‹ HistoriettesChapitre 97 sur 111 · BONS MOTS, NAÏVETÉS · texte numérisé non relu

BONS MOTS, NAÏVETÉS

Rabonny qui rabonnit les maris, et on y fait des neuvaines pour cela.

Le grand-prieur de La Porte disoit : « Je ne suis pas plus « à mon aise que quand je n'avois que ving-t-cinq mille lift vres de rentes ; cela ne me sert qu'à avoir plus de voleurs « autour de moi. Mon sommelier dit que le vin lui appartient « dès qu'il est à la barre, et n'a point d'autre raison à m'al- « léguer, sinon qu'on en use ainsi chez M. le cardinal ; le « piqueur prétend que le lard est à lui dès qu'il en a levé « deux tranches ; le cuisinier n'est pas plus homme de « bien qu'eux, ni l'écuyer, ni les cochers ; sans parler du « maître- d'hôtel, qui est le voleur major ; mais ce « qui me chicane le plus, c'est que mes valets de chambre « me disent : « Monsieur, vous portez trop long'-temps cet « habit ; il nous appartient. »

Une paysanne, comme on portoit en procession le chef de saint Marc, le jour de sa fête, par les vig-nes, qui avoient été g^elées pendant la nuit, dit naïvement : « Haussez, haus- « sez-le bien haut, qu'il voie le beau méuage qu'il a fait.»

Les capucins de Grasse prirent un g'arçon qui voloit leurs fruits; ils firent venir le père, qui lui dit : « Hé bien ! si tu « ne veux rien valoir, fais-toi au moins capucin. »

Ma mère me dit un jour : u Pourquoi acheter des livres ? « N'avez-vous pas fait toutes vos études ? n

M. de Vendôme, bâtard de Henri IV, passant à Noyon, log^ea aux Trois-Rois. Le fils du maître de la mai-son, nouvellement reçu avocat, crut que sa nouvelle dignité l'autorisoit à aller faire la révérence à M. de Vendôme; il y va. M. de Vendôme lui demande qui il étoit. « Monsieur, je suis « le fils des Trois-Rois. — Le fils de trois Rois Mon-

« sieur, je ne suis le fils que d'un ; vous prendrez le fau- « teuil : je vous dois tout honneur et tout respect. »

Un ivrog-ne pissoit dans sa cour; il pleuvoit et une g-outtière alloit. 11 demeuroit trop long-temps; sa femme l'appelle. Il croyoit que c'étoit en pissant qu'il faisoit le bruit que faisoit l'eau dans la gouttière, et il lui répondit : « Va, « va, je pisserai tant qu'il plaira à Dieu. »

Un avocat au Conseil, nommé Chapuiseau, fit un cachet où un chat puisoit de l'eau. Il composa un livre qu'il appeloit le Devoir de Vhomme. II promit à un conseiller, nommé Champdent, de lui montrer le manuscrit ; il fut chez ce conseiller, et, n'ayant trouvé que madame, il lui voulut laisser son livre (c'étoit un gros rouleau qu'il avoit fourré dans ses chausses, et qui paroissoit). Il y met la main pour le tirer. «Jésus! monsieur Chapuiseau, que faites - vous ? « — Madame, dit-il naïvement, cest le Devoir de l'horn- « me. »

En un village d'Espagne, on condamna un tailleur à être pendu ; les habitants allèrent trouver le juge, et lui dirent : « Cela nous incommodera bien, car il n'y a que ce tailleur. «Laissez-le-nous, et, si c'est que vous vouliez prendre << quelqu'un, nous avons deux charrons prenez lequel il K vous plaira : ce sera assez d'un de reste. »

Un bourreau vouloit quitter la ville d'Angers parce qu'on n'y faisoit point d'ceuvre délicate, qu'on n'y faisoit que pendre.

Madame Cornuel faisoit un jour des réprimandes h une gueuse qui traînoitdeux ou trois petits enfants, de ce qu'elle ne se conlenoit point, n'ayant pas de quoi se nourrir elle Seule, « (Jue voulez-vous? lui répondit la pauvre femme.

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