‹ HistoriettesChapitre 23 sur 111 · M. DE BAUTRU · texte numérisé non relu

M. DE BAUTRU

M. de Bautru est d'une bonne famille d'Angers. Il a été conseiller au grand conseil. En ce temps-là, il épousa la fille d'un maître des comptes, nommé He Bigot, sieur de Gastines, Cette femme ne se mettoit point dans le monde ; elle ne sortoit guère, a Oh! la bonne ménagère I » disoit-on. On la donnoit pour exemple aux autres. Enfin il se trouva qu'elle ne sortoit point, parce qu'elle avoit son galant chez elle. C'étoit le valet de chambre de son mari. Bautru fit mourir ce galant, à force de lui faire dégoutter de la cire d'Espagne sur la partie peccante (i) ; d'où vient que Saint- Germain, croyant que c'étoit Bautru qui avoit fait les

(i) Ménage dit que le valet n'eu mourut pas. Bautru fit condamner son valet à être pendu ; mais sur l'appel le valet en fut quitte pour les galères, parce qu'il exposa que M. de Bautru s'étoit fait justice luimême. Madame de Bautru se fit toujours appeler madame de Nogent, nonobstant son mariage, disant qu'elle ne vouloit pas être appelée madame Bautrou par la reine Marie de Médicis, qui prononçoit le françois à la manière des Italiens. (Voyez le 3îenaàiana, édiiion de 1715, I, 267.) (M.)

vers sur la retraite de Monsieur, avoit mis dans la réponse :

Quand il cacheta près du c.

Son valet qui le fil cocu.

Il chassa sa femme, et ne voulut point reconnoître le fils dont elle accoucha. Il la reconnu depuis, mais long-temps après. Cette femme jusque-là vécut de carottes àMontreuil- Belaj, en Anjou, pour épargner quelque chose à son enfant. Jusqu'à cette heure elle demeure chez lui, en Anjou, où il va quelquefois ; mais elle ne vient point à Paris. Il a le malheur d'avoir un sot fils. A propos de cela, M. de Guise, comme ils dînoient ensemble, lui ayant dit : a Qu'y a-t-il « entre un cocu et un autre? — Une table, » répondit-il ; car ils n'étoient pas de mêm.e côté.

Il dit à la Reine-mère que lévêque d'Angers étoit saint, et qu'il guérissoit de la v.. .L'évèque le sut et s'en plaignit: a Eh ! comment l'aurois-je dit? dit Bautru, il en est encore « malade. »

Jouant au piquet, à Angers, contre un nommé Goussaut, qui étoit si sot que pour dire sot on disoit Goussaut, Bautru vint à faire une faute, et, en s'écriant, dit : <• Que je u suis Goussaut! — Vous êtes un sot. lui dit l'autre. — « Vous avez raison, répondit-il ; c'est ce que je voulois « dire. »

Il disoit à mademoiselle d'Attichy, fille d'honneur de la Reine-mère : " Vous n'êtes pas trop mal fine, avec votre « sévérité. Vous avez si bien fait que vous pourrez, quand « vous voudrez, vous divertir deux ans sans qu'on vous (' soupçonne. »

A la province, je ne sais quel juge de bicoque l'importunoit trop souvent. Un jour que cet homme vint le demander, il dit à son valet : « Dis-lui que je suis au lit. — t( Monsieur, il dit qu'il attendra que vous soyez levé. — u Dis-lui que je me trouve mal. — Il dit qu'il vous ensei-

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