‹ HistoriettesChapitre 26 sur 111 · MADEMOISELLE DE GOURNAY · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE GOURNAY

mot dejoutaison, comme cervaison (i). «. Jamyn, ditce elle, en ronflant selon sa coutume, merdieu ! ce mot-là « n'est pas en usagée, je le passerois pourtant ; il est vrai « qu'il est un peu vilain, «

Ces pestes lui supposèrent une lettre du roi Jacques d'Angleterre, par laquelle il lui demandoit sa Vie et son portrait. Elle fut six semaines à faire sa Vie. Après, elle fit barbouiller, et envoya tout cela en Angleterre, où l'on ne savoit ce que cela vouloit dire. On lui a voulu faire accroire qu'elle disoit que fornification n'étoit point un péché; et un jour qu'on lui demanda si la pédérastie n'étoit pas un crime : (^ A Dieu ne plaise ! répondit-elle, que je condamne ce que « Socrate a pratiqué. » A son sens, la pédérastie est louable. Mais cela est assez g-aillard pour une pucelle.

Saint-Amant l'a furieusement maltraitée ; car c'est d'elle et de Maillet qu'il veut parler dans le Poète crotté.

Bois-Robert la mena au cardinal de Richelieu, qui lui fit un compliment tout de vieux mots qu'il avoit pris dans son Ombre. Elle vit bien que le cardinal vouloit rire : « Vous « riez de la pauvre vieille, dit-elle. Mais riez, grand g'énie, u riez; il faut que tout le monde contribue à votre divertis- « sèment. » Le cardinal, surpris de la présence d'esprit de cette vieille fille, lui en demanda pardon, et dit à Bois-Robert : « Il faut faire quelque chose pour mademoiselle de « Gournay. Je lui donne deux cents écus de pension. — « Mais elle a des domestiques, dit Bois-Robert. — Et quels? (' reprit le cardinal. — Mademoiselle Jamyn, répliqua Boisce Robert, bâtarde d'Amadis Jamyn, pag-e de Ronsard. — « Je lui donne cinquante livres par an, dit le cardinal. — Il « y a encore ma mie Piaillon, ajouta Bois-Robert : c'est sa (( chatte. — Je lui donne vingt livres de pension, répondit c( l'Éminentissime, à condition qu'elle auroit des trippes. — (( Mais, monseig-neur, elle a chatonné, » dit Boi.s-Robert.

(i)Saison où le cerf est bon à chasser.

Le cardinal ajouin encore une pistole pour les chatons.

Elle ainioit Bois-Robert et l'appeloit toujours bon abbé ; elle le craignoit aussi à cause des contes qu'il faisoit. Il disoit qu'elle avoit un râtelier de dents de loup marin. Elle l'ôtoit en mang'eant, mais elle le remettoit pour parler plus facilement, et cela assez adroitement, à table, quand les autres parloient, elle ôtoit son râtelier et se dépêchoit de doubler les morceaux, et, après, elle remettoit son râtelier pour dire sa râtelée.

Cétoit une personne bien née ; elle avoit vu le beau monde. Elle avoit quelque g-énérosité et quelque force d'âme. Pour peu qu'on l'eût obligée, elle ne l'oublioit jamais. En mourant, elle laissa par testament son Ronsard à rÉtoile, comme si elle l'eût juiçé seul dig-ne de le lire^ et à Gombauld une carte de la vieille Grèce de Sophian, qui vaut bien cinq sous.

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