UE5PRIT FRAPPEUR
-^^sE vieillard qui m'a raconté cette histoire est plein I jr de vie.
I <^ Lisez, n'ayez pas peur ; ensuite, passez le livre
"^"'"^^i^^' à votre voisin.
C'est le vieillard qui parle :
Cette nuit-là, nous n'avions pu dormir dans la maison. Soit l'effet de la chaleur du poêle — dans lequel j'avais mis une bûche de forte taille sur les onze heures — soit autre chose, nous étions tous éveillés — ma mère, ma sœur, mon petit frère et moi, lorsque vers quatre heures du matin nous entendîmes une succession rapide de coups frappés comme avec le joint des doigts d'une main fermée sur les panneaux d'une porte.
Pan, pan, pan, pan, etc, etc.
— Quelqu'un- frappe à la porte, dit ma iTïère.
Sans trop me rendre compte de ce que je faisais, je sautai à bas du lit et en moins de trente secondes j'étais dehors.
A la porte, sur le trottoir, dans la rue — personne.
Je remontai l'escalier et fit mon rapport en conséquence.
— Voilà qui est étrange, remarqua ma sœur, nous avons entendu très distinctement les mêmes coups...
Elle n'acheva pas — le frappement venait de recommencer. C'était, à ne pouvoir se tromper, dans la direction du bas de l'escalier, vers la porte qui donne sur la rue.
Sans réfléchir, ou plutôt obéissant avant tout à ma nature impétueuse, je m'élançai vers l'escalier pour avoir raison de cet étrange signal, mais ma mère, ma sœur et mon jeune frère ne firent ensemble qu'un bond au devant de moi pour m'empêcher d'exécuter ce dessein. Je les regardai avec' surprise. Leurs traits bouleversés, la pâleur de leur visage, leurs gestes, tout me disait en moins de temps qu'il en faut pour le lire, qu'une terreur soudaine s'était emparé d'eux.
Je vous avoue que je ne perdis pas un instant — je fis de même et commençai à trembler de tous mes membres. J'avais peur de l'audace que je venais de montrer — peur de n'avoir pas eu peur d'abord.
Quel reste de nuit nous passâmes ! Je ne vous la raconterai pas, c'est à vous de l'imaginer, si jamais il vous est arrivé d'avoir eu peur, peur, peur, peur !
Dès le matin, tout le voisinage savait notre aventure. Je dois dire que nous l'avions racontée très honnêtement— correctement, si je puis m'exprimer ainsi — mais il fallait voir les transformatiens qu'elle subissait en passant de bouche en bouche ! Ma mémoire, un peu rebelle à soixante-douze ans, en a retenu à peine quelques détails. Ce fut pendant cinq jours le sujet de tous les commérages du quartier.
Nous-mêmes, effrayés ontre mesure par ces récits impossibles, nous en étions arrivés à ne plus fermer l'œil et à requérir les services de nos voisins assez complaisants pour venir coucher chez nous chaque soir.
Enfin le sixième jour, nous reçûmes la nouvelle que
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}'iui de nos cousins, parti pour un voyage, avait été tué dans un accident de chemin de fer.
En comparant la date et l'heure de sa mort, nous nous aperçûmes a ne cela correspondait à la nuit et à l'heure où les coups mystérieux avaient frappé nos oreilles . . .
Le conteur, nous voyant sous l'empire d'un saisissement facile à comprendre, en profita pour suspendre son récit, allumer sa pipe et tisonner un tantinet le feu de cheminée qui jetait dans la chambre ses lueurs tremblottantes.
Un instant après il reprit :
Cette fois, le village entier se mêla de l'affaire. Notre -demeure devint l'objet de la curiosité publique ; c'était â qui s'y montrerait le nez. On n'a pas d'idée de la multitude d'anecdotes qui coururent à ce sujet sur notre compte, et sur le compte de toutes les familles où des événements de cette nature s'étaient produits autrefois, car il est bon de vous dire que j'ai toujours été étonné d'entendre, à la moindre mention d'un fait merveilleux •ou tout simplement inexpliqué, nombre de personnes en citer vingt autres analogues et tous plus ou moins attachés à leur histoire intime.
Deux jours et deux nuits se passèrent sans nouvelle manifestation du phénomène.
Nous vivions en compagnie d'une vieille tante et de son frère, lesquels étaient accourus chez nous à la nouvelle de ces événements singuliers.
Le troisième jour, en plein midi, comme nous allions nous mettre à table, pan, pan, pan, pan ! . . .
Ma tante et ma sœur s'évanouirent. Ma mère et mon frère poussaient des cris, tandis que mon oncle et mm nous nous précipitions dans le corridor, d'où semblaient venir les coups en question.
Rien dans le corridor. Rien à la porte que nous ouvrons toute grande. Notre bcn chien Scapin, souple épagneul aux yeux intelligents, se démenait dans nos jambes comme s'il eut compris ce qui se passait, et paraissait très mal à l'aise de notre embarras. Je le caressai avec affectation, dans l'espoir que ma mère et mon frère qui nous avaient suivi, jugeraient par là que je ne faisais pas un cas majeur de ce que nous venions d'entendre. Le gentil Scapin retourna tranquillement se coucher sur la peau de mouton teinte qui lui sei^vait de canapé au bas de la porte du salon. Déjà, ma sœur et ma tante étaient revenues à elles. Nous nous retrouvions dans la salle à manger .... mais pas d'appétit parmi nous, je vous l'assure !
Vous ne saurez jamais par quelles transes nous passâmes durant les quinze jours qui suivirent. Il suffit de vous mentionner, outre le va et vient des gens, les deux nouvelles alertes qui nous survinrent, l'une à cinq heures du matin, et l'autre vers huit heures du soir. Cette dernière eut lieu au moment où monsieur le curé était à la maison, et il put certifier avoir entendu le roulement de dix ou douze coups rapides, frappés comme avec le doigt replié dans la porte de la rue.
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Le lendemain, monsieur le curé vint trois fois. Il ne s'était rien produit de nouveau. A voir la façon dont il branlait la tête lorsque nous abordions ce sujet, je pensais bien qu'il avait conçu des doutes, et qu'il guettait iine occasion propice pour adopter une opinion là-dessus. Il avait prié, il priait chaque jour avec nous à cette intention, toutefois, il prétendait que si le bon Dieu avait voulu se servir de moyens surnaturels pour nous donner des avertissements, etc., nous saurions à cette heure ce que cela signifiait. Le bon Dieu, disait-il souvent, ne fait pas de farces ; — s'il veut communiquer avec nous par de semblables procédés, il est bien étonnant qu'il prolonge et qu'il n'en soit pas encore venu aux explications. Enfin, attendons encore, nous verrons...
Comme il parlait, le dos tourné au poêle du corridor qui chauffait à toute ardeur, et les yeux fixés sur mon chien Scapin qui reposait presqu'à ses pieds, le long de la porte du salon, comme d'habitude,... pan ! pan ! pan !... trois coups distinctement frappés dans la porte du salon nous firent bondir de stupeur.
— Ah ! ah ! ah ! fit monsieur le curé sur un ton moitié riant, moitié surpris, en voilà une bonne ! ah ! une bonne ! ! Je m'en doutais bien, mais...
Pan ! Pan ! Pan !... reconimença.
Et tous nos yeux suivirent la direction de ceux du curé qui se fixaient sur mon bon chien Scapin, lequel avait relevé sa tête quelque peu et de la patte gauche de derrière se grattait le flanc avec un entrain superbe. Cette patte gauche repliée à demi formait un coude dur et ferme qui toquait d'aplomb dans la porte à chaque mouvement de la bête.
De là les coups secs, pan, pan, pan, qui nous avaient presque fait mourir de peur et dont le bruit incompréhensible avait tant occupé le ^ ublic.
Là-dessus, le bonhomme secoua les cendres de sa pipe, nous regarda un instant, puis, jugeant que l'historiette avait produit son effet — il éclata de ce rire franc et clair de narquois heureux du tour qu'il vient de jouer à ses auditeurs.
Pour ma part, j'avais commencé à rire dès le début de la soirée, en l'entendant parler d'accident de chemin de fer qui se serait passé, il y a plus de cent ans, et à cause de cet anachronisme, je n'avais pas beaucoup cru au merveilleux de l'esprit frappeur.
Et vous ?
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('ÉTAIT un original que le colonel Pion des Loches^ de l'artillerie de la garde de Napoléon I , tellement à part du commun des mortels qu'il iiv^ait un nom impossible : Pion des Loches !
S'il eut dit le mot de Cambronne à Waterloo, nul ne s'en serait occupé, à cause du nom bizarre, flasque et pâle de l'auteur.
Mais Cambronne, Cela sonne Et personne Ne s'étonue.
Voilà au moins des vers qui ne seront pas couronnés par l'Académie. Je les ai faits dans ce dessein.
Pion avait la louable habitude d'écrire de longues lettres à sa famille, à travers le fer, le feu, les bataillons les marches et les avaries de la guerre. On a tiré de ces papiers la matière d'un volume intitulé : Mes campagnes.
Ce qu'il voit des grandes opérations stratégiques et des combats auxquels il a été mêlé, ne dépasse pas un
rayon de cent pieds autour de sa propre personne, mais cela il le voit bien et le raconte de même.
La vie du soldat et du petit officier est peinte sous sa plume ; pas moyen de s'y tromper. Les hauts panaches ne ressemblent pas aux simples coiffures que porte la masse des troupes. De même, dans les arrangements et les combinaisons des chefs, on ne voit que des manœuvres à grand effet, mais rien des mouvements de ces êtres qui grouillent en bas et gagnent des batailles sans savoir comment ils arrivent à de pareils triomphes.
La vie du troupier est toute d'obéissance et de sacrifice. La conception des autres choses ne lui est pas interdite ; elle ne lui est pas demandée non plus. Simple rouage dans une immense machine, il va jusqu'à ce qu'il casse — et alors on le remplace.
Très amusant, la guerre !
Pion allait son chemin, entraîné ou poussé, avec une tranquillité parfaite, ce qui implique la bravoure et le savoir-faire. On l'avait mis là : '* très bien, j'y suis ; comptez sur moi." Voilà tout.
— Portez vos quatre batteries au flanc de ce coteau, pour commander la route !
Les batteries partaient à fond de train et pointaient leurs canons en plongeant sur le lieu indiqué. A quoi cette manœuvre pouvait-elle servir ? Pion ne se le demandait même pas, vu qu'il ne connaissait en rien le plan d'ensemble de l'affaire. On lui eut dit : " Faitesvous tuer ici, afin que l'ennemi ne passe pas," il se serait fait tuer, pour la bonne raison que c'était l'ordre.
— Qui diantre vous a fiché ici avec des pièces de six ! c'est absurde.
— Mon général, c'est un aide-de-camp de l'empereur.
— Ah ! Parfaitement. Les mazettes parlent ordinairement au nom de l'empereur. Rétrogradez au galop et plantez-moi vos canons sur cette pointe, là, voyezvous ? et tirez à feu roulant sur les colonnes qui vont déborder de ce côté.
Pion, docile, rassemble ses attelages, lance toute la boutique en avant et prend possession de la pointe de terre. Aussitôt arrive une ordonnance :
— Pas de ça ! descendez la côte. Barrez l'avenue où passent les convois de l'ennemi !
— Triple galop ! En avant ! houp !
On barre l'avenue et on attend. Pas de convois visibles, parole de Pion !
Trente minutes plus tard, l'empereur survient, s'arrête et dit :
. — Qu'est-ce que c'est que cette manigance ? Repliezvous sur la Garde ! Rien à faire ici.
La bataille était gagnée.
Ordres et contre-ordres, c'est le service. Rester impassible et obéissant, au milieu de ce bazar, caractérise le vrai soldat.
Les hauts panaches savent ce qu'ils font ; les soldats doivent songer à bien faire ce qu'on leur ordonne.
Pion ne regardait Napoléon que comme un général connaissant sa besogne ; empereur, il ne l'aimait pas. A la tête de l'armée, il l'acceptait. Aussi, jusqu'à 1808, il est assez content — mais dès que les guerres de
conquêtes commencent, il écrit à sa femme que tout va mal tourner — et il était prophète. Napoléon, de 1796à 1807, se défendant, est sublime. De 1808 à 1812,. attaquant, c'est un autre homme. De 181 3 à 1815, il est de toutes formes et couleurs. Tombé, il fut grandencore une fois.
Pion nous dit que l'armée pressentait la chute, dès 181 2, en marchant sur Moscou. Et il va plus loin, il affirme que, en 1808, les officiers supérieurs exprimaient déjà leur mécontentement, si bien que, de grade en grade, en descendant toujours, ce sentiment atteignit le dernier rang. Il devait en être ainsi, du moment que les favorisés du sort étaient les premiers à se plaindre de la continuité des guerres.
La bataille de la Moskowa (7 septembre 181 2), racontée par Pion, est à lire. J'abrège, je condense le récit en peu de lignes :
Depuis trois jours, on disait : " C'est visible, une grande affaire va avoir lieu." Cela ne nous faisait ni chaud ni froid. Quand on a vu Rivoli, Austerlitz, léna, Wagram, etc, c'est toujours la même sarabande : à droite, à gauche, eu arrière, en avant, immobile, pressez le pas, tirez, ne tirez plus ! Eh bien ! vous concevez, on ne tient pas compte de ceux qui tombent autour de nous.
Le matin en question, calme complet dans l'artillerie de la garde — et pourtant, il y avait des tremblements de terre sur notre gauche : c'était la cavalerie de Murât qui se démenait.
La bataille était engagée avec les Russes, sur quatre lieues de terrain, où l'ennemi se présentait partout, et nous n'en savions rien.
J'ordonne la soupe, comprenant bien que nous ne pouvions nous battre le ventre vide. La soupe servie, à
midi juste, l'empereur arrive, la goûte, la trouve bonne,. en mange et la Garde (trente-six mille hommes de toutes armes) commence à chanter victoire : il avait mangé de la soupe du soldat !
Napoléon les remercie d'un geste amical et, choisissant un tout petit monticule de sable, il s'y asseoit, en nous regardant, comme s'il eut été dans un salon.
Le canon se mettait à gronder avec fureur sur notre droite. Je comprenais très bien que nos deux ailes étaient engagées contre l'ennemi et que la Garde, placée au centre et en arrière de cette longue ligne de bataille, servait de réserve pour porter le coiip de la fin.
Les aides de camp arrivaient, de minute en minute, rendre compte de ce qui se passait, et souvent ils demandaient le secours de toute ou partie de la Garde, mais l'empereur fouettant le sable de sa cravache, répondait toujours :
— Non, non ! suivez le plan convenu.
Le temps s'écoulait. Napoléon avait l'air bien ennuyé ; de fait, ij était malade. Nous attendions les événements — à peu près aussi rassurés que des hommes exposés à être pendus.
Très amusant la guerre !
Les nuages de poussière, le fracas de Tartillerie, les trépidations du sol sous les pas des che\'aux, tout cela se
jS HISTORIETTES ET FANTAISIES
Tapprochait et nous devenions le milieu d'un capharnaûm difficile à décrire. Le froid était déjà piquant, le 7 septembre !
Sans quitter sa butte, le Petit Caporal donne un ordre, à peu près comme qui dirait : " Servez les huîtres " et, tranquillement, les hommes de l'artillerie de la Garde cessent de jouer aux cartes et de conter des contes ; on reforme les rangs plus ou moins ; nos canons s'alignent sur le rebord d'un terrain qui va un peu en pente. Entre chaque batterie on fait un large vide, de manière à laisser passer notre cavalerie qui est au deuxième rang. En arrière, les soldats d'infanterie se placent — mais tout cela se fait avec mollesse : nous n'éprouvons pas encore l'empoignement du combat.
Reprenons nos sièges sur le canapé des vaches. Moi je fais un somme, songeant que la fortune et l'ennemi viennent en dormant.
Arrivent encore des aides-de-camp, qui repartent emportant le même mot :
— Suivez le plan. Je ne veux pas faire démolir la Garde.
Le tas de sable, avec son homme dessus, était à voir, foi de Loche !
La bataille rageait, à droite et à gauche. Petit à petit, nous nous dégourdissions ; le moment de partir en guerre arrivait.
A quatre heures, devant nous, sur les terres un peu plus basses, des masses de troupes se dessinèrent, semblables aux vagues de l'océan, avançant avec menace
de notre côté. Le tapage était devenu infernal. Murât d'un bord, Ney de l'autre culbutaient les deux flancs de l'ennemi sur son centre et celui-ci formait un point d'appui pour tous les Russes qui, maintenant, voulaient percer, par le milieu, la ligne de bataille des Français. Si ce n'est pas cela, si je n'ai pas bien vu ce qui se passait, prenez-vous-en à la poussière dont l'air était chargé.
Napoléon fit signe d'amener son cheval et monta en selle avec nonchalance. Je l'avais vu plus alerte que cela en Italie !
Le maréchal Lefebvre duc de Dantzig qui commandait la Garde, adressa des ordres aux chefs de corps. Tout se redressa : le frisson qui animait nos vétérans électrisait jusqu'aux chevaux.
Un nuage immense, composé de poussière et des fumées de la poudre s'étendait partout, mais nous distinguions la marée montante des Russes qui arrivait sur nous.
Napoléon se tournant vers le maréchal Lefebvre, lui dit : " Allez î "
Lefebvre sauta à cheval, tira son épée et d'une voix éclatante, avec des éclairs dans les yeux, il cria •
— En avant, la Garde ! toute la Garde !
Ce fut un coup de théâtre. Mes canons crachèrent trois fois sur la marée russe, puis les cavaliers passèrent, comme des torrents déchaînés, entre nos batteries pour se ruer sur les masses sombres que la mitraille et les boulets avaient arrêtées un instant dans leur marche. Après cela vinrent les corps d'infanterie, l'arme au bras,
So HISTORIETTES ET FANTAISIES
graves, alignés, marchant au pas mesuré, comme à la parade, et comptant sur la baïonnette pour terminer la journée.
Très amusant la guerre !
Pion des Loches se borne à ajouter que, le lendemain, on connvit que c'était une victoire.
J'ai taché d'imiter les allures de l'auteur, tout en abrégeant ses récits. Que je voudrais donc avoir assez d'espace pour parler de la retraite de Moscou jusqu'à Wilna ! Pion des Loches s'y est montré habile à soigner sa table, lorsque toute l'armée mourait de faim. Un type, ce Pion !
E' ARTICLE sur Pion des Loches nous a conduit en France. J'y suis, j'y reste — et cela d'autant plus volontiers que Paris et ses environs ^^^ abondent en souvenirs canadiens.
Je me promène dans la rue du Canada, j'arrive aux casernes de la Nouvelle-France, je visite l'emplacement ^e l'ancien cimetière des Innocents, près duquel fut assassiné Roberval, au lieu de périr en mer, comme le dit une légende.
C'est dans la banlieue surtout que je retrouve les choses de notre passé. La ville mesure trois lieues en travers ; elle est ronde ; alors parcourez la lisière de terre, large de cinq ou six lieues, qui l'entoure et vous ferez un voyage de ceinture de la même longueur que d'Ottawa à Montréal, ou de Montréal aux Trois-Rivières — c'est pourquoi la ville des Trois-Rivières a une banlieue elle aussi.
Meudon, sa terrasse, ses jardins, ses bois charmants, me tentent tout d'abord. En 1871, les Prussiens bombardèrent le quartier Montparnasse de Paris du haut du terre-plein de Meudon. Rabelais était curé de Meudon
en 1 545-1 553 et il y écrivit son dernier ouvrage, dans lequel il fait sans cesse allusion au Canada. C'est de Jacques Cartier qu'il tenait ses renseignements, et je pense bien que notre découvreur a dû le visiter chez lui ; cela me paraît d'autant plus probable que, pour aller de Saint-Malo à Fontainebleau, où était François I, on passe par Meudon. Regrettez-vous maintenant d'être sorti de la ville pour aller dans la campagne voir une page de l'histoire du Canada ?
Entendez-vous une voix qui chante, du côté du bois de Clamart ?
C'est dans Paris, y' a t'une brune, Elle est plus belle que le jour !
Hé, mais ! c'est comme chez nous.
Je monte ensuite à la terrasse qui ressemble à celle de Québec et je vois Paris. En tournant mes regards dans la direction opposée, j'aperçois Chaville, remarquable par une immense allée de promenade, entièrement ombragée d'arbres importés du Canada, je ne sais par qui, mais le fait est certain. Chaville est une retraite délicieuse pour les malades et les vieillards.
Nous partons à pied pour aller à Versailles ; un bon bout de chemin, mais la route est si belle ! Voici la ville, les palais se dessinent, nous entrons dans la cour
d'honneur, je salue Louis XIV sur son grand cheval ; il demeure impassible, mon sang canadien fait un tour, je deviens hardi et j'apostrophe le roi :
— Tu ne me reconnais pas ? Parce que tu es coulé en bronze, te figures-tu que tu peux échapper à la présence ■de l'un de tes créanciers ? Tu as blagué les Canadiens en ton temps, et pour les adoucir, tes ministres ont formé à Versailles un musée qui porte notre nom : raquettes et mitasses — mais cela ne paye pas ta banqueroute de 1715 ; il reste à rendre compte du château de Versailles, bâti avec nos castors. Sire, vous nous devez plus que vous ne pesez et comme nous sommes bons princes, làbas en Amérique, je vous donne quittance générale, à la seule condition que tous les Canadiens visitant Versailles soient reçus comme chez eux dans ces murs qu'ils ont payés. Est-ce entendu ? Oui — topez-là, mon roi, et sans rancune.
Voilà comment je traite avec les puissances. On a souvent besoin d'un plus petit que soi — et Louis XIV exerce encore un certain prestige sur le monde. Je lui enverrai une caisse de sucre d'érable.
A Versailles, j'ai un ami, Mauzaise — un drôle de corps. C'est lui qui se charge des fils des mandarins chinois qui vont en France apprendre l'art de rouler les diplomates de la République, depuis Thiers jusqu'à Loubet inclusivement. Ah ! si je vous racontais tout ce qiie je sais là-dessus — mais le Canada n'y est pour rien.
OÙ allons-nous ? Grave question en politique — pas en voyage. Nous faisons un crochet et de suite, le chemin de fer aidant, nous arrivons au bois de Boulogne, la paroisse du curé Boulard, en 1765. Vous souvient-il de Bougainville, le grand navigateur ? C'est à Boulogne qu'il s'arrêta un instant après être revenu du Canada et il y enleva, haut la main, le curé, qui était trop savant pour le petit monde qu'il desservait. L'abbé Boulard fut emballé et dirigé vers le Havre, d'où il partit pour faire le tour du monde — périple qui dura trois années. Ce prêtre savait le Canada par cœur. Bougainville nous appartient ; l'abbé Boulard aussi. On marche dans les souvenirs canadiens aux portes de Paris, et cependant combien de nos gens qui se promènent dans ces endroits n'en savent pas le premier mot ?
Il faut que je retourne vers l'ouest ; je veux revoir Marly, le petit château de plaisance de Louis XIV, où il signait des édits sur la tenure seigneuriale du Canada et même nous accordait la faveur de posséder des esclaves nègres — complaisance royale que nous n'avons pas acceptée.
L'histoire du Canada est ici partout. Evoquez un nom de lieu ou celui d'un homme, et je rattache de suite mon pays à ce que vous dites. Tenez 1 nous entrons
dans Paris, pour arriver aux Gobelins, sur la petite rivière Bièvre — je vois, dans le passé lointain, un monde de castors du Canada travaillé par les industriels, pour en faire des chapeaux . . de soie. Bièvre et castor, c'est le même mot. On appelait " pelletiers " ceux qui se livraient au commerce des peaux fourrées.
Nos familles Pelletier sont de nobles origine, puisqu'elles procèdent du castor... national.
Vous savez ? on part de Paris et, en moins de rien, on est à Saint-Germain-en-Laye. Quelle contrée pour un poète ! Quel souvenir au cœur du Canadien ! C'est là que, en 1631, le roi Louis XIII signa ce fameux traité qui rendit le Canada à la France — mais il n'obtint sa colonie qu'à condition que la dot de la reine d'Angleterre, sa sœur, serait payée intégralement. Pauvres Canadiens, nous prenions part, ainsi, aux mariages des souverains.
Montmorency n'est pas loin. Le duc qui portait ce nom fut notre vice-roi. La cascade située près de Québec n'a rien de comparable à la chute qu'il fit luimême, car il perdit la tête sous la hache de Richelieu. Le nom primitif de la famille Montmorency était Bouchard, aussi lorsque le chef de cette famille vota pour l'abolition des titres de noblesse, en 1789, M. de
Talleyrand s'approcha de lui, et, levant son chapeau, prononça un " bonjour monsieur Bouchard ! " qui eut du retentissement à Versailles.
Près de Montmorency il \- a Montmagny, un nom passablement canadien.
Nous entrevoyons Patliay, champ de bataille où fut tué Pascal Comte, zouave canadien.
A Champigny, au sud-est de la ville, est né Etienne Brûlé qui remonta le premier la rivière Ottawa, vit le premier le lac Huron, le lac Supérieur, le lac Erié, la Pennsylvanie, la bouche de la Susquehanna et ne s'en p )rta pas plus mal. Tout cela de 1615 à 1623.
Je vois d'ici le donjon de \^incennes où fut enfermé le prince de Coudé, alors notre vice-roi — si bien que cet événement, en le faisant se tenir tranquille, donna naissance au grand Condé.
La forêt de Bondy n'est plus que l'ombre d'elle-même, l'ombre d'une forêt redoutée. Qui nous dira si la famille canadienne de Bondy tenait de près ou de loin à cette localité ? Le premier Bondy du Canada venait de la paroisse Saint-Germain l'Auxerrois, de Paris, à deux pas de la place où un limonadier des Trois-Rivières établit plus tard un débit àe John Collins et fut guillotiné sous Robespierre. Quand je me promène dans Paris et ses environs, je retrouve partout des miettes de notre ancien temps.
La Malmaison. N'allez pas croire que je la mentionne à cause de mon oncle Napoléon I, mais c'est de là que partit en 1811 la dépêche disant à Madison, président des Etats-Unis : " Prenez le Canada, je vais occuper l'Angleterre en Europe, de manière à lui ôter l'envie de vous gêner." Le Canada avait bec et ongles — c'est ce que ni l'Angleterre, ni Napoléon, ni Madison ne soupçonnaient.
Je crois bien avoir fait le tour de la banlieue de Paris, en serrant de près les murailles de la grande ^dlle. vSi nous nous élevons un peu au nord de cette zone, nous entrons dans le \'exin-Français, petit territoire, autrefois reconnu comme une province, et qui avait ses lois propres. C'est du Vexin-Français, et non du Vexin- Normand, que nous avons reçu nos premières lois. Je pourrais dire, avec Molière : " Aristote, là-dessus, proclame de fort belles choses ! " mais trop de science devient encombrant. Le Canada a d'abord été régi par la coutume du Vexin et, après 1665, par la coutume de Paris, dans laquelle Colbert avait fait enclaver la coutume du Vexin. Il avait simplement oublié de donner à une colonie agricole un code agricol. Ainsi, vous voyez !
Je traverse Paris en long et en large, sa banlieue, ses environs, me retrouvant toujours au Canada, mais je constate que le sucre d'érable n'y est pas connu.
Cependant, écoutez ! le portier du ministère de la Justice, à Paris, est un Montréalais, et il sucre son café avec le produit de notre arbre national. Ses confrères apprécient l'arôme toute particulière de notre sucre — son goilt exceptionnel — et ils s'imaginent que c'est là un secret i)iobtenablc ; pourtant nous offrons ce secret à tout le monde.
Un restaurateur à qui je parle du sucre d'érable, finit par comprendre que c'est le produit d'une contrée lointaine, et il s'écrie :
— Je vous prenais pour un Français !
— Français je suis, mais Canadien.
— ... Du pays des cannes, alors ? Cannes à sucre.
Je me suis mis à parler anglais incontinent, et je l'envoyai se faire sucre.
Faisons de nouveau le grand tour de la banlieue et, sans nous attarder nulle part, relevons les noms des localités : Gentilly, Grosbois, Lachesnaye, l'Ange-Gardien, Châteaufort, Argeiiteuil, Beaumont, Montesson, Beauregard, le lac Supérieur (bois de Boulogne.) Tout cela frise le Canadien.
Allant de Chaville à Meudon, je rencontrai l'un de mes amis de Montréal qui portait le ruban rouge à la boutonnière. Ceci me surpassait ; je voulus savoir la source de cette faveur gouvernementale. Tout naïvement, mon ami déclara que, sur les boulevards, il avait vu nombre de boutonnières rouges, et puisque c'était la mode il tenait à s'y conformer. J'en profitai pour instruire mon Canadien des us et coutumes, lois et amendes du bon pays de France touchant le port non autorisé des décorations.
C'est probablement le même qui passe pour avoir demandé des straps de rasoir à un boutiquier de la rue Quincampoix, ou encore qui disait à un pur Parisien :
— Me prenez-vous pour un habitant !
— Non, répondit le Parisien, on voit bien que vous êtes un étranger.
Hébert et moi nous rentrons dans la ville par la porte d'Italie, absolument comme Napoléon, le 20 mars 1815,. au retour de l'île d'Elbe, et nous nous rendons à l'atelier de notre sculpteur. C'est un vaste bâtiment situé sur la pente qui domine Grenelle et le champ de Mars. Je mets mes notes en ordre, tout en examinant le dessin du monument de la reine Victoria, que vient de terminer
Hébert. Le moule en est fait d'une double pensée, <lont il me faut garder le secret. C'est dressé pour tout un peuple. Hébert n'en fait jamais d'autre !
Entre-nous, il faut être honnête, si toutefois on ne l'est pas avec tout le monde, eh bien, je n'ai jamais mis le pied en France depuis l'année 1641, soit deux siècles avant ma naissance, mais je me promène souvent dans la banlieue de Paris en imagination, un guide Baedeker à la main.
''AI vu Grenache lever la jambe et casser du baut de son pied le bras d'un colosse qui s'avançait sur lui, armé d'un bâton.
J'ai vu Duhaîme prendre à pleines mains et sortir de la foule un batailleur redouté, puis, le replantant sur ses quilles, lui dire avec une bonhomie charmante :
— Comportez-vous mieux — ce n'est pas joli.
Le capitaine Labelle me montrait un jour une chaloupe attachée à l'arrière du Québec : — Voyez donc, me dit-il, l'imprudence des promeneurs : à peine auronsnous fait deux tours de roue que la vitesse du navire fera chavirer cette embarcation comme une mitaine.
J'avisai Jack Naud qui rôdait aux environs et, en deux mots, lui contai l'affaire. Il sourit, empoigna la chaîne qui retenait la chaloupe, tira à lui, en gognenardant, et embarqua " toute la boutique " à bord du Québec^ en moins de rien. Ce fut une affaire d'importance lorsqu'il s'agit de mettre à terre ce " passager " que cinq hommes remuaient avec peine.
J'ai vu Javotte Rouillard emporter sur son épaule un cochon gelé qui pesait deux cents, et que le boucher, propriétaire de la pièce, avait fait placer, par malice, en travers du chemin de la dite Javotte. Sachez que nous avons aussi nos femmes fortes ! Javotte tenait de son père une puissance de muscles qu'elle a transmise en
partie à son garçon, Joseph-Marie, noyé l'année dernière pour avoir trop présumé de sa résistance à la fatigue.
Le grand-père Rouillard s'attelait un jour sur un *' bateau de roi," et le montait sur la grève, mais voyant qu'on lui marchandait son salaire, il repoussait le bateau au fleuve — ce que dix hommes n'eussent pas été capable d'exécuter. C'est le même qui, d'un coup de poing, tuait raide un soldat anglais, au milieu d'une cinquantaine de ses camarades insurgés contre leur commandant.
Et Cadet Blondin ! qui portait la charge de trois hommes dans les portages. En voilà un voyageur ! Vers 1820, alors que les compagnies du Nord-Ouest et de la Baie d'Hudson étaient en guerre, il chercha refuge, par un soir de tempête, dans un poste de la compagnie rivale. Personne ne le connaissait en cet endroit, mais on voyait bien à ses allures qu'il n'était pas de la "compagnie." Un quolibet n'attendait pas l'autre. Cadet se brûlait les sangs. Après avoir fumé la pipe, quel- <ju'un lui demanda de prendre un petit baril qui se trouvait dans un coin et de le lui passer. Il voulut faire la chose poliment, mais bernique ! l'objet lui glissa entre les doigts. Et les compagnons de rire aux éclats. C'était mettre le feu à la poudre. La poudre c'était Blondin. Quand au baril, il était rempli de balles. En deux secondes, l'hercule se baissa, enleva le malencontreux paquet et le lança contre le pilier qui supportait la toiture. Tout croula comme si une bombe y passait " Et maintenant, dit-il, couchez dehors ; mon nom est Cadet Blondin."
Les anciens m'ont raconté que, durant la guerre de 181 2, un détachement des artilleurs royaux passant à Yamachiche, )■ avait fait halte pour souper. C'était l'hiver. Sur des traîneaux on avait placé les bouches à
feu, et sur d'autres les boulets. Quelques gaillards voulurent s'amuser aux dépens des gens du pays. Trois ou quatre entrèrent chez Blondin, et, sans dire TDonjour ni bonsoir, enfilèrent l'escalier du premier étage. Aux cris des femmes, Cadet accourut. Le premier soldat qu'il saisit passa par la fenêtre, emportant vitres et barreaux, le second de même ; les autres s'échappèrent. Ce fut le signal d'une levée de baïonnettes, pour ne pas dire de boucliers. Les militaires n'entendaient pas avoir le dessous. Cadet, voyant sa maison cernée, s'échappa et courut vers les traineaux — suivi de toute la bande. Alors commença une scène épique — un chant d'Homère. Le Canadien empoignait les boulets, et de son bras formidable, les lançait comme eut fait un canon bien servi. Ce n'étaient point des boules de neige. Bras, jambes, etc, tout se brisait au contact de ces joujous. Le quart de la troupe resta à l'hôpital. Il ne séjourna plus de "réguliers" à Yamachiche durant la guerre.
Je me demande si la force physique est héréditaire -dans certaines nations, certain^ individus, certaines localités.
Oui et non.
Tout dépend de l'influence des milieux.
Suivant les conditions auxquelles est soumise ou se soumet une nation ou une famille, il vient un moment où cette nation, cette famille produit sa fleur. Depuis Adam c'est l'histoire des hommes. Le Canada n'échappe
pas à la loi générale. Grenon, Blondin, Montferrand^ Grenache, Rouillard, et d'autres, bien connus, ont été l'épanouissement d'autant de lignées ou familles qui avant comme après eux, ne surent produire aucun type susceptible de leur être comparé. C'est une fois pour toutes — bien qu'il se présente des quasi exceptions, car il y a, d'une génération à l'autre, progression ou décadence graduées et mesurées, rarement subites. Le père d'un homme fort est plus qu'un " homme du commun," et le fils d'un être extraordinairement doué vaut presque toujours son grand'père mais pas son père.
S'il arrive parfois que, à un siècle de distance, le phénomène de la force musculaire se reproduit, c'est que, durant cette intervalle, la famille s'est retrempée à des sources favorables et que la charpente humaine, muscles, nerfs et os, a emmagasiné, pour ainsi parler, des vertus nouvelles qui, un bon jour, se concentrent dans un second individu constitué comme l'était le premier^ C'est encore influence du milieu, ou des circonstances si on préfère cette expression.
Ces circonstances, cette influence, que sont-elles ? L'air, le sol, le manger, le boire, la vie que l'on mène — en un mot l'hygiène.
Pourquoi dit-on que changer d'air est toujours excellent ? Parceque l'air n'est pas le même à dix ou vingt lieues de chez nous. Les émanations de la terre varient d'une manière étonnante. L'eau qui coule partout n'est pas la même partout, il s'en faut. Un site exposé au nord nous impressionne plus ou moins qu'un autre ouvert à l'est ou au midi ou à l'ouest. Les forêts, qui se ressemblent tant, diffèrent entre elles par les essences qui les peuplent. Les cultures ont des efîleuves particulières à leurs espèces, et celles-ci subissent encore des modifications, suivant les sols où elles poussent.
La nature est un grand laboratoire de chimie, composé de salles, de compartiments, de corridors. Il s'agit ■de tomber dans la bonne chambre. Ainsi, trente familles vigoureuses venues de France, il y a deux cents ans, ont habité une seigneurie privée des conditions requises pour le développement de la vie animale ; aujourd'hui, elles ne nous présentent pas un homme fort — ils sont tous de l'ordre moyen ; peut-être même ont-ils dégénérés au-delà de ce terme. Dans un territoire voisin, trente familles, originairement d'un type moyen, ont vécues sous des influences plus favorables : c'est aujourd'hui une pépinière de fiers-à-bras. Telle paroisse est renommée à cause de ses " bons hommes " ; telle autre, à côté, n'a rien de pareil — c'est logique. L'organisme humain ne nous rend que ce que nous lui prêtons.
Dans l'ensemble, les Canadiens-Français ont acquis en Amérique une force musculaire qui dépasse celle de leurs cousins de France. Les voyages si célèbres de nos compatriotes ont fourni à la race canadienne un contingent énorme de vigueur physique. Ce jeune pays avec son climat sain, son agriculture, ses forêts résineuses, ses eaux si vives et si pures, la quiétude qu'il répand dans les esprits, sa nourriture abondante et riche par ellemême, a rafraîchi le sang des colons, calmé leurs nerfs, affermi les muscles, fortifié leurs os.
Il n'est pas néces.saire d'être savant pour comprendre cela ; le chiffre du groupe que nous formons en dit assez. Trouvant un milieu favorable à sa propagation, le Français s'est propagé. C'est de cette manière qu'il a tourné Canadien. Dans un bon nombre de centres il est même devenu d'une trempe exceptionnelle. De là les hommes forts dont parle M. Montpetit.
La gloire nationale se compose de plus d'un élément. Donnez-nous des corps robustes, je vous promets des
esprits supérieurs. Ceci n'est pas une formule que j'invente. La science l'entend ainsi. Il existe une école qui affirme que Tintelligence est surtout remarquable chez les individus dont le père, le grand'père ou le bisaïeul ont été cultivateur ou forgeron. Quel joie pour nos écrivains ! car ils descendent tous de la faucille ou du marteau.
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