‹ HistoriettesChapitre 50 sur 111 · MESDAMES DE ROHAN · texte numérisé non relu

MESDAMES DE ROHAN

livre des Cent Nouvelles, et on appelle son bourdon à la cour, le carré, comme celui du baron du Jour-Brilland, peut-être à cause du conte d'un Brilland, dans le Baron de Fœneste.

On dit qu'à Sully^ Cliabot et sa femme entendirent que M. de Sully disoit à madame : « Je ne sais comment j'o- « blig-erai mes gens à appeler Chabot M. de Rohau ; car le « vieux cuisinier de feu M. de Sully, comme on lui a, ce « matin, demandé un bouillon pour M. Rohan, a dit que « M. de Rohan étoit mort, et que les morts n'avoient que « faire de bouillon; que, pour Chabot, il s'en passeroit bien « s'il vouloit.» On ajbutoit que cela avoit un peu mortifié la demoiselle.

Le peu de réputation de Chabot pour la bravoure, sa gueuserie, et la danse dont il faisoit son capital, faisoient qu'on en disoit beaucoup plus qu'il n'y en avoit. Il étoit bien fait, et ne manquoil point d'esprit. Le marquis de Saint-Luc, ami intime de Ruvigny, un jour au Palais- Royal, à je ne sais quel grand bal, comme on eut ordonné aux violons de passer d'un lieu dans un autre, dit tout haut :

Ils n'en feront rien, si on ne leur donne unbrevet de duc « à chacun, » voulant dire que Chabot, qui avoit fait une courante, et qu'on appeloit Chabot la courante, car il avoit deux autres frères, n'étoit qu'un violon.

Madame de Choisy dit à mademoiselle de Rohan, lorsqu'elle la vit mariée : « Madame, Dieu vous fasse la g-râce « de n'avoir jamais les yeux bien ouverts, et de ne voir « jamais bien ce que vous venez de faire. »

Elle avoit une demoiselle fort bien faite, qu'on appeloit du Genêt ; elle étoit ma parente. Cette fille la quitta, et lui dit : (( Après la manière dont vous vous êtes mariée, j'au- « rois peur que vous ne me mariassiez à votre g'rand la- « quais. »

l68 TALLEMANT DES RÉAUX

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