SCÈNE PREMIÈIIE
1,E CHEVALIER , LA CHATELAINE, assise et brodant.
LE CHEVALIER, lisanl.
Cette missive est de votre sœur, la comtesse DuguescUu. Elle vous écrit que son fils aîné l'abreuve de chagrins ; il a fui de la maison pater- • nelle.
LA CHATELAINE.
Petit misérable! ils n'en feront jamais rieii.
LES PItKMIERS EXPLOITS
LB CHEVALIEH.
Ma foi, ils eu auraient pu faire un bon soldai: cela vaudrait mieux que d'en faire un vagabond.
LA CHATELAINE.
Vous blâmez donc ma sœur de sa sévérité?
LE CHEVALIER
Cerlainenieiit, et si Bertrand était mon fils, j'aurais cherché à diriger son caractère au lieu de le faire plier.
LA CHATELAINE.
Vous lui auriez inspiré votre passion pour les armes, cette passion qui vous conduit à la gloire, mais qui fait le malheur de ceux qui vousaiment. Voilà ce que redoute sa mère, et moi je le redoute comme elle , et j'approuve sa sévérité.
LE CHEVALIEH.
Et si Bertrand vous demandait asile, vous ne le recevriez pas?
LA CHATELAINE.
^on, je le renverrais à son père et à sa mère; ce sont eux qui doivent gouverner sa conduite.
D'UN GIIATSD CAPITaTNE,
BERTRA^D, LA CHATKLAINK, I.K CHEVAI.IKR.
BERTRAND, du •lehora.
Je VOUS dis que j'entrerai ; quoique j'aie de inécliants liabits, je suis noble, et je ne souffrirai pas que des valets me barrent le chemin.
(Il brandit un biiton et s'éhnrc ilnns H chambre.) LA CHATR1.A1NE.
Quoi! le fils de ma sœur dans cet état! Quel déshonneur pour sa famille !
LE CHEVALIER
Oh ! c'est toi , mon petit diable de neveu , toujours le mfime , toujours ferrailleur.
BERTRAND
Mon oncle, je viens vous demander asile.
LA CHATELAINE.
Asile, quand vous faites mourir votre mère de douleur! Non, sortez d'ici, et allez demander ))ardon à vos iMu-ents.
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BERTRAND
Vous voulez donc que j'aille m'héberger chez des étrangers?
LE CHEVALIER
Non , ma maison ne te sera point fermée. Mais pourquoi et comment as-tu quitté le château de ton père?
BERTRAND
Pourquoi? Parce qu'on m'y retenait prisonnier depuis deux mois au pain et à i'eau, que j'avais besoin d'air, de mouvement et d'une nourriture plus substantielle. Comment ? C'est assez drôle ; cela va vous faire rire. Au Heu de m'envoyer mon pain et mon eau par ma bonne nourrice Rachel , qui m'aurait consolé en me contant des histoires guerrières, on me les faisait apporter par une vieille et méchante ménagère qui ne manquait jamais de fermer en entrant la porte du donjon, dont ia clé était suspendue à sa ceinture. Un jour je me dis que je serais bien assez fort pour lui enlever cette clé, et je résolus de le faire. Je savais que mon père et ma mère étaient absents, et, lorsque la vieille entra , je m'élançai sur elle , je l'assis , sans lui faire de mal , sur la paille qui me
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DVK OItAND CAPITAI^E. - US
servait de lit ; je l'enchaînai avec mon drap contre un des barreaux de la fenêtre, et, pour l'empê-
cher de crier, je lui mis , en guise de bâillon , ma ceinture sur la bouche. Puis , lui dérobant la clé , j'ouvris la porte , je franchis l'escalier comme une flèche , et me voilà dans les champs.