LE GROUPE DES CHANTEURS
du gui, sur les chênes des forêts sacrées, et le cri de réjouissance que poussaient les prêtres de la Gaule druidique Au gin Van neiif^ quand la plante bénie tombait sous la faucille d'or
" Dans nos campagnes, c'était toujours une quête pour
lO HISTORIETTES ET FANTAISIES
les pauvres qu'on faisait, dans laquelle la pièce de choix était un morceau de l'échiné du porc, avec la queue y tenant, qu'on appelait Péchignée ou la chignée. Les enfants criaient à l'avance en précédant le cortège : La Ignolée qui vient ! On préparait alors sur une table une collation pour ceux qui voulaient en profiter et les dons pour les pauvres.
" Les Lgiwleux^ arrivés à une maison, battaient devant la porte avec de longs bâtons la mesure en chantant : jamais ils ne pénétraient dans le logis avant que le maître ou la maîtresse de la maison, ou leurs représentants^ ne vinssent en grande cérémonie leur ouvrir la porte et les inviter à entrer. On prenait quelque chose, on recevait les dons dans une poche qu'on allait vider ensuite dans une voiture qui suivait la troupe ; puis on s'acheminait vers une aiitre maison, escortés de tous les enfants et de tous les chiens du voisinage, tant la joie était grande. . . et générale ! "
Non loin de Châteauneuf, dans le Perche, existe le hameau de Guilandru ; les localités des environs rappellent des noms de druides et de chênes.
Dans le Perche, aujourd'hui, les enfants vont, au lerjanvier, chercher leur " eguilan." On dit aussi " aguilan.'*
Voici la chanson de La Ignolée^ telle qu'on la chantait encore en Canada, il y a quelques années, dans les paroisses du bas du fleuve d'après ]\I. Taché :
Bonjour le maître et la maîtresse
Et tous les gens de la maison,
Nous avons fait une promesse
De v'nir vous voir une fois l'an.
Une fois l'an ce qui n'est pas grand chose
Qu'un petit morceau de chignée.
LA GUIGNOLEE II
Un petit morceau de chignée
Si vous voulez Si vous voulez rien nous donner
Dites nous lé.
Nous prendrons la fille aînée, Nous y ferons chauffer les pieds !
La Ignolée ! La Ignolée !
Pour mettre du lard dans ma poche !
Nous ne demandons pas grand chose
Pour l'arrivée.
Vingt-cinq ou trente pieds de chigné
Si vous voulez.
Nous sommes cinq ou six bons drôles, Et si notre chant ne vous plaît pas Nous ferons du feu dans les bois.
Etant à l'ombre, On entendra chanter l'coucou
Et la colombe !
" Le christianisme avait accepté la coutume druidique en la sanctionnant par la charité, comme il avait laissé subsister les menhirs en les couronnant d'une croix. Il est probable que ces vers étranges
Nous prendrons la fille aînée.
Nous y ferons chauffer les pieds !
sont un reste d'allusions aux sacrifices humains de l'ancien culte gaulois. Cela rappelle le chant de Velléda dans Les Martyrs de Chateaubriand : " Teutatès veut du sang . , . au premier jour du siècle. . . il a parlé dans le chêne des druides ! "
A Berthier (en haut) et dans les cantons de l'Est on trouve la même pratique avec ces vers :
Rossignolet du vert bocage
Rossignolet du bois joli,
Eh ! va-t-en dire à ma maîtresse
Que je me meurs pour ses beaux yeux.
L,a guignolée, la guignoloche !
Mettez du lard dedans ma poche Et du fromage sur mon pain, Je reviendrai l'année qui vient.
Tout cela est incohérent et atteste des allitérations, des interpolations, des additions sans suite ni rime aucune, comme le peuple en chante sans raisonner et sans respect pour la tradition,
" L'air sur lequel se chantent ces fragments consiste en quelques phrases musicales sur lesquelles la. poésie s^ ajuste tant bien que mal, tantôt sur l'une tantôt sur l'autre de ces phrases, sans ordre régulier," dit M. Ernest Gagnon qui a noté la musique de ces couplets dans les Chajisons populaires du Canada^ un recueil dont on ne dira jamais trop de bien.
Plaçons ici deux ou trois petites notes, en passant : La Ignolée me semble une corruption de Guignolée^ tout simplement puisque ce mot rappelle la branche du gui. J'ai toujours entendu dire La Guignolée et cela remonte à cinquante ans.