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Ottavien*»;,
Il fait bon de prêter Toreille à ces vieux refrains qui, outre leur antiquité, montrent sous un aspect aimable et srénéreux le caractère de nos eens.
O gué ! la faridondaine, O gué ! Au gui, l'an neuf !
La guignolée !
La guignoloche !
Cris de joie, notes de l'espérance, souhaits de bonheur, appel à la charité, vous plairez toujours, dans quelque langue, sous quelque forme qu'on vous exprime !
Ces chanteurs, qui vont de maison en maison, revêtus d'un costume de fantaisie et débitant des couplets naïfs composés on ne sait quand, implorent la charité publique en faveur des déshérités de la fortune, de ceux qui souffrent et n'ont plus de soutiens en ce monde. Sur les traîneaux pavoises d'étendards et de guirlandes toutes vertes, la g2iignolée entasse les dons abondants qui lui sont offerts et qui consolent les malheureux.
Donnez ! il vient un temps où le monde vous laisss Vos aumônes, là-haut, vous font une richesse.
Il y a deux et trois mille ans, les races celtiques répandues dans la Gaule et les territoires situés à l'est et au nord de la Beauce et du Perche reconnaissaient pour dieu suprême Tentâtes qui présidait au commerce, à l'argent, aux choses de l'intelligence, et convoyait les âmes des trépassés dans le séjour des ombres. On l'adorait sous la forme d'un chêne. Etant aussi considéré comme l'arbitre des batailles la superstition l'invoquait sous la figure d'un javelot.
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Les peuples de la Gaule croyaient à l'immortalité de l'âme et à la métempsycose. La nature était surtout l'objet de leur culte. Ils n'érigeaient point de temples et se réunissaient au milieu des sombres forêts dont le le pays était couvert. Dans les calamités, ils immolaient des victimes humaines pour se rendre leur dieu favorable. Les Teutons ou Germains pratiquaient les mêmes rites et nommaient le souverain du ciel Teut, abréviation de Tentâtes.
Les druides étaient les prêtres des Gaulois. Druide signifie devin. Gaule ou gault veut dire bois : la contrée des forêts, le Canada, si vous voulez.
Comme chez les devins égyptiens, les druides étaient les dépositaires des sciences. Ils enseignaient la théologie l'astronomie, la cosmographie, la physique et l'histoire naturelle.
Leur principale cérémonie religieuse, du moins celle qui revêtait le plus d'éclat, consistait à recueillir, en la ' coupant avec une faucille d^or, la plante appelée ghi qui pousse sur l'écorce des chênes. Cela avait lieu au premier jour de l'an et, par conséquent, si je ne me trompe, le 2 1 décembre, date de l'année oii le soleil reste le moins longtemps sur l'horizon. Ils célébraient aussi par des feux de joie le 21 juin, le jour le plus long de Tannée ; c'est notre Saint-Jean-Baptiste.
L'endroit où la solennité du ghi sacré attirait davantage les foules, à cause de sa pompe et des croyances vivaces qui s'y concentraient, est aujourd'hui le département d'Eure et Loire, dans une localité entre Chartres et Dreux, villes situées à huit lieues l'une de l'autre. C'était le centre spirituel, la Rome de cette religion primitive. Le plus grand nombre des colons du Canada, durant les trente années qui suivirent la mort de Champlain, venaient de cette région. Rien d'éton-
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nant qu'ils aient transporté ici un souvenir, même imcompris, de ce qui existait depuis le temps de leurs pères.
M. C. Leber, un savant français qui a étudié ces choses. anciennes, dit : " Le grand sacrifice du gui de Pan neuf se faisait avec beaucoup de cérémonies, près de Chartres, le sixième jour de la lune, qui était le commencement de l'année des Gaulois, suivant leur manière de compter par les nuits."
La Guignolée descend en ligne directe du jour de l'an des Gaulois. C'est une réminiscence qui date de trois mille ans. Conservons-là, elle en vaut la peine, puisque tant de races qui nous entourent n'ont rien à nous montrer d'aussi vieux.
" De toute ces traditions, nous n'avons importé en Canada que la mascarade du ler janvier et le chant de la Guignolée, mais dans plusieurs pays de l'Europe, le gui ou rameau des spectres est un objet de vénération auquel on attribue une grande puissance," dit M. Ernest Gagnon. J'observerai que la coutume en question n'a pas plus dégénéré en Canada qu'en France. Dans les deux cas, c'est la perpétuation d'un souvenir et si les savants sont impuissants à éclairer les Français du dixneuvième siècle sur les détails de cette célébration, il est certain que nos gens sur les bords du grand fleuve Saint- Laurent, sur le Saguenay et l'Ottawa, maintiennent la tradition aussi bien que dans n'importe quelle contrée de la France.
Le mot ghi^ dans la langue celtique signifiait " guérissant tout." C'est une plante parasite de la famille des chèvrefeuilles dont la semence s'attacha à l'écorce
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de certains arbres tels que le chêne, le pommier, l'aubépine. Les feuilles ont une saveur amère et une apparence mucilagineuse. Le fruit renferme une substance visqueuse qui sert à faire de la glue. Pline, qui vivait en l'an 70 de notre ère, dit qu'on utilisait cette pulpe comme contrepoison. Le gui, s'entortillant autour du tronc de l'arbre qui le supporte, y forme une touffe toujours verte qui produit un bel effet durant la saison des neiges dans les climats du nord tempéré.
Aussi lorsque l'hiver attriste la nature,
Le gui, sur un vieux chêne, étale sa verdure.
Pline parle longuement de cette plante et explique qu'on en tire une sorte de térébentine. Il raconte que les druides de son temps l'avaient en grande vénération à plusieurs titres. Nos dictionnaires ont emprunté a cet auteur tout ce qu'ils nous faut savoir à ce sujet.
Chez les latins on disait visaiin pour rappeler la matière visqueuse du fruit. Les Italiens disent encore vischio et visco par la même raison, tant pour l'arbuste que pour le fruit.
Les saxons le nommaient misteîtan^ brindille, ramille ou petites branches des brouillards. Les Anglais en ont fait mistletœ. Tous les Scandinaves le révèrent sous le nom de mistelteinn.
Il existe soixante-et-quinze sortes de parasites de cette famille, mais celle du chêne et du pommier sont les plus renommées. Le gui est européen par excellence, assuret-on.
En Angleterre il y en a peu sur les chênes quoique les pommiers en portent beaucoup. Comme au temps des fêtes de Noël les Anglais décorent leurs demeures de fes-
tons verts composé de cette plante si riante et si souple qui se prête aux caprices de l'ornementation ; et parce que leur pays n'en donne pas en abondance, ils ont recours à la Normandie et la font ainsi venir des lieux où vécurent nos ancêtres. Elle y pousse à foison sur les pommiers, à défaut des chênes qui sont disparus à présent.
Vive la pomme de Normandie, gloire à la fameuse du Canada !
Ah ! précisément, je voulais m'arrêter sur ce point : nos pommiers ne nourrissent pas le gui. Pourquoi ? mystère ! avec quarante degré au-dessous de zéro.
Les branches de gui que les fleuristes d'Ottawa vendent aux approches de Noël, viennent du Kentucky et de la Virginie... et encore se sont des branches de houx !
Citons le dictionnaire de Bescherelle :
" C'était une grande cérémonie chez les Gaulois quand on devait cueillir le gui de chêne, qu'ils regardaient comme sacré. Leur chef montait sur le chêne, coupait le gui avec une faucille d'or, le premier jour de l'an, et on le distribuait au peuple comme une chose sainte en criant : Ati giii^ Pau neuf / pour annoncer la nouvelle année. Suivant eux, l'eau du gui fécondait les animaux stériles, et offrait un préservatif contre toutes sortes de poisons."
César soumit la Gaule par les armes soixante ans avant la naissance de Jésus-Christ.
Velléda ou Véléda, prophétesse de la Germanie vivait
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cent-trente ans pins tard. Elle habitait nne tonr élevée, sur les bords de la Lippe, rivière d'Allemagne, qui tombe dans le Rhin, près de Hamm et Wesel aujourd'hui. Ses compatriotes l'honoraient comme une divinité vivante. C'était une druidesse du même genre que celles des Gaules. Son influence s'exerçait jusque dans le pays de Chartres dont nous avons parlé. Chateaubriand l'a mise en relief dans ses Martyrs. En 70 de l'ère chrétienne (au moment où Titus s'emparait de Jérusalem) elle prit part à un soulèvement de la Gaule contre les Romains, puis, se ravisant, elle aida Céréales à pacifier les nations révoltées, mais, plus tard, en 85, elle essaya d'exciter une nouvelle insurrection, fut prise par Rutilius Gallicus, conduite à Rome, et figura comme captive dans un triomphe. Ce fut le coup de grâce porté aux dernières espérances qu'entretenaient les Gaulois, néanmoins la religion druidique ne périt pas encore puisqu'il faut se rendre au VI siècle pour la voir disparaître. La guignolée résista tout de même.
Clovis, arrivant de la Germanie avec ses Francs, remportait la victoire de Tolbiac en 496 et bientôt fondait dans la Gaule, où se mêlaient déjà tant de nations diverses, ce royaume de France qui devait subsister durant une longue série de siècles.
Pour revenir à la fête du gui et sa transformation \ en guignolée, il n'y a qu'à voir ce qui en reste ^ encore aujourd'hui. Si l'histoire des quinze ou seize derniers siècles est muette à ce sujet c'est à cause de la déplorable habitude qu'elle a de confiner ses récits aux palais des rois et aux châteaux des grands, mais c'est de l'histoire bien réelle et bien vivante que cette coutume traversant les âges pour arriver jusqu'à nous !
A la place du chêne sacré, du gui, de la faucille d'or que nos pères ont oubliés avec le paganisme, la vertu
de la charité s'est fait l'inspiratrice de l'antique solennité rajeunie, de sorte que nous recueillons des aumônes pour les pauvres en célébrant, comme les Gaulois, l'aurore de la nouvelle aimée.
Le dernier jour de décembre nous chantons la guignolée. Je me demande depuis quand cela a lieu le 31, puisque la date ancienne devait être, sous les druides, le 2 1 décembre et, de par le christianisme, le 25, jour de Noël. La réforme du calendrier (1582) qui reporte le commencement de l'année au premier janvier, a-t-elle induit nos gens à déplacer la démonstration de manière à l'amener au 31 décembre ? C'est possible.
Puisque j'approche ici du Canada, laissez-moi vous mettre sous les yeux ce que ]\I. Joseph-Charles Taché écrivait en 1863 dans les Soirées Canadiennes :
" Ce mot La Ignolêe^ désigne à la fois une coutume et une chanson, apportées de France par nos ancêtres ; elles sont aujourd'hui presque entièrement tombées dans l'oubli.
" Cette coutume consistait à faire par les maisons, la veille du jour de l'an, ime quête pour les pauvres (dans quelques endroits on recueillait de la cire pour les cierges des autels) en chantant un refrain qui variait selon les localités, dans lequel entrait le mot La Lgnolée^ guillonée^ la gnillona^ agiiilanleii^ suivant les dialectes des diverses provinces de France où cette coutume s'était conservée des anciennes mœurs gauloises.
" ]M. Ampère, rapporteur du Comité de la langue^ de Vhistoire et des arts de la France^ etc., a dit, au sujet de