‹ Historiettes et fantaisiesChapitre 5 sur 20 · I.A GUIGNOLEE · texte numérisé non relu

I.A GUIGNOLEE

Nous tenons des vieux Gaulois l'habitude de célébrer les journées les plus courtes et les plus longues de l'année solaire, le ler janvier et la Saint-Jean, deux fêtes païennes que le christianisme a transformées en les épousants.

Les feux allumés par les druides à l'occasion du plus long jour de l'année s'allument encore a présent dans les lieux d'où sont sortis les premiers Canadiens. Lorsque nous chômons la Saint-Jean-Baptiste, il y a dans la Beauce, le Perche, la Normandie, la Touraine, le Poitou, des Français et des Françaises qui dansent autour des grands bûchers flamboyants au milieu des campagnes.

M. Adélard Boucher, de Montréal, écrivait à M. Ernest Gagnon en 1865 : " Je suis loin d'oublier la Ignolée, qui se prononce ici, universellement, Giiignolée. ]\Ialheureusement, toutes riies démarches, jusqu'à présent, n'ont abouti à rien d'utile. Tout le monde sait les premiers vers, rien de plus. L'usage a passé à ^Montréal comme à Québec. Jadis ce chant était suivi de quête en faveur des pauvres de la localité. Aujourd'hui les chanteurs se constituent eux-mêmes les pauvres et transforment en copieuses libations les aumônes qu'ils réussissent encore à prélever sur leurs dupes. Ce secret dévoilé a refroidi, comme vous pouvez bien le penser, les sympathies des cœurs charitables et, aujourd'hui, artistes et pauvres exploitent avec un mince succès La Gtiignolèe.'^^

M. Gagnon ajoute : " Cette coutume traditionelle de courir la Ignolée^ si bien décrite par INI. Taché, finit par perdre beaucoup de son caractère. Il y a une vingtaine d'années (vers 1844), le maire de Montréal donnait à des jeunes gens, la veille du jour de l'an, des permis de courir la Ignolée, sans lesquels on s'exposait à avoir affaire à la police. Cette mesure de précaution n'empêchait pas toujours les désordres. Lorsque, par exemple, deux Guignolées se rencontraient, pour peu qu'on se fut grisé en

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chemin, il y avait bataille, et les vainqueurs grossissaient leurs trésors du butin des vaincus."

C'est comme les fameuses fêtes des paroisses qu'il a fallu abolir il y a cent ans à cause des excès auxquels ces réunions donnaient lieu.

Dans la vallée de l'Ottawa nos compatriotes seraient donc plus sages que leurs devanciers de Québec ou de Alontréal ? Ils ont organisé les choses d'après une constitution sévère qui ne permet ni les écarts blâmables ni les fantaisies particulières. Toutes les villes de cette région se livrent au plaisir de faire la charité le 31 décembre aux accords de l'antique chansonnette, et cela avec un décorum, une tenue sage qui n'excluent nullement la gaieté.

Les anciennes coutumes sont toujours bonnes à conserver : si parfois elles perdent de leur charme par suite d'un abus quelconque il est facile de les ramener à l'ordre et de leur rendre le prestige disparu.

Avec ma curiosité ordinaire, j'ai voulu savoir si nos annales historiques canadiennes mentionnent la guignolée — mais je n'ai rien pu découvrir à ce sujet. Pourtant la fête existait puisqu'elle s'est perpétuée jusqu'à nous. Il en est ainsi de plusieurs coutumes dont les vieux récits ne parlent pas vu que c'était " chose entendue et comprise," telles la tire de la Sainte-Catherine, les croquignoles, les gretons, le gâteau des rois, la bénédiction du père de famille au jour de l'an et les épluchades de blé d'Inde. En revanche il a été gardé bonne note des visites du jour de l'an, de la quête de l'Enfant Jésus, du réveillon de Noël, des promenades en carioles, des Jours Gras, de la Mi-Carême, de la plantation du mât de mai, des feux de la Saint-Jean-Baptiste et du petit poisson de Trois- Rivières.

N'allez pas croire que le sujet est épuisé. Je vous en dirai autant et du nouveau dans douze mois.

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