Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jour
Cet ouvrage devait avoir l'honneur d'une préface de M. Henri Delamarre, le grand sportsman que la mort a enlevé avant qu'il pût donner à ce travail la consécration de sa haute autorité.
A défaut de cet illustre patronage, le lecteur voudra bien nous permettre quelques mots d'introduction.
Le premier nom de cheval qui frappa mes oreilles d'enfant fut précisément celui de l'un de ses plus fameux élèves, le célèbre Boïard. Mais j'étais trop jeune encore pour y prêter attention, et ce n'est que quatre ans plus tard que je fis mes débuts sur le turf, en assistant à la victoire imprévue de Saint- Christophe dans le Grand Prix.
Nous avions organisé, cette année-là, au lycée, des courses à pied, et j'avais imaginé, pour les rendre plus attrayantes, de leur donner les appellations des grandes épreuves hippiques et d'attribuer à chacun de nous le nom d'un des chevaux en vue, avec une toque aux couleurs de l'écurie. Le sort m'avait gratifié du nom de Saint- Christophe.
Chose curieuse, l'arrivée de notre Derby, disputé au lendemain de celui de Chantilly, en fut la répétition exacte, les trois premières places y ayant été prises par ceux qui représentaient Jongleur, Verneuil et Stracchifio. Pour moi, je tombai dans un tournant et ne fus pas placé.
Chose plus curieuse encore, quand vint notre Grand Prix, que nous courûmes le samedi, veille de celui de Longchamp, je le gagnai facilement... Quels furent mes suivants immédiats? je ne me le rappelle plus, mais je me souviens fort bien
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que nos deux favoris, Jongleur et Verneuil, finirent dans les derniers.
Le lendemain, en compagnie d'un camarade à qui son oncle, membre du Jockey-Club, avait donné deux cartes d'entrée pour le Pavillon, — le « pesage des pauvres », comme on appelle cette enceinte, — nous nous rendîmes pédestrement à Longchamp.
Nous ne jouâmes pas dans les premières courses, réservant nos modestes ressources pour la grande épreuve. La presque totalité de nos amis ayant tenu pour régulier le résultat de Chantilly, ce fut sur Jongleur que mon camarade risqua la « masse » qui lui avait été confiée, masse qui ne se montait guère qu'à une trentaine de francs.
Seul, je plaçai une humble pièce de cinq francs sur Saint- Christophe. La cote de 66/1 à laquelle me l'offrit un bookmaker me fit comprendre le peu de crédit que l'on accordait à cet outsider et je balançai un moment à suivre le pari plus raisonnable de mes camarades. Mais pouvais-je décemment abandonner le cheval que j'avais si brillamment représenté la veille?...
Ce que fut la course, on le sait, et de quelle façon magistrale Hudson, amenant Saint- Christophe au dernier moment, l'emporta sur Jongleur qui semblait maître de la partie.
Je l'avoue à ma honte, je n'eus pas le triomphe modeste. De retour au lycée, le lendemain, j'écrasai mes condisciples de toute ma science hippique et leur prouvai par A -}- B qu'il fallait être des ânes bâtés pour n'avoir pas joué Saint-Christophe^ attendu que ceci... que cela..., en un mot, que « c'était couru d'avance ».
L'expérience m'a corrigé de cette présomption ridicule, mais que le joueur heureux qui n'a pas eu la réussite insolente me jette la première pierre!...
Dès ce premier contact avec le turf, les courses m'avaient conquis, Non par l'appât du gain, mais par la beauté et l'intérêt du spectacle.
Trente- six ans se sont écoulés depuis le jour où, bombant la poitrine sous ma tunique d'ordonnance et le képi sur l'oreille, je quittai si fièrement l'hippodrome de Longchamp...
En ce laps de temps, si court et pourtant si long, que d'événements et de bouleversements!
L'une après l'autre, nous avons vu disparaître les grandes écuries qui ont fait la gloire de l'élevage français... Les Lagrange,
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les Laffitte, les Lupin, les Lefèvre, les Edouard Fould, les Delamarre sont morts, et aussi leurs serviteurs dévoués, les Thomas Carter, les Jennings, les Pratt et tant d'autres!
L'entretien d'une écurie de courses, qui était jadis un luxe -coûteux, est devenu une affaire commerciale, et ces deux mots :sufrisent à caractériser la transformation qu'a subie le turf... Au pesage élégant et animé de ma jeunesse a succédé la morne cohue qui s'écrase aux tristes guichets du pari mutuel, et, si les femmes sont toujours jolies et leurs atours du bon faiseur, par contre, le soyeux haut-de- forme du clubman s'efface de plus en plus devant le « melon » démocratique.
Alors, il n'y avait guère de réunions que le dimanche; aujourd'hui, l'on court tous les jours. Les riches épreuves étaient rares et l'on préparait soigneusement un cheval pour tel ou tel engagement; aujourd'hui, les prix deBO.OOO à 100.000 francs abondent et les propriétaires, dans leur hâte maladroite d'encaisser au plus vite la grosse somme, ne laissent plus souffler leurs chevaux, qu'ils usent ainsi avant l'âge.
Il y a encore un quart de siècle, des animaux comme Le Sancy triomphaient jusqu'au milieu de leur sixième année; aujourd'hui, quel est le crack qui reste debout après le Grand Prix?...
Et cependant, malgré toutes ces ombres au tableau, les luttes hippiques n'ont rien perdu de leur prestige, et la « glorieuse incertitude du turf » est toujours aussi passionnante, provoquant les mêmes enthousiasmes inconsidérés et les mêmes abandons injustifiés. Ne voit- on pas régulièrement, chaque année, dès la réouverture delà campagne, la presse et le public, oublieux des leçons mêm-es de la veille, s'engouer de quelque cheval précoce que l'on sacre immédiatement crack, quitte à le traiter de rosse huit jours plus tard!...
Et c'est précisément de cette mobilité de jugement qu'est fait le grand attrait des courses.
Les courses de chevaux, comme on le sait, ne sont pas un but, mais le moyen d'arriver, par l'épreuve publique, à la sélection des reproducteurs de pur sang destinés, soit à perpétuer la race, soit à améliorer les autres races indigènes par l'apport de l'influx nerveux.
Dans cet ordre d'idées, les courses plates au galop sont les seules intéressantes. Les courses à obstacles ne sont guère alimentées, en effet, que par les « laissés pour compte » ou