‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 43 sur 202 · CHAPITRE XXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY

Perturbation apportée par la Révolution de Février dans les Courses. — Les meetings de printemps de Paris et de Chantilly ont lieu à Versailles; ceux d'automne, à Chantilly. — Nouvelles tribunes. — Incident du Saint- Léger. — Gambetti, Sérénade, Liouhliou. — Morok, Fitz-Emilius, Premier- Août, Le Chourineur (suite). — Disparition momentanée du turf de M. A. Aumont. — Suppression des jumenteries du Pin et de Pompadour. — Importation de Sting,

La Révolution de Février marque un temps d'arrêt dans le développement des courses par le bouleversement qu'elle apporte, autant dans les réunions de province dont un grand nombre sont supprimées, que dans le programme même de la Société d'Encouragement.

Le Calendrier des Courses nous apprend que « les travaux exécutés au Champ-de-Mars, ayant rendu le terrain impraticable aux chevaux, les courses de la Société ont lieu, cette année, à Versailles. On a également réuni à ces courses les prix habituellement disputés à Chantilly. »

En temps ordinaire, on n'eût pas hésité, étant donné l'exécrable hippodrome qu'était Satory, à courir à Chantilly, en place du Champde-Mars. Mais le domaine de Chantilly appartenant précisément à ces d'Orléans que la Révolution venait de chasser de France, force fut de se rabattre sur Versailles.

Ce fut Ledru-Rollin, lui-même, chef du Gouvernement provisoire qui tint à ce que les Parisiens ne fussent pas privés d'un de leurs plaisirs, et qui désigna Versailles, le Champ-de-Mars étant envahi parles Ateliers Nationaux. Mais non seulement la première réunion fut retardée jusqu'au 18 mai, et le nombre des journées réduit à trois, mais encore l'ordre adopté jusqu'alors pour les principales épreuves classiques fut complètement modifié. C'est ainsi que la Poule d'Essai et le prix de Diane se disputèrent le jour d'ouverture, ce qui obligea

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lespouliches engagées dans les deux prix, soit à n'en courir qu'un seul, soit à se présenter deux fois de suite au poteau. Tel fut le cas, entre autres, de Demi- Fortune, qui arriva seconde dans les deux épreuves.

A la seconde journée, vint le prix du Jockey-Club, remporté par Gambetti, à M. A. Lupin, sur Pied-de- Chêne, Sérénade et neuf autres concurrents, dont trois étaient tombés, un chien s'étant jeté, au second tournant, dans les jambes de Liouhliou, qui avait entraîné dans sa chute ses deux suivants immédiats, Bue et Smolensk. Michel, le jockey de Lioubliou, se cassa la clavicule.

Enfin, à la troisième journée, Liouhliou trouva, dans la Poule des Produits, une compensation à son accident de la veille dans le Derby, et le prix des Pavillons fut une véritable répétition de ce même Derby, puisque les trois premiers y finirent à nouveau dans le même ordre.

La perturbation apportée par les événements politiques dans les courses du printemps eut sa répercussion dans celles de l'automne. Cette fois, ce fut à Chantilly que se disputèrent les épreuves qui se couraient d'ordinaire au Champ-de-Mars, et ce fut le Délégué du Gouvernement républicain qui inaugura la nouvelle tribune des princes d'Orléans (1). Des courses mêmes, il n'y a lieu de rappeler que l'incident du Grand Saint-Léger de France (dont l'allocation de 6.000 francs avait été fournie jusque-là par Charles X d'abord, puis par Louis- Philippe) et que le Calendrier Officiel rapporte en ces termes :

A l'ouverture de la réunion, le 7 octobre, la déclaration suivante avait été remise aux commissaires de la Société d'Encouragement, MM. le baron de La Rochelle, vicomte d'Hédouville et J. Reiset :

« Les soussignés exposent et déclarent qu'ils sont prêts et offrent de remplir et exécuter les engagements par eux contractés à l'occasion du prix dit e Saint-Léger; mais à la condition expresse et de rigueur que les six mille francs composant ce prix, et qui devaient être donnés par l'ex-roi Louis- Philippe, seront probablement (2) garantis par les Commissaires des Courses personnellement, ou déposés entre les mains de ces derniers.

« Qu'autrement, le prix originaire se trouvant complètement annulé, les soussignés se regardent dès à présent comme déliés de tous les engagements par eux pris en vue du dit prix, et renoncent à concourir.

Signé : Fasquel, Jules Rivière et Henry Jennings, entraîneur pour M. Marc de Beauvau. »

Après l'examen de cette déclaration, et avoir entendu les signataires dans

(1) Les tribunes primitive? étant devenues insuffisantes, le duc d'Aumale avait autorisé, en 1847, l'édification de nouvelles constructions qui comprenaient, outre son pavillon particulier, deux tribunes pouvant contenir 576 places, avec bâtiment spécial pour le Comité des Courses, hangars et écuries.

(2) Ce mot est ainsi dans la déclaration; c'est sans doute préalablement qu'on doit lire. (Note du Calendrier Officiel)}

leurs explications, la décision suivante fut rédigée et immédiatement affichée :

Les Commissaires des Courses,

« Vu la réclamation faite par des propriétaires de chevaux engagés dans le Saint-Léger;

« Considérant que, si la valeur du prix n'est pas actuellement dans les mains des Commissaires, le gagnant aura toujours le droit d'en réclamer le paiement à qui de droit; et que, dans le cas où cette réclamation serait admise, les engagements des propriétaires entre eux subsisteraient,

« Décident :

a A l'heure exacte, la cloche sonnera pour le Saint-Léger;

a Le gagnant aura droit dans tous les cas aux entrées des chevaux qui seront partis, et devront être préalablement payées, ainsi que celles des chevaux engagés dans ce prix par le même propriétaire;

<t Dans le cas où le prix serait payé au gagnant, les entrées seront dues par tous les propriétaires, et à compter du jour de la délivrance du prix, aucun cheval appartenant à un des propriétaires dont les chevaux ne seraient pas partis, ne pourra ni être engagé, ni courir dans les courses de la Société, avant d'avoir payé les entrées du Saint-Léger.

« Dans le cas où le prix ne serait pas délivré, le gagnant ne serait pas passible des surcharges du Saint-Léger. »

Après les deux premières courses, la cloche a sonné pour le Saint-Léger; trois chevaux seulement furent présentés: Gambetti, à M. A. Lupin; Paltoquet et Demi- Fortune, à R. Cunnington; après le pesage des jockeys, les chevaux furent sellés.

Les Commissaires annoncèrent que le prix venait d'être déposé en leurs mains; les propriétaires en furent officiellement avertis, et un délai leur fut accordé pour amener leurs chevaux au poteau; ce délai expiré, la cloche fut sonnée à nouveau, et aucun autre cheval ne s'étant présenté, les trois chevaux désignés ci-dessus partirent au signal du juge.

Ils arrivèrent dans l'ordre où nous les avons nommés.

Ce Gamhetti (Emilius et Tarentella), à M. Lupin était le meilleur produit de sa génération. Il courut six fois dans l'année pour remporter six victoires, enlevant, indépendamment du Grand-Saint- Léger, la Poule d'Essai, le prix du Jockey-Club, le prix des Pavillons, un prix d'Arrondissement et un prix Principal, au total, 32.000 francs.

Après lui, Sérénade (Royal-Oak et Georgina) et Liouhliou (Alternter et Jenny), au prince Marc de Beauvau, avaient eu respectivement en partage, la première, quatre courses, dont le prix de Diane; le second, deux victoires, dont la Poule des Produits.

On peut encore citer Dulcamarra, à Th. Carter, gagnante de rOmnium, et Rigolette, à M. Jules Rivière, gagnante du Grand Handicap de Versailles (5.000 fr.).

M. A. Aumont, bien que grandement favorisé jusqu'alors parla Fortune, a liquidé sa cavalerie, Morok, 4 ans, Liverpool, 5 ans, Fitz

Emilius, 6 ans, et Wagrain, 6 ans, appartiennent maintenant à M. Jules Rivière.

Morok gagne le prix du Cadran et le Grand Prix Royal; Liverpool, deux courses, en province, de 7.000 fr.; — Fitz Emilius, le prix de la Forêt, de 1.500 fr., à Chantilly, alors pour chevaux de 8 ans et au-dessus, sur 6.000 mètres; — et Wagram, six prix gouvernementaux, s' élevant à près de 18.000 francs.

Mais la palme revient à Premier- Août, 5 ans, qui, devenu la propriété de M. de Barbotan, remporte 7 victoires, dont le prix National (6.000 fr.), à Chantilly, formant un total de plus de 22.000 francs.

Le Chourineur, 4 ans, crédite M. de Véauce d'une douzaine de mille francs, avec quatre prix.

Enfin Ade?i, 4 ans, à M. Désuzard, gagne plus de 20.000 francs en province.

Illusion et Suprêma, qui se montrent les meilleures parmi les jeunes, ne feront rien par la suite.

C'est de 1848 que date la suppression des jumenteries du Pin et de Pompadour. De cette époque — et sauf le court intervalle du rétablissement de la jumenterie de Pompadour, en vertu de la loi de 1874 sur la réorganisation des Haras — le rôle des haras du Pin et de Pompadour, comme de tous les autres dépôts d'étalons, se bornera à tenir à la disposition des éleveurs un certain nombre de reproducteurs appropriés aux besoins publics, à des prix très modérés.

L'étalon Sting (Slane et Écho), dont nous avons parlé en 1846, étant tombé boiteux dans le Goodwood Cup, fut acheté pour 15.000 francs par M. Tattersall, qui l'importa en France pour le livrer à la reproduction.

1 sera non seulement l'un des trois pères présumés de Monarque^ mais encore le père de deux juments remarquables. Échelle et Jouvence, et de produits comme Moustique, Peu d'Espoir, Lysisca, etc.

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