deux armées : on était disposé de part et d'autre à un rapprochement , et la guerre fut terminée au mois d'avril i55<), par les traités de Cateau- Cambresis, conclus avec l'Angleterre et avec l'Espagne.
Les services rendus par les vieilles bandes d'infanterie les faisaient alors regarder comme la principale force du royaume; et le duc de Guise s'attachait à perfectionner leur organisation et leur discipline : il rendit leur composition plus uniforme; il mit à leur tête des hommes expérimentés qui commandaient à plusieurs compagnies, et qui furent eux-mêmes placés sous les ordres d'un colonel général , destiné à leur donner une commune impulsion.
La guerre qui se renouvela , en 1 56a , entre F Angleterre et la France, offrit au duc de Guise l'occasion de faire les premiers essais de ce système. Élisabeth , favorisant en France le parti de la réforme, était parvenue à jeter une garnison anglaise dans les murs de Rouen , dont les calvinistes s'étaient emparés; et quand l'armée royale vint faire le siège de cette place , on avait par-
tagé en trois corps l'infanterie des vieilles bandes : Sariou , Richelieu , Rémolles en étaient les mestres de camp, et leur colonel général était le comte de Randans, qui fut tué pendant ce siège. Les mouvements des forces ennemies rapprochèrent ensuite de Paris le théâtre de la guerre; puis ils ramenèrent en Normandie les hostilités; et les mêmes troupes se retrouvèrent bientôt à la bataille d'Évreux, où la victoire, longtemps incertaine, fut enfin fixée par les habiles manœuvres du duc de Guise, et par le corps de réserve, placé directement sous ses ordres.
La composition de l'armée reçut alors de nouvelles améliorations : les plus anciens corps furent composés de dix compagnies chacun : on en augmenta la force; on les tint au complet; on les assujettit à une discipline sévère, à des exercices habituels, et l'on essaya sur eux l'organisation qui devait être ensuite appliquée aux autres corps de l'infanterie française. Le duc de Guise n'eut pas le temps d'achever son ouvrage : ce guerrier fut assassiné le 8 février i563, pendant le siège d'Orléans; mais on suivit après sa mort le plan qu'il avait tracé, et les nouveaux corps furent bientôt employés au' siège du Havre de Grâce, dont la garnison anglaise fut forcée de ca-
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pi tu 1er. La paix avec l'Angleterre suivit de prés ce dernier fait d'armes; et quoiqu'elle ne durât que quelques années, cet intervalle permit d'achever et de consolider le nouveau système militaire qui devait remplacer celui des légions.
Arrivés à l'origine des institutions qui se sont conservées jusqu'à nos jours, nous nous attacherons désormais aux développements qu'elles reçurent dans le régiment de Champagne. L'application de leurs principes était la même dans tous les corps, et les exemples d'un seul nous apprennent quelle influence eut ce nouveau mode d'organisation, quelles en furent les vicissitudes, par quels degrés il se perfectionna, et comment, après de pénibles épreuves au milieu des discordes civiles , il conduisit la France aux époques de sa gloire militaire et de sa grandeur.
Les premiers régiments que l'on forma furent ceux de Picardie, de Champagne, de Navarre et de Piémont; mais avant d'être désignés sous ces différents noms , ils le furent sous ceux des mestres de camp auxquels leur commandement fut confié. Le second régiment avait pour chef Richelieu, qui fut tué au siège du Havre, et Champagne fut ensuite placé sous les ordres de Gohas, qui avait donné en France et en Italie d'éclatantes
preuves de sa bravoure. Gohas avait pris part, en 1 558 , à la glorieuse campagne du duc de Guise ; et, lorsqu'on vint mettre le siège devant Arlon, cette place, que défendait une garnison allemande et wallone, fut surprise, dans la nuit du 3 juillet, par un stratagème dont il assura le succès. Cet officier était alors capitaine d'une compagnie de vieilles bandes, et Montluc commandait les travaux du siège. Un soldat flamand, chargé de reconnaître un fossé du rempart, venait d'y découvrir une petite brèche que les assiégés avaient ouverte pour faciliter quelques travaux de transport de terre et de remblaiement : plusieurs marches étaient pratiquées d'une manière informe au pied de cette ouverture; mais la vigilance d'un poste voisin en rendait l'accès très-difficile. Le soldat vient rendre compte de sa découverte, et Montluc le renvoie dans le fossé avec le capitaine Gohas, un lieutenant, trois arquebusiers , et trois sergents armés de hallebardes. L'obscurité de la nuit favorisait leur approche : cependant les gardes furent attirés par quelque bruit , et ils aperçurent le soldat au moment où il gagnait la brèche. Celui-ci ne se déconcerte point; il leur dit qu'il est Flamand : il s'annonce comme un déserteur qui s'est échappé du camp à la faveur de ia nuit
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et qui cherche à rejoindre ses compatriotes par l'issue que le hasard lui a fait découvrir, L'identité de la langue leur en impose; il les amuse par sa grosse gaieté et par un air de simplicité et de bonhomie : on le croyait seul, et la brèche était si étroite, l'obscurité si profonde, qu'on ne pouvait découvrir le capitaine Gohas et les autres braves qui montaient à la file après lui. Tout à coup Gohas pousse le soldat en avant et s'élance avec lui au delà de la brèche ; il est suivi par les arquebusiers, le lieutenant et les sergents; les arquebusiers tirent; on crie : Bonne guerre! bonne guerre! On se fait jour les armes à la main, et le poste est rapidement enlevé. Montluc et d'autres soldats se tenaient aux aguets; ils pénètrent l'un après l'autre dans le même passage : bientôt on se rend maître d'une porte voisine; elle est ouverte; les assaillants s'y jettent en foule et la place est occupée. Les assiégés se livraient à la merci du vainqueur, on leur fit grâce de la vie.
Les combats qui suivirent la prise d'Arlon accrurent la renommée de Gohas, et, lorsqu'il fut mis à la tête d'un corps plus nombreux, ce poste ne devint pour lui qu?un théâtre plus élevé où il devait se faire remarquer davantage. Son régiment se trouvait en 1 567 au combat de Saint-Denis:
l'armée royale, dont il faisait partie, était commandée par le connétable de Montmorency, et la victoire qu'elle obtint fut suivie d'un rapprochement qui ne dura que quelques mois. La campagne de l'année suivante s'ouvrit au midi de la Loire, où les calvinistes occupaient différentes places. Ils s'étaient fortifiés à Sancerre, à Saint- Jean d'Angely, à la Rochelle, où l'Angleterre leur avait fait parvenir des subsides, des canons et des munitions : ils avaient mis sur pied vingt mille fantassins et dix mille hommes de cavalerie, et, après plusieurs engagements particuliers, ils avaient essuyé à Jarnac une sanglante défaite, le i3 mars 1569. Le régiment de Champagne, qui servait dans l'armée du duc d'Anjou, avait pris part à ces . différentes actions; il fut ensuite envoyé au siège de Mucidan , et cette ville fut emportée de vive force. Le comte de Brissac était alors colonel gé- . néral de l'infanterie française : il fut tué à la tète des troupes qu'il conduisait à l'assaut.
Quelles que fussent , dans ces différentes rencontres, les pertes des calvinistes, l'amiral de Coligny qui les commandait parvenait, par l'ascendant de son caractère et l'habileté de ses mesures, à leur procurer de nouvelles ressources : il avait intéressé à sa cause les princes protestants de
l'Allemagne, l'Angleterre, qui s'était détachée du saint- siège, les Pays-Bas, qui se soulevaient éga-
lement contre la domination de l'Espagne et de la cour de Rome : tous les hommes qui embrassaient en France la réforme s'attachaient au parti de l'amiral ; et s'ils craignaient de se prononcer ouvertement dans les provinces du Nord , où ils n'étaient encore qu'en petit nombre, ils avaient assez de forces dans les contrées plus méridionales , pour se rallier et pour soutenir à main armée la cause des religionnaires et les privilèges qu'ils avaient obtenus.
Trois mois après la bataille de Jarnac, Coligny se trouvait à la tête d'une armée aguerrie et prête à reprendre l'offensive; il cherchait l'occasion d'engager un nouveau combat; et, le 1 5 juin i56o„ il vint attaquer le duc d'Anjou, près de la Roche- Abeille, dans le Limousin.
L'armée royale était séparée des troupes de Coligny par un long marais, et cette position rendait inexpugnable son corps de bataille; mais Gohas et la Barthe, qui commandaient les régiments de Champagne et de Piémont, étaient restés campés au delà du marécage; ils y occupaient une hauteur environnée de quelques haies, et le colonel général Strozzi était à leur tète.
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Coligny fit attaquer vivement leur position par le capitaine Piles, qui conduisait une des ailes de son armée. Les deux régiments lui résistèrent , et , après une sanglante mêlée, ils restèrent maîtres de leurs retranchements; mais ils brûlaient d'en sortir ; ils voulaient attaquer à leur tour l'ennemi qui les avait cherchés, et, indociles aux ordres qui pouvaient modérer leur valeur, un grand nombre s'écrièrent : « Où est Brissac? » — « Il est mort, « répliqua vivement Strozzi ; mais, suivez- moi, et « je vous conduirai en un lieu aussi chaud qu'il « vous ait jamais menés. » Alors il appelle à lui les capitaines et leurs compagnies, se met à leur téte, enfonce les troupes de l'amiral , et perd tous les avantages de sa position en s'engageant au loin dans la plaine. Bientôt il est pris en flanc par la cavalerie ennemie : on avait sur lui l'avantage du nombre, et ses troupes sont enveloppées de toutes parts. Strozzi, blessé et renversé de son cheval., fut fait prisonnier ; vingt-deux capitaines , un grand nombre de soldats périrent dans cette journée , et les autres se firent jour en. combattant pour regagner leurs palissades , où ils se défendirent encore sans qu'on put les y forcer.
Coligny n'essaya pas sur ce point d'autres tentatives : il quitta le Limousin , pour porter vers
le Poitou le théâtre de la guerre; et ses mouvements furent suivis et surveillés par l'armée royale, qui épiait l'occasion d'engager contre lui avec avantage un nouveau combat. L'intention de l'amiral était de s'emparer de Poitiers , et le siège en fut commencé le ^4 juillet; mais le duc d'Anjou voulut dégager cette place par une diversion , en venant lui-même attaquer Châtellerault, et le siège de Poitiers fut levé le 7 septembre. Après divers incidents militaires, qui ne pouvaient avoir aucun résultat décisif, les deux armées se trouvèrent en présence près de Moncontour le 3 octobre suivant. Celle du duc d'Anjou était divisée en deux* corps, l'un commandé par lui, l'autre sous les ordres du duc de Montpehsier : l'armée de l'amiral était également partagée; et les dispositions du terrain étaient telles que toutes les troupes prirent part au combat. Le souvenir de la Roche- Abeille animait d'aine nouvelle ardeur les soldats qui avaient à venger la mort de tant de braves.
La victoire de Moncontour fut complète : les troupes de Coligny perdirent près de six mille hommes, leurs bagages, onze pièces d'artillerie, plus de deux cents drapeaux : l'amiral se retira à Niort, avec les jeunes Henri de Béarn et Henri de
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Condé, qui venaient de faire leurs premières armes ; et ses envoyés en Angleterre et en Allemagne sollicitèrent de nouveaux secours.
La première entreprise du duc d'Anjou après sa victoire fut le siège de Saint-Jean d'Angely. L'armée parut devant la place, le 16 octobre; et cette ville, vaillamment défendue par le capitaine Piles , se rendit le 2 décembre par capitulation , après avoir soutenu un sanglant assaut, et avoir épuisé ses vivres et ses munitions. Le régiment de Champagne, qui se trouvait à ce siège, fut ensuite envoyé vers la Loire, pour s'opposer aux courses de la garnison de la Charité : il se signala de nouveau à la prise de Lignières.
L'armée calviniste, battue sur différents points, allait se rallier encore autour du prince de Béarn: elle recevait aisément des renforts, dans un pays où les protestants étaient plus nombreux; et quoiqu'on fut entré en négociation pour la paix, après la bataille de Moncontour, les hostilités continuaient de part et d'autre. Sancerre, Niort, la Rochelle étaient défendus par les confédérés : ceux-ci traversèrent l'Angoumois , le Périgord , le Quercy; ils s'arrêtèrent à Montauban, s'emparèrent d'Aiguillon , de Condom, et jetèrent plusieurs garnisons dans le Béarn et le Bigorre, dont Ra-
bastens était la plus forte place. Montluc , gouverneur de Guyenne, fut chargé de les attaquer : il suivit leurs mouvements vers les Pyrénées et leur enleva successivement plusieurs positions. Le régiment de Champagne faisait partie des troupes royales dirigées vers cette frontière, et il se trouvait à Vie, lorsque Montluc qui assiégeait. Rabastens le fit avancer vers la place qu'il voulait emporter de vive force. Une première colonne, commandée pour l'assaut, avait été repoussée: alors il voulut y marcher lui-même, avec les hommes sur lesquels il comptait le plus : il prit Gohas par la main, et lui dit, comme il Ta rapporté lui-même dans ses mémoires : « Monsieur a de Gohas, je veux que vous et moi combattions « ensemble : je vous prie, ne nous abandonnons « pas; et si je suis tué ou blessé, ne vous en sou- « ciez point et me laissez là : poussez seulement « outre, et faites que la victoire en demeure au a roi. » Tous marchèrent avec la même résolution : ils se touchaient les uns les autres, et ils s'avancèrent intrépidement vers la brèche, sous le feu de l'ennemi. Un grand nombre d'hommes furent blessés, et Montluc fut lui-même atteint d'un coup d'arquebuse qui lui traversa les deux joues; mais en se retirant il laissait à Gohas le
commandement : cet officier poursuivit l'attaque avec ardeur; et il vint bientôt lui annoncer sous sa tente que Ton était entré dans la place.
La paix avec les protestants fut enfin signée à Saint-Germain en Laye, le 7 août 1 670 : le gouvernement fit publier un nouvel édit de pacification, et les calvinistes obtinrent quatre places de sûreté, la Rochelle, la Charité, Cognac et Montauban. Cependant ils continuaient de se tenir sur leurs gardes, malgré les dispositions favorables que la cour paraissait leur montrer. Ils voyaient que Charles IX cherchait à leur ôter l'appui de l'Angleterre, en négociant avec Élisabeth un traité d'alliance contre l'Espagne, et en proposant à cette princesse d'épouser le duc d'Anjou : l'insurrection des Pays-Bas était alors secondée par Charles IX : il signait des traités et des capitulations militaires avec les princes allemands de Tune et de l'autre religion, se rapprochait de l'empereur Maxim i lien , par son mariage avec Elisabeth d'Autriche, et s'efforçait surtout d'attirer à sa cour les chefs du parti calviniste, en offrant la main de Marguerite , sa sœur, au jeune prince de Béarn, devenu roi de Navarre, en faisant espérer à l'amiral de Coligny le commandement d'une armée, destinée à défendre contre
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l'Espagne la réforme et l'émancipation des Pays- Bas. Tous ces artifices couvraient les préparatifs d'un crime inexpiable : Charles IX et Catherine de Médicis, sa mère, avaient résolu la destruction des protestants : ils armèrent contre eux toutes les fureurs du fanatisme ; et les massacres dont ils donnèrent au monde l'affreux spectacle couvrirent de deuil toute la France, et attachèrent à un règne si funeste une déplorable célébrité!
Les calvinistes allaient être également proscrits dans toutes les provinces; mais quelques hommes courageux résistèrent à ces ordres sanguinaires; et de ce nombre furent les maréchaux de Montmo rency-d'Amville et de Matignon , gouverneurs des provinces de Languedoc et de Normandie. Le comte de Tende, qui commandait en Provence, répondit à l'envoyé qui lui portait les ordres du roi, qu'il en avait reçu de contraires quelques jours auparavant, et qu'il prenait le parti d'obéir aux premiers mandats, parce qu'ils étaient plus dignes de la justice et de la clémence de Sa Majesté. Saint-Héran, de Gordes, Chabot, qui commandaient en Auvergne, en Dauphiné, en Bourgogne, répondirent avec la même sagesse : fcan Hennuyer, évêque de Lisieux, ne voulut pas laisser exécuter cet ordre. On connaît la sublima
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réponse du vicomte d'Orthèz, commandant de Bayonne : « Vous avez ici des serviteurs fidèles ; je « n'ai pu y trouver un assassin. » — a Je vous rcs- « pecte trop, écrivait un autre gouverneur, pour « croire que cet ordre est signé de vous ; et si par « malheur il Tétait, je vous respecte trop pour « vous obéir. »» Le régiment de Gobas était alors ati midi de la France , dans ces contrées qui ouvrirent aux proscrits un plus grand nombre d'asiles. S'il eut à déplorer tant de fureurs, il ne les partagea point : la voix de l'histoire ne Ta point accusé ; et bientôt elle eut à louer son courage et son dévouement à la patrie, quand l'esprit de révolte, digne punition d'un si grand crime, vint tout à coup ébranler la France, et la menacer d'un funeste démembrement.
A cette affreuse nouvelle de la Saint -Barthélémy , les protestants se soulevèrent dans toutes les places de sûreté qui leur avaient été laissées, et ils concertèrent entre eux un plan commun de défense. La Rochelle refusa de recevoir le maréchal de Biron qui lui était envoyé comme gouverneur, et qui avait commandé à la Bastille dans une journée si désastreuse.
La Rochelle avait autrefois appartenu à l'Angleterre; et Henri Flantagenet l'avait acquise, par
son mariage avec Éléonore de Guyenne. I** France qui l'avait recouvrée en 1224 Pavait perdue de nouveau par le traité de Bretigny, et enfin les habitants s'étaient affranchis eux-mêmes, en 137a, du joug de l'étranger. Mais deux siècles entiers n'avaient pas fait oublier à l'Angleterre ses anciennes prétentions : elle s'efforçait d'attirer encore sous sa protection une ville qui n'était plus dans sa dépendance, et croyait y trouver un point d'appui et de débarquement dans ses guerres et ses entreprises contre la France. Aussi quand la révolte y fut proclamée, et lorsqu'une armée royale s'avança pour en faire le siège, l'Angleterre se hâta de faire passer aux habitants des secours en vaisseaux, en hommes et en munitions.
Le signal d'une guerre étrangère et le devoir de repousser les ennemis vinrent alors offrir aux troupes françaises une glorieuse occasion de servir. L'armée avait à combattre pour l'indépendance du territoire; et voyant que les Anglais allaient faire de cette ville leur place d'armes principale, elle se disposait à la reprendre. Scipion Vergano, ingénieur vénitien, avait fortifié la Rochelle : une chaîne fermait l'entrée du port, et il était également difficile de le forcer et d'en faire
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le blocus. La place, quoique dominée du côté de terre, n'était abordable que par une étroite
avenue : elle était enveloppée sur les autres points, par de vastes marais et par des fossés où la mer pénétrait quand on ouvrait les écluses. A 1 époque des grandes marées, cette inondation s'étendait au delà du boulevard de l'Évangile.
Quand les troupes royales vinrent mettre le siège devant la Rochelle, six compagnies du régiment de Champagne faisaient partie de cette armée : six autres compagnies avaient été envoyées au siège de Sancerre, et Gohas avait rejoint, avec ses autres enseignes, une troisième armée que l'amiral de Villars conduisait en Guyenne. La plupart des places que les protestants y occupaient furent bientôt soumises; et, après avoir terminé le siège de Caussade, près de- la Garonne, Villars envoya au camp de la Rochelle Gohas et son corps de troupes.
Les attaques de cette place avaient commencé le 16 décembre : on avait ouvert en même temps des négociations avec les assiégés; mais ceux-ci ne voulaient entrer dans aucun arrangement, à moins qu'on n'y comprit tous les réformés du royaume; ils étaient en correspondance avec eux; ils leur avaient promis de les défendre, et ils
attendaient aussi leurs secours. Les assiégeants donnèrent plusieurs assauts, et ce fut contre le 1 bastion de l'Évangile que les principales attaques furent dirigées : elles devinrent encore plus vives lorsque le duc d'Anjou vint, au mois de février 1573, presser les travaux du siège.
Le 1 o avril , Montesquiou de Sainte-Colombe , lieu tenant- colonel du régiment de Champagne, monte à la brèche r y soutient un long combat , en arrache le drapeau ennemi, et rapporte au camp ce trophée de son courage. L'explosion de deux mines, que les assiégeants avaient dirigées vers le même bastion, y ouvre, le a6 mai, une plus large brèche ; et quand les troupes chargées de s'y établir ont été repoussées, Montluc, qui servait à ce siège comme maréchal de camp, ordonne une nouvelle attaque; Gobas, à la tête de son régiment, s'élance aussitôt vers la brèche, et la fait abandonner aux assiégés, qui se retirent dans leurs retranchements; les assaillants s'attachent à leur poursuite, mais ils sont bientôt écrasés par une grêle de balles, de grenades, d'autres projectiles. Gobas, qui n'avait jamais été blessé, est atteint à la jambe d'un coup de feu; il tombe et meurt quelques jours après : dix capitaines, sept lieutenants sont tués à la tète de leurs com-
paghies; d'autres sont blessés, et Sainte-Colombe est de ce nombre : le régiment, épuisé par les pertes qu'il a faites, ne peut poursuivre ses premiers avantages.
Cette dernière action fut la plus meurtrière; les assiégés n'avaient plus à compter que sur leurs propres ressources, et une flotte anglaise qui leur apportait des troupes, des approvisionnements et des munitions, n'avait pu s'introduire dans le port: mais ils ne désespéraient point ; ils étaient prêts à soutenir un nouvel assaut, et les femmes ellesmêmes les animaient à se défendre : elles avaient donné, depuis le commencement du siège, de rares exemples d'intrépidité : elles avaient com* battu à la brèche, et l'on donna le nom de boulevard des Dames à celui qu'elles contribuèrent à défendre.
Cependant le duc d'Anjou désirait abréger les travaux du siège. Ce prince, qui avait été nommé roi de Pologne, venait d'apprendre la nouvelle de son élection : il lui tardait d'aller prendre possession de la couronne, et il se montra plus facile sur les conditions d'un arrangement avec les assiégés. Charles IX et la reine sa mère lui mandaient d'accorder à tout prix une capitulation aux habitants. Les attaques cessèrent le a5 juin, et le duc
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d'Anjou, après avoir signé cet accord , décampa le i o juillet.
La place de Sancerre , qui était investie depuis le 3 janvier par un détachement du régiment de Champagne et par quelques autres troupes de l'armée royale, faisait encore la plus vive résistance ; elle avait soutenu plusieurs assauts : sa situation était très-forte, et enfin elle se rendit le 19 août par capitulation.
Les hostilités continuèrent en 1 5^4 ? e * I e régiment de Champagne, alors commandé par Sainte- Colombe, se rendit au siège de Saint-Lô : le corps de troupes dont il faisait partie était sous les ordres du maréchal de Matignon, et l'on commença l'investissement de la place. Montgomery, chargé de la défendre, y laissa une garnison suffisante pour soutenir le siège; il voulait en jeter une dans les murs de Domfront ; il y parvint, et le régiment de Champagne eut ordre de le poursuivre et de l'assiéger. On dispose les batteries, et la brèche est bientôt ouverte; mais on était séparé du rempart par un fossé inondé : les soldats le franchissent ayant de Feau jusqu'à la ceinture, et ils montent à l'assaut si brusquement, que l'ennemi se réfugie dans le château. Le site et la construction de cette forteresse ne permettaient pas d'employer la sape;
il fallut élever des cavaliers pour y établir des batteries, et ces travaux furent inquiétés par les fréquentes sorties des assiégés : enfin on ouvrit la brèche et l'assaut fut commandé. Les troupes ne rencontrèrent point l'ennemi au passage du fossé; mais son artillerie, qui emportait plusieurs rangs à la fois, y jeta bientôt du désordre. Sainte-Colombe, pour animer ses soldats, s'avance, une pique à la main, et monte sur la brèche où il est suivi par un grand nombre : les assiégés redoublent leur feu; Sainte-Colombe, quatre capitaines et la plupart des hommes qu'ils conduisent sont tués : il faut renoncer à cette attaque; mais elle avait été également meurtrière pour les assiégés; et Montgomery ne voulant pas les exposer à un second assaut, se rend à discrétion.
Le régiment retourna au siège de Saint-Lo, dont la défense durait encore : il faisait partie des troupes qui donnèrent l'assaut à cette place; on fut repoussé jusqu'à trois fois ; mais à la quatrième attaque la ville fut emportée.
Montesquiou de Sainte-Colombe, que le régiment venait de perdre, avait été en i56a capitaine d'une vieille bande. Sa compagnie, entretenue à Metz jusqu'en 1569, avait été alors incorporée dans le régiment de Gohas, dont il était devenu
lieutenant-colonel, et il avait obtenu , après la mort d'un chef si brave, l'honneur de lui succéder. Brantôme a dit de Sainte-Colombe : « Il étoit vaila lant et déterminé soldat s'il en fut oncques : « nous l'appelions , lui et son corps , une garenne « d'arquebusades. » Brantôme savait dignement apprécier l'honneUr et les qualités militaires, et nous aimons à retrouver la franchise et la naïveté de son langage. « Je pense, disait-il, qu'il n'y a « rien de si brave et si superbe à voir qu'un gentil « soldat, bien en point, bien leste; soit qu'il mar- « che à la tête d'une compagnie, soit qu'il se perde * devant tous, à une escarmouche, à un combat, « à un assaut, tirant son arquebuse, tout nu, dé- « sarmé, aussi résolument que les mieux armés. »
La prise de Saint-Lô fut bientôt suivie de celle île Carentan , et ce succès fut le dernier événement du règne de Charles IX, qui mourut à Vincennes le 3o mai 1 574? avant l'âge de vingt-quatre ans. Pendant ce règne, commencé sous la tutelle de Catherine de Médicis et au milieu des orages d'une régence, on avait vu des chefs ambitieux se disputer, s'arracher le pouvoir, se couvrir du voile de la religion, armer le fanatisme, consacrer jusqu'à l'assassinat, et ne paraître défendre l'Etat que pour le plier à leur pouvoir. Un enfant dont on avait
perverti le caractère occupait le trône : on l'entraînait, on le façonnait aux plus criminelles maximes : et cependant il avait eu pour précepteur le savant et vertueux Amyot, qui devint ensuite évéque d'Auxerre : les sceaux de France avaient été confiés, durant tes premières années
son règne, à Michel de l'Hâftpital, dont l'intégrité, la modération et les lumières furent la gloire de la magistrature : le génie de Montaigne honorait les lettres : la poésie assouplissait le langage; les arts avaient été attirés dans le royaume par François I er , et le temps de la renaissance avait commencé pour les lettres. Serait-il donc vrai que les lumières de l'esprit ne suffisent point pour régler les penchants du coeur, et que les sociétés, souvent contrariées dans leurs développements, n'embrassent à la fois qu'un petit nombre de vérités ? L'essor de l'intelligence tend à s'élever incessamment; mais les passions, toujours vivantes, ont leurs alternatives de grandeur ou de dégradation, de violence ou de faiblesse; elles ralentissent les progrès de la raison humaine, et l'opinion publique éprouve, avant de s'améliorer, une longue suite d'oscillations.
Si la réformation, qui avait pénétré en France comme dans les autres contrées de l'Europe, no
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devait être jugée que par les principes que nous professons aujourd'hui, nous nous étonnerions de l'intolérance avec laquelle les nouveaux religionnaires furent poursuivis ; nous penserions que la conscience est un sanctuaire inviolable; qu'aucun pouvoir humain ne doit intervenir dans les rapports de l'homme avec la Divinité; qu'il lui appartient à elle seule de distribuer ses récompenses ou ses peines; qu'elle a mis à la portée de tous les hommes les règles de morale qu'ils ont à suivre; qu'elle est sans doute indulgente à Terreur ou à la faiblesse, et qu'on ne peut séparer de l'idée de sa puissance celle de sa bonté. Mais, dans ces siècles d'exaltation et d'effervescence religieuse, toute différence d'opinion était érigée en crime: on mettait l'hérésie au premier rang des attentats; le fanatisme s'armait contre elle, et il se croyait l'instrument des vengeances divines quand il persécutait.
Nous n'avons pas eu à retracer l'histoire de ces dissensions religieuses, au milieu desquelles la force des armes et les vicissitudes de la guerre étendirent ou restreignirent tour à tour les privilèges accordés aux protestants : nous n'avons pas suivi les artifices qui furent employés par les deux partis pour se tromper, se surprendre et s'arra-
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cher mutuellement le pouvoir; et, si nous avons remarqué que quelques trêves suspendaient par intervalles leurs hostilités, il a bien fallu reconnaître qu'un sentiment de défiance se mêlait à ces réconciliations passagères, et que les reprises d'armes se signalaient par de plus vives inimitiés. Les secours étrangers que chacun appelait à son aide contribuaient à prolonger les malheurs de la guerre : on voyait les autres puissances profiter de nos discordes civiles pour attaquer le royaume affaibli par ces mouvements d'anarchie et pour morceler son territoire. Il ne fut mis en défense que par ses nouvelles institutions militaires : une armée aguerrie et bien organisée devenait la sauvegarde de l'indépendance nationale; mais il est affligeant de remarquer que tant de bravoure avait encore à se déployer contre des ennemis intérieurs et au milieu des calamités de la guerre civile.
On était arrivé au règne orageux de Henri 111; la France allait être exposée à de nouveaux troubles; et ils furent fomentés en 1576 par la formation de la Ligue. Son but ostensible était de faire la guerre aux protestants; mais les vues secrètes de ses chefs étaient de disputer au gouvernement lui-même l'exercice du pouvoir. Les Guises, accoutumés au commandement et à la
popularité, étaient à la tète de la Ligue; le roi de Navarre et le prince de Condé appuyaient le parti protestant. La place de Saint-Jean d'Angely fut surprise par ce prince; et les calvinistes du Languedoc, du Poitou, de la Saintouge coururent aux armes : le roi Henri III se mit à la tète de la Ligue, niais il fut bientôt dominé par les Guises.
Quand l'armée royale, conduite par le maréchal de Matignon, vint, en 1 58o, faire le siège de la Fère que le prince de Condé avait également surprise , le régiment dont nous suivons les annales fut employé à ce siège, et eut son quartier vers la porte de Làon : il avait alors pour mestre de camp Jean Nogaret de la Valette, qui fut ensuite plus connu sous le nom de duc d'Épemon. Cet officier avait donné, dès sa première jeunesse, une preuve signalée de son courage : il se trouvait, en 1570, au combat de Mauvesin dans l'Armagnac, et il parvint, en se précipitant dans la mêlée, à dégager son père, enveloppé de toutes parts, et près de perdre la vie. Le régiment qu'il commandait hâta la reddition de la Fère, en se rendant maître d'un bastion qui venait d'être canonné par une batterie : il se logea sur la brèche, et l'ennemi , qu'il força de se replier dans ses derniers retranchements, battit la chamade le len-
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demain. Cette, ville avait été investie le 7 juillet; elle capitula le 11 septembre.
Le duc d'Épernon fut nommé, en i58i, colonel général de l'infanterie; cependant il gardait encore son régiment; il ne le quitta que Tannée suivante : Jean Luppiat de Montcassin lui succéda comme mestre de camp ; et depuis cette époque le corps qu'il commandait ne fut plus désigné que sous le titre de régiment de Champagne.
Après la prise de la Fère, le gouvernement avait fait un nouvel accord avec les calvinistes : il leur rendait les privilèges accordés par d'anciens édits; la Ligue s'était dissoute; on favorisait les insurgés des Pays-Bas; on leur faisait même donner pour chef le duc d'Alençon , frère du roi ; on se rapprochait de l'Angleterre; la guerre contre l'Espagne paraissait imminente, et Philippe 11, pour ne pas être attaqué dans ses propres États, s'empressa de ranimer en France le parti de la Ligue , et de négocier avec le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, son frère, un traité qui fut signé le 3i décembre i5#4- Philippe s'engageait avec eux dans une alliance offensive et défensive, pour ne conserver en France et dans les Pays-Bas que la religion catholique, et pour conférer la couronne au cardinal de Bourbon, après la mort de
Henri III, qui était sans enfants, et qui venait de perdre son frère , héritier présomptif du trône : la branche de Navarre devait en être exclue; et l'on aiderait l'Espagne à réduire à l'obéissance les villes qui s'étaient révoltées contre elle.
La conclusion d'un traité, où l'on disposait des droits de la maison de France, inspira au roi de vives inquiétudes, et lui fit désirer d'échapper au joug des factieux : cependant il n'osait pas rompre avec le duc de Guise , et il se laissait aller par faiblesse à toutes les exigences de la Ligue. Ainsi Ton continua la guerre contre les calvinistes. Les opérations qui devaient avoir lieu en Provence et en Dauphiné furent conduites , en 1 586,
par le duc d'Epernon, et le régiment de Champagne faisait partie des troupes placées sous ses ordres. Il concourut à l'attaque et à la prise du fort de Senne, situé au midi de la Durance, à celle des châteaux de Bréolles, de Chorges, et de quelques autres villes de la Provence et du Dauphiné. Trois compagnies de ce régiment furent ensuite distribuées dans les places du Dauphiné, pour les défendre contre le duc de Savoie; quatre compagnies restèrent en Provence, et les sept autres furent envoyées à Metz. Telle était, à la • fin de 1 587, la répartition des quatorze enseignes
du régiment, dont le sieur de Houillèz était alors mestre de camp.
Tandis qu'il était attaché à la garde d'une partie des frontières de lest, la guerre se poursuivait en Guyenne avec des succès divers; et quelques échecs, éprouvés par les troupes du roi de Navarre, en Poitou et sur les rives de la Charente, furent vengés le 20 octobre 1 587, par une complète victoire, dans la plaine de Coutras, située au nord de la Dordogne, vers le confluent de la Dronne et de l'Ile. I, 'armée de ce prince n'était que de cinq mille sept cents hommes, et le duc de Joyeuse en avait sept mille six cents; mais il en perdit près de la moitié dans cette sanglante journée. Le roi de Navarre aurait pu tirer un plus grand parti de ses avantages, en s'attachant à la poursuite de l'ennemi, au lieu de diviser ses troupes en plusieurs détachements, et d'aller passer l'hiver dans la capitale du Bearn. Cette inaction devint funeste aux corps auxiliaires qui lui étaient envoyés par les cantons suisses et par quelques princes d'Allemagne. Ces troupes étrangères, audevant desquelles il devait se rendre , trouvèrent occupées par l'armée de la Ligue les provinces qu'elles avaient a parcourir : elles firent , en descendant la rive droite de la Loire , un long détour
ti(i HISTOIRE DU RÉGIMENT
pour les éviter; elles s'avancèrent jusqu'aux environs de Montargis, et, après avoir perdu plus de trois mille hommes dans les combats de Vimory et d'Auneau, le 27 octobre et le a3 novembre 1587, leurs chefs se décidèrent, le 8 décembre, à signer avec le duc d'Épernon une capitulation , en vertu de laquelle les Allemands et les Suisses durent retourner dans leur pays.
Sur ces entrefaites la Ligue redoublait de violence contre les réformés, et contre Henri III luimême, dont elle soupçonnait l'inimitié, et dont elle voulait dominer les conseils : elle arracha à ce faible prince de nouvelles déclarations contre les calvinistes et contre le roi de Navarre, que Sixte-Quint avait frappé d'excommunication : elle affermit dans la capitale l'audace des factieux qui, se trouvant placés à la tête des seize quartiers de cette ville, se firent redouter pendant plusieurs années sous le nom de conseil des Seize. L'émeute des habitants devint générale, et le roi fut obligé de sortir de Paris le i3 mai i588, à la suite de la journée des Barricades. Il se retira à Chartres et ensuite à Blois, où les états furent convoqués. La division qui régnait dans le parti royal augmentait de jour en jour : les généraux de la Ligue et du roi cessaient de se concerter : on vit même
éclater ces dissensions dans les rangs des ligueurs : de semblables troubles agitaient les provinces : elles étaient dévastées par des compagnies d'aventuriers, dont chaque parti cherchait à emprunter les secours. On ne se bornait même plus à combattre ouvertement ses ennemis; on leur tendait des embûches pour les perdre. Henri III suivit lui-même ce coupable exemple. Le duc de Guise, attiré aux états de Blois, comme dans un piège, fut victime d'un lâche assassinat, le a3 décembre 1 588 : le cardinal, son frère, éprouva le même sort ; et lorsque la Ligue entière se fut solennellement engagée à venger de tels attentats, et qu'elle eut soulevé contre Henri III une partie des provinces qui lui obéissaient encore, ce monarque reconnut la nécessité de se rapprocher enfin du roi de Navarre , et d'accepter les secours de ce prince contre la Ligue, qui était devenue leur commune ennemie. Leur intérêt politique était le même : les branches de Valois et de Bourbon tenaient à une tige commune, et la couronne de France devait passer de l'une à l'autre, si Henri III ne laissait pas d'héritier en ligne directe ou collatérale. Les deux monarques s'engagèrent, au mois de mars i58c;, à unir ensemble leurs forces; et le 3o avril, ils eurent, à Plessis-lez-
Tours, une entrevue où leur réconciliation s'accomplit. Une armée de trente mille hommes se rassembla autour d'eux : les régiments des gardes, de Picardie, de Champagne, de Navarre en faisaient partie.
Jusqu'à l'époque de ce rapprochement, le gouvernement avait donné le nom de rebelles à tous les religionnaires armés contre lui. Un mouvement qui soulevait tout le midi de la France et qui trouvait dans les autres provinces de nombreux partisans, pouvait -il cependant être considéré et poursuivi comme une entreprise factieuse? Sa cause, son importance, ses ressources donnaient à de si grands débats tous les caractères de la guerre civile : de part et d'autre on voyait des chefs puissants, des troupes nombreuses, la fortune indécise, et la victoire changeant de parti. Quels que fussent les événements de la guerre, ils laissaient des forces aux vaincus; et ceux-ci trouvaient dans leur fermeté inébranlable les moyens de réparer leurs pertes. Cette constance était entretenue par l'énergie des opinions religieuses; et dès qu'on pouvait la regarder comme un devoir de la conscience et une inspiration du ciel , il semblait qu'aucune puissance humaine ne pût la réduire.
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Quels étaient les vœux exprimés tant de fois par les religionn aires? Us n avaient réclamé, dès l'origine de leurs plaintes, que la cessation des poursuites dirigées contre eux, et l'entière libertédes hommages à rendre à la Divinité. Ce n'était pas à la suprématie qu'ils pouvaient prétendre, comme dans quelques États de l'Allemagne; mais ils imploraient un régime de tolérance; et leur nombre s'était tellement accru , au milieu inème des persécutions , qu'il aurait été périlleux de rejeter toutes leurs prières. Aussi les réformés avaient obtenu du gouvernement quelques franchises religieuses, et ces concessions les avaient déterminés à poser les armes. Cependant il ne résultait de ces imparfaites réconciliations que des trêves momentanées ; et soit que la réforme augmentât le nombre de ses prosélytes, soit que le gouvernement, devenu plus ombrageux, révoquât les concessions qu'il avait faites malgré lui , les haines religieuses se ranimaient; la guerre éclatait avec une violence nouvelle : il fallait, pour la faire cesser, accorder aux protestants de nouveaux privilèges, et même des places àv sûreté.
Mais en remettant dans leurs mains de semblables garanties, on s'imposait l'obligation de les.
ménager davantage ; car ils jouissaient alors d'une force qui leur était propre ; ils étaient mieux en état de résister à l'oppression; et quoique les places qui leur étaient remises fussent séparées par d'assez grands intervalles, elles pouvaient d'autant mieux concerter leur défense, qu'elles étaient situées dans des contrées protestantes, où l'esprit était le même, où de nombreuses populations étaient prêtes à marcher sous leur bannière.
Le gouvernement ne fit qu'irriter par de nouvelles infractions à leurs prérogatives un parti devenu si puissant. Il employa contre eux alternativement et jusqu'à dix fois, la force des armes sans les réduire , et les édits de pacification sans les satisfaire. Les protestants ne regardaient plus ses promesses que comme un témoignage d'impuissance, ou comme un leurre pour les surprendre de nouveau : un seul événement vint enfin leur persuader que des privilèges, violés tant de fois, jouiraient enfin d'une plus sure garantie.
Le roi de Navarre, lorsqu'il se réconcilia avec ie roi de France, était à la tète des partisans de la réforme, et un grand nombre d'entre eux furent entraînés avec lui vers la cause qu'il embrassait. Ce prince était alors l'héritier présomptif du trône; et ses amis qui devaient l'avoir un jour
pour roi l'estimaient assez pour se convaincre que leurs droits seraient protégés. Le parti de la Ligue était celui qu'il fallait d abord abaisser : il était l'ennemi delà réforme religieuse comme du gouvernement lui-même; et les deux rois, en unissant leurs forces contre lui, espéraient éteindre, jusque dans leur foyer, les flammes de la guerre civile.
Les premières opérations de l'armée royale furent d'attaquer plusieurs places que les ligueurs occupaient sur les rives de la Loire. Antoine de Montcassin, qui commandait alors le régiment de Champagne, fut tué au siège de Gergeau, en donnant l'assaut à cette place, dont ses troupes parvinrent à s'emparer : Pithiviers, Étampes, Poissy furent emportés de vive force : Pontoise capitula après quelque résistance; et les deux rois vinrent mettre le siège devant Paris, dont les ligueurs leur avaient fermé les portes. Henri III établit ses quartiers à Saint-Cloud le 3r juillet; ceux du roi de Navarre étaient à Meudon; et une partie de l'armée royale gagna les hauteurs de Montrouge, pour commencer sur la rive gauche de la Seine l'investissement de la capitale. Mais un attentat imprévu arrêta le cours de cette entreprise : Henri 111 fut assassiné, le 1" août, par
Jacques Clément; et quoiqu'on eût reconnu le roi de Navarre pour son successeur, le nouveau monarque se vit abandonner sur-le-champ par les deux tiers de son armée : il n'avait pas assez de forces pour continuer le siège; et il leva son camp, trois jours après , pour se replier vers la Normandie, où ses mouvements furent bientôt suivis par les troupes de la Ligue, trois fois plus nombreuses que les siennes.
Le régiment de Champagne, dont le marquis de Rieux était devenu mestre de camp, fut du nombre de ceux qui prêtèrent serment de fidélité à Henri IV, et les régiments de Picardie et de Navarre firent également partie de son armée. Le roi s'étant emparé des places de Clermont, de Creil, de Gisors , y mit en garnison les dix enseignes de Navarre : il laissa dans la place de Gournay presque tout le régiment de Picardie, et celui de Champagne le suivit jusqu'à Dieppe : cette ville venait de se déclarer en sa faveur; et la plaine voisine allait être le théâtre de ses principales opérations militaires. L'armée du roi et celle du duc de Mayenne se trouvèrent en présence le ai septembre, près du confluent de l'Eaulne et de la rivière d'Arqués; et, malgré l'infériorité du nombre, Henri IV voulut engager le combat. 11 n'avait
que sept cents hommes de cavalerie, et son infanterie, au nombre de six mille hommes, se composait de quatre mille Suisses, du régiment de Champagne et de quelques compagnies d'arquebusiers. L'armée de la Ligue était de quinze mille fantassins et de quatre mille cavaliers ; mais Henri IV les avait attirés à combattre dans un étroit espace, entre la foret d'Arqués et la rivière d'Eaulne : cette situation qui s'opposait au déploiement de leur front de bataille, et qui les obligeait à marcher en colonne, leur ôtait en grande partie l'avantage du nombre. Cependant les ligueurs parvinrent à déborder la droite de l'armée royale, en faisant pénétrer à travers la foret d'Arqués un corps de lansquenets qui vint l'attaquer en flanc. Leur choc inattendu jeta d'abord quelque confusion dans la ligne de l'armée royale; mais Henri IV la ramena promptement à la charge : un corps d'arquebusiers vint seconder ses efforts et ceux de la cavalerie : les rangs des ligueurs, repoussés bientôt sur tous les points, se replièrent en désordre sur ceux qui les suivaient, et, à la suite d'un combat de trois heures, cette colonne ébranlée précipita sa retraite.
L'arrivée d'un ambassadeur d'Elisabeth suivit de près cette victoire; il apportait à Henri IV des
secours en argent, en vivres et en munitions : quatre mille hommes de troupes anglaises, commandées par sir Roger Williams, débarquèrent à Dieppe quelques jours après; et l'armée du roi, à laquelle se joignirent encore quelques troupes françaises, se trouva portée à douze mille hommes d'infanterie et quatre mille de cavalerie.
Ce fut à la suite de ces événements que Henri IV vint tenter un mouvement sur Paris, où les ligueurs avaient concentré leurs principales forces. Il parvint, le I er novembre, à pénétrer dans les faubourgs de Saint-Jacques et de Saint- Germain; mais n'ayant pu s'emparer des autres quartiers de la capitale, il s'éloigna de nouveau pour tenir la campagne contre le duc de Mayenne. Le roi fit rentrer plusieurs places sous son obéissance; et après différentes affaires de postes, où les succès furent partagés, l'armée du roi et celle de la Ligue se retrouvèrent encore aux prises, le i4 mars 1690, dans la plaine d'Ivry, voisine des bords de l'Eure.
Le duc de Mayenne avait sous ses ordres trois mille cinq cents cavaliers et treize mille fantassins : l'armée de Henri IV ne se composait que de deux mille cinq cents hommes de cavalerie et de huit mille hommes d'infanterie; mais c'étaient des
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t loupes aguerries : l'esprit dont elles étaient animées leur donnait une force nouvelle; et la valeur du monarque, l'habileté de ses opérations militaires, au milieu desquelles on vit son panache blanc flotter sans cesse au plus fort de la mêlée, hâtèrent les succès de cette journée mémorable. Henri IV avait porté sur le centre ses principales forces, et il se proposait de rompre sur ce point l'armée ennemie. La victoire, commencée par la cavalerie qu'il commandait, fut longtemps disputée : les autres corps y prirent successivement part; et le sort de la bataille fut décidé, lorsque les régiments d'infanterie qui s'avançaient en toute hâte, vinrent seconder le mouvement de la cavalerie, tailler en pièces les lansquenets, forcer d'autres corps à rendre les armes, et précipiter la retraite du duc de Mayenne. Le régiment de Champagne eut part à l'honneur de cette journée, où les ligueurs perdirent trois mille quatre cents hommes : on leur fit un plus grand nombre de prisonniers; et le vainqueur, poursuivant avec activité ses avantages, s'empara de Corbeil, de Melun , de Montereau, de Provins , et de quelques autres places, dans les provinces voisines de la capitale. De nouveaux renforts arrivaient successivement au roi, soit par les levées qu'il faisait
faire dans le Midi, soit par l'adhésion d'un plus grand nombre de partisans. Le duc de Nevers vint lui offrir ses services, et d'autres seigneurs qui avaient longtemps hésité suivirent cet exemple. Les ligueurs avaient eux-mêmes reçu les secours d'un corps de troupes espagnoles, commandées par le duc de Parme, et les deux armées s'observèrent pendant plusieurs mois, sans en venir à un engagement décisif. Henri IV envoya ensuite en quartiers d'hiver une partie de ses troupes : le duc de Nevers était chargé de former quelques nouveaux corps d'infanterie; et c'est à cette époque, que le roi lui ayant délivré des commissions pour lever des compagnies de gens de pied, le duc lui écrivit « que nuls gentils- « hommes ne voulaient de ces commissions, à v moins qu'on ne les fît entrer dans le régiment « de Champagne. » Henri IV lui répondit qu'il fallait les satisfaire, et qu'il pouvait, s'il le jugeait à propos, augmenter le régiment jusqu'à vingt compagnies.
A l'époque où ce corps était devenu l'objet d'une si flatteuse distinction , on avait déjà fait de nombreuses levées d'infanterie : elles s'étaient accrues, en temps de guerre, jusqu'à quarante mille hommes; et sans doute les autres régiments
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avaient été animés des mêmes principes d'honneur et d'émulation ; mais entre plusieurs corps dignes de louanges, l'opinion publique aime peutêtre à faire un choix : elle a, comme la faveur, ses penchants et ses sympathies : elle tient compte du bonheur, du hasard, qui mettent quelquefois plus en évidence toutes les qualités qu'elle apprécie; elle ressemble à cette affection paternelle qui embrasse la famille entière, sans exclure quelque préférence.
Les principes des évolutions militaires, dont la pratique devait ensuite être perfectionnée , avaient été établis par Henri IV; et les tacticiens admirent encore, comme sujet d'étude, les mouvements et les dispositions des troupes qui combattirent sous ses ordres, dans les journées d'Arqués et d'Ivry. Ses déploiements , ses colonnes , ses conversions, le soin de soutenir l'une par l'autre les différentes armes, de concentrer ses forces sur un point d'attaque, de mettre à couvert les autres parties de la ligne, et de choisir rapidement le lieu, l'instant où il convient d'engager l'action , signalèrent le génie de ce grand capitaine, et laissèrent à ses successeurs un modèle à imiter.
Il fallait, pour concourir efficacement à l'en-
semble et à la célérité des opérations générales, que chaque régiment sût manœuvrer avec précision : celui (]e Champagne se fit constamment remarquer par ce genre d'exactitude, et par une application assidue à tous les exercices militaires.
En 1594, lorsque Henri IV fit son entrée à Paris , le régiment de Champagne était du nombre de ceux qui accompagnaient ce prince. Ce corps fut envoyé Tannée suivante en Bourgogne, où le duc de Mayenne et le parti de la Ligue prolongeaient les hostilités : un détachement de trois cents hommes s'empara de la ville de Beaune, après une faible résistance; mais le château soutint un siège d'un mois , et son gouverneur ne capitula que sur la brèche. Le régiment de Navarre se trouvait également à ce siège, et Champagne demanda l'honneur de monter à l'assaut avant lui. Ces deux corps se rendirent ensuite au siège de Dijon ; Navarre entra le premier dans la tranchée, et Champagne le releva. On conçoit ces rivalités de courage, et ces disputes de préséance, dans les occasions périlleuses qui mènent à la gloire. Alors le premier pas a quelque valeur, et les plus anciens régiments de l'armée étaient dignes du concours d'émulation qui s'établissait entre eux.
Quelques détachements des mêmes corps se
portèrent ensuite vers le Midi pour affermir en Provence l'autorité du roi. Marseille avait été longtemps divisée en deux partis : celui de la Ligue, favorisé par le pape Clément VIII, par Emmanuel, duc de Savoie, et par le roi d'Espagne, était parvenu à s'emparer du fort Notre-Dame de la Garde, et Charles Casaux, qui était à la téte de cette faction, allait livrer la ville aux troupes du duc de Mayenne, lorsque Pierre Libertat reprit la forteresse et la remit au pouvoir du roi. Le nom de Bayou était celui de ses ancêtres, et l'un d'eux avait reçu du peuple de Calvi, en Corse, le nom de Libertat 9 ou Libérateur, après avoir sauvé cette ville d'une conspiration formée contre ses franchises. Les Marseillais érigèrent une statue à celui qui venait de suivre l'exemple de son aïeul, et Henri IV lui accorda l'honneur de placer une fleur de lis dans ses armoiries.
La fin des troubles de Marseille amena la pacification de la Provence : les troupes étaient nécessaires sur d'autres frontières; le régiment de Champagne fut envoyé en 1 596 à l'armée de Picardie, et l'année suivante il servit au siège d'Amiens; il était alors commandé par Bu rosse, en l'absence du marquis de Mirabeau qui en était
uiestre de camp. Cette place fut prise le a5 septembre 1 597 , et ce fut une des dernières opérations de la campagne; on ouvrit bientôt à Vervins des négociations; la paix y fut signée entre la France, l'Espagne et la Savoie, le 2 mai 1 5g8.
La guerre qui venait de se terminer sur toutes les frontières se ralluma en 1600 du côté des Alpes; mais elle fut de courte durée. Le duc de Savoie s'était engagé à remettre à la France la Bresse ou le marquisat de Saluées; et comme il se refusait à l'exécution de ce traité , Henri IV envahit la Savoie et chargea le maréchal de Biron d'occuper la Bresse. Bourg fut investi, le i3 août 1600, par les régiments de Champagne et de Navarre ; on fit sauter les portes de cette place ; on força dans un bastion les troupes suisses qui le défendaient, et le baron de Lux fit le siège de la citadelle, tandis que le maréchal poursuivait son expédition à la téte d'une colonne dont Champagne faisait toujours partie. Ce corps s'empara successivement du Pont-d'Ain, de Saint-Rambert, de Pierre-Châtel , de Seyssel et des autres places de la Bresse, du Bugey et du pays de Gex, grandes et fertiles contrées qui devaient dorénavant appartenir à la France. Les expéditions militaires n'ont
souvent qu'un résultât passager, et il en reste peu de traces dans l'histoire; mais celles qui fixent d'une manière durable le sort d'un pays méritent d'être signalées. Un traité de paix, conclu le 17 janvier 1601, vint assurera la France les conquêtes qu'elle avait faites.
Quand le duc de Bouillon refusa de recevoir une garnison française dans la ville et la citadelle de Sedan, cinq compagnies du régiment de Champagne firent partie du corps de troupes qui fut envoyé contre lui : elles rentrèrent ensuite dans leurs cantonnements jusqu'en 1610.
Henri IV levait alors une nombreuse armée, et Champagne quitta le Bassigny pour la rejoindre à Châlons-sur-Marne. Mais la mort du roi mit un terme à l'exécution de ses grands desseins; et d'autres événements, une autre politique se développèrent sous Louis XIII, son successeur. Henri IV était parvenu à comprimer la fureur des guerres religieuses : son édit de pacification , publié à Nantes, le 3o avril i5o,8, avait été fidèlement observé : ses sujets des deux communions le révéraient; et la tolérance, assise sur le trône, affermissait le pouvoir, en laissant en liberté toutes les consciences.
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