‹ HistoriettesChapitre 6 sur 111 · LA REINE MARGUERITE DE VALOIS IQ · texte numérisé non relu

LA REINE MARGUERITE DE VALOIS IQ

peur d'en manquer ; et pour se rendre de plus belle taille, elle faisoit mettre du fer-blanc aux deux côtés de son corps pour élargir la carrure. Il y avoit bien des portes où elle ne pouvoit passer.

Elle aima sur la fin de ses jours un musicien nommé Villars. Il falloit que cet homme eût toujours des chausses troussées et des bas d'attache, quoique personne n'en portât plus. On l'appeloit vulg-airement le Roi Margot. Elle a eu quelques bâtards, dont l'un, dit-on, a vécu, et a été capucin. Ce roi Marg'ot n'empèchoit point que la bonne reine ne fût bien dévote et bien craignant Dieu, car elle faisoit dire une quantité étrang'e de messes et vêpres.

Hors la folie de l'amour, cile étoit fort raisonnable. Elle ne vouloit point consentir à la dissolution de son mariage en faveur de madame de Beaufort. Elle avoit l'esprit fort souple et savoit s'accommoder au temps. Elle a dit mille cajoleries à la feue Reine-mère, et quand M. de Souvray et M. de Pluvinel lui menèrent le feu Roi, elle s'écria : « Ah ! « qu'il est beau ! ah ! qu'il est bien fait I que le Ghiron est «heureux qui élève cet Achille! » Pluvinel, qui n'étoit guère plus subtil que ses chevaux, dit à M. de Souvray : « Ne vous disois-je pas bien que cette méchante femme « nous diroit quelque injure ? » M. de Souvray lui-même n'étoit guère plus habile. On avoit fait des vers dans ce temps-là qu'on appeloit les Visions de la cour, où l'on disoit de lui qiiil n avoit de Chiron que le train de derrière.

Henri IV alloit quelquefois visiter la reine Marguerite, et gronda de ce que la Reine-mère n'alla pas assez avant la recevoir à la première visite.

Durant ses repas, elle faisoit toujours discourir quelque homme de lettres. Pitard, qui a écrit de la morale, étoit à elle, et elle le faisoit parler assez souvent.

Le feu Roi s'avisa de danser un ballet de la vieille cour, où, entre autres personnes qu'on représentoit, on repré-

ÏALLEMANT DES HEAL'X

senta la reine Marg-uerite avec la ridicule fif;ifure dont elle y étoit sur ses vieux jours. Ce dessein n'étoit g-uèie raison- î nable en soi; mais au moins devoit-on éparc;-ner la fille de 1. tant de rois.

A propos de ballets, une fois qu'on en dansoit un chez i elle, la duchesse de Retz la pria d'ordonner qu'on ne laissât i entrer que ceux qu'on avoit conviés^ afin qu'on pût voir le ! i ballet à son aise. Une des voisines de la reine Marguerite, i,t nommée mademoiselle Loiseau, jolie femme et fort g-alante, i: fit si bien qu'elle y entra. Dès que la duchesse l'aperçut, elle I' s'en mit en colère, et dit à la reine qu'elle la prioit de (rou- ii ver bon que, pour punir cette femme, elle fîtseulement une r petite question. La reine lui conseilla de n'en rien faire, et lui dit que cette demoiselle avoit bec et on^-les, mais voyant que la duchesse s'\- opiniàtroit, elle le lui permit enfin. On ! fait donc approcher mademoiselle (i) Loiseau, qui vint avec un air fort délibéré: « Mademoiselle, lui dit la duchesse, je « voudrois bien vous prier de me dire si les oiseaux ont des « cornes? — Oui, Madame, répondit-elle, les ducs en por- « tent (2). w La reine, oyant cela, se mit à rire, et dit à la duchesse : « Eh bien ! n'eussicz-vous pas mieux fait de me « croire ? »

J'ai ouï faire un conte de la reine Mariçuerite qui est fort plaisant. Un g-enlil homme gascon, nommé Salignac, devint, comme elle étoit encore jeune, éperdument amoureux d'elle, mais elle ne l'aimoit point. Lin jour, comme il lui reprochait son ingratitude: « Or çà, lui dit-elle, que feriez-vous pour « me témoigner votre amour? — Il n'y a rien que je ne « fisse, répondit-il. — Prendriez-vous bien du poison? — <( Oui, pourvu que vous me permissiez d'expirer à vos pieds. « — Je le veux, » reprit-elle. On prend jour; elle lui fait

(1) On ne donnoit alors qae la qualification de demoiselle aux femmes bourgeoises; celle de madame n'apparlenoit qu'aux femmes de qualité. (M.)

(2) Madame de Retz étoit galante. (T.)

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