‹ Historique du Chancre mouChapitre 10 sur 24 · RER) CHER · texte numérisé non relu

RER) CHER

Dans sa description de la vérole, en 14%, Marcellus Cumanus n'élablit nulle part de comparaison entre la maladie nouvelle, affection générale pour lui, et les maladies vénériennes anciennes qu'il regarde comme absolument locales et qu'il traile comme telles.

Jusqu'en 1517, Jean de Vico décrit la vérole dans son traité de Chirurgie, au livre V, sous le nom de Morbus gallicus ; tandis qu'il décrit le chancre simple au livre IT dans deux chapitres ayant pour litre : « De calefactione el carolis qui solenl evenire juventbus inler pellem et proeputium virgae » el « de puslula carbunculosa'qüae oriri solet inter pellem et proeputium virgae. » Il prévient même qu'il ne faut pas confondre l'accident

primilif de la svphilis qu'il décrit comme un ulcère in-

‘duré (ulcus cum callosilale) avec le chancre simple qu'il

‘appelle ulcère rongeant, putride, serpigineux, chancreux,

gangreneux,. wirulent (ulcus- corrosivum, putrefaclum,

cancrosum, gangr enosum, viralentum).

Peñdant les premières aññées qui ont suivi Fapparitiôn de la, vérole, aucun auteur n'a classé dans l'élude

de la syphilis; au nombre des formes qu'elle püt revé-

tir, hi la blennorrhagie ni le chancre simple.

Mais bientôt le « mal français » fut dans les lrailés, rapproché des affections vénériennes anciennes et il lui ful assimilé dans des descriptions communes.

Cl esten 1508 que Georges VELLA, le premier, commit

Hé grave erreur d'englober le chanere simple dans la

vérole, de-mettant au nombre de ses symplômes. Il re-

connait vou les deux : ma aladies présentent certaines dif:

férences,; mais comme elles affectent loutes deux les organes génilaux et qu'elles se transmettent également par le coït, il croit tout naturel d'en faire une unité morbide ! EL il établit que la grande épidémie de syphilis n'est qu'un coup de fouet donné au vieux virus chancreux déjà éonnu et que tous deux sont de même nalure.

Pourtant jusqu'en 1517 Jean de Vico a beau insister sur là différence des deux maladies, la confusion conlinue, œuvre des médecins qui ayant commencé à praliquer leur arl postérieurement à 149, n'avaient pu conparer avec la maladie nouvelle les affections vénériennes régnant de Lemps immémorial avant la fin du XV° siècle (BASSEREAU).

En 1532, Nicolas Massa va plus loin. I] fait du bubon chanereux un accident syphilitique.

“En 1940, Anloine Lecog écril : « Quelquefois le virus se jette sur les aines et en tuméfie les glandes : si la Lumeur suppure, c'est souvent un bien. Cètle maladie s'appelle bubon ou poulain par un {rail de raillerie contre ceux qui en sont allaqués, d'aulant qu'ils marchent en écarlant les jambes comme s'ils élaient à cheval ». {De ligno sancto non perniscendo, ch. 7 1540).

La génération des contemporains de l'épidémie continuant à disparaitre, l'erreur va grossir encore, car ce n'est pas tout: en 1551, Musa Brassavoze englobe pareillement la blennorrhagie connue du temps de Moïse, dans la même unité morbide, comme on le voit toute

de fantaisie (RoLLer).

La gale même fut souvent décrite comme élant d'origine syphilitique sans comptér l'hérpès, les végétations, etc. RS

La syphilis en effet étant une maladie à longue évolution etne préservant pas des autres affections génitales, on trouvait toutnaturel de faire de ces dernières des symptômes nouveaux de la vérole, quand un syphilitique les contractait incidemment.

Celle réunion monstrueuse, grande entrave pour la science ét grand malheur pour les malades, devait durer plusieurs siècles, puisqu'il faut arriver à une époque très rapprochée de nous pour assister à la dissociation du mal vénérien.

Bien que la plupart des auleurs reconnaissent, FracAsToR en particulier, que la syphilis semblât se modifier, la description qu'ils nous donnent de la vérole ressemble tout à fait à ce que nous en connaissons aujourd'hui. PSS

CHABALIER dans sa thèse rapporte plusieurs observations empruntées à TorELLA. D'autres nous viennent de LuisiNuüs en tout point conformes à ce que nous savons aujourd'hui de la vérole. Nous y trouvons notamment des cas de contagion héréditaire et un exemple de chancre céplalique contracté par un individu sain buvant après un syphililique.

On se demandé donc comment Asrruc, un des plus ardents partisans de l'unité vénérienne, pouvait voir dans la blennorrhagie el le chancre simple des symplômes de la syphilis, l'un s'ajoutant du temps de Massa, l'autre

du temps de Brassavore.

A le

D'ailleurs, nous le fait remarquer Rozzer dans son traité sur la pluralité des maladies vénériennes, est-on autorisé à admettre que la maladie elle-même se soit modifiée au point que des symptômes nouveaux lui aient élé ajoutés ? Et quels symptômes ! La blennorrhagie el le chancre, c'est-à-dire deux affections antérieurement connues et.qui chez nous sont trois ou quatre fois plus fréquentes que la vérole, et beaucoup plus encore dans d’autres pays ! Il résulte, en effet, d’un relevé portant sur plus de 2.000 observations que les maladies vénériennes s'observent. dans des proportions tellés que la blennorrhagie forme environ les cinq douzièmes du nombre lolal ; le chancre simple les quatre douzièmes et le chancre infectant les trois douzièmes.

Toutes ces maladies existent isolément, c’est-à-dire une à une, dans la très grande majorité des cas, environ 90 fois sur 100. Elles se rencontrent à l'état de coexistence, deux à deux,-ou même trois à trois, environ 10 fois sur 100 seulement, c'est-à-dire dans un nombre de cas assez restreint pour qu'on puisse le considérer comme une exception. |

Cette stlalistique que nous empruntons à RoëLET (1862) n'est peut-être pas conforme à la réalité des fails, car les chiffres relatifs aux chancres ne peuvent avoir l'autorité de ceux que nous fournirions aujourd'hui avec certitude grâce à nos moyens de contrôle, examen microscopique, réaction de WassErmanN, elc., sans oublier la notion récente du chancre mixte. Malgré cela,

nous pouvons nous appuyer sur elle pour nous élonner

DRE Es

encore de la grossière erreur d'où naquil le mal vénérien ; d'autant plus qu'elle est, plus que nos statistiques modernes, conformes à l'apparence des faits, car les moyens d'investigation de RoLcer, il y a cinquante ans, n'élaient guère plus perfectionnés que ceux dont pouaient user Asrruc et ses conlemporains. À la rigueur, sans nous occuper de la fréquence respeclive des deux chancres pour lesquels il n'est pas, à grand Lort comme nous le verrons plus loin, tenu compte de la. situation sociale des malades dont il est question, nous pouvons retenir seulement le petit nombre de cas (10/100) où al y a coexistence de deux ou de trois de ces maladies, encore que ce chiffre nous paraisse exagéré pour des observateurs qui ne se doutaient pas de la fréquence du €chancre mixte.

Les partisans de l'unité vénérienne ont donc dû admettre qu'à une cerlaine époque (du temps de Massa) le chancre simple avec le bubon chancreux était venu s'ajouler à la vérole et qu'à une autre époque (du temps de Brassavoe) la vérole avait acquis un nouveau symptôme, la blennorrhagie ! Et pourtant ils sont forcés de reconnaître que ces mêmes gonorthées, ces mêmes chancres, ces mêmes bubons existaient avant l'apparition de la syphilis !

Même à celte époque, comme nous le disions plus haut, on savail que la syphilis, maladie générale et contagieuse, pouvait se transmettre en dehors de tout rapport sexuel et on connaissait le grand nombre de cas

venus d’une contagion non vénérienne. Au contraire,

pour les lrois affections prises en masse el coexislant, les slalistiques sur l’origine de la contagion étaient tout à fait différentes, les cas de transmission par le coït se mullipliant à l'infini puisque c'est ainsi que se transmettent Loujours ou à peu près Ja blennorrhagie et le chancre simple. On connaissait parfaitement des cas de -syphilis venues de certaines fonclions physiologiques ou de cerlaines praliques médicales, religieuses ou professionnelles, telles que l'allaitement, Le toucher vaginal, la circoncision, le soutfflage du verre. Les bubons et es blennorrhagies accompagnaient-ils ces conlagions ? Jamais !

Asrruc avait même signalé des chancres qui n'élaient suivis d'aucun accident svphilitique.

Dès le XVI siècle, se basant sur cette observalion : que le bubon suppuré est l'apanage presque exclusif du chancre non infectant, on regardait naturellement la suppuralion comme élant de bon augure et guérissant de la vérole dont il prouvait Fabsence dans la mayJorilé des cas. « S'il survient un bubon, dit TnierryY DE HÉRY, en brief l'ulcère sera curé et guary et sera le patient exempt de la vérole par la méthodique et bonne curation dudit abscez. Mainis ont ulcères, cacœths et malings qui toutefois n’ont pas la vérole. »

Seuls les malades exceplionnels alleints de chancre du canal, ou contractant les deux ou les trois maladies à des époques très rapprochées, auraient dû, nous semble-t-il, égarer le diagnostic.

Quoi, qu'il en soit, la confusion devait durer plus de

; trois siècles. Confusion incomplète, ilest vrai, pour quelques-uns qui reconnaissaient qu'avant la vérole, il y avait des ulcéralions d’une nature particulière, siégeant aux parties génitales, conlagieuses et décrites autrefois par les Grecs, les Lalins el les Arabes. De ce nombre est Vico que nous avons déjà cité, Fracasror qui vivait vers la même époque (1540), Farrore (1960) : « A1 caries gallica, ditAl, non est ista pulredo quam refert Hippocrales, elec. ».

On savait que certains chancres n'étaient pas suivis de vérole el, non seulement parmi les accidents qui restaient le plus souvent locaux, on a toujours noté depuis celte époque les chancres serpigineux et surtout les chancres ganglionnaires ou bubons chancreux, mais depuis FALLoPE au moins, il y a toujours eu un ulcère présentant certains caractères délerminés qui a passé pour êlre plus grave que les autres, et cet ulcère est précisément celui que les contemporains de la syphilis, au XV° siècle, décrivaient tous comme l'accident primitif propre de cette maladie ; mais on ne se demandait pas si à ces caractères pouvaient s’en ajouter d'autres permettant d'en faire une espèce distincte, tels que l'incubation, le nombre, le mode de transmission, la réinoculabilité, l'évolulion, elc. Tous déjà insistaient sur la dureté du chancre infeclant : ulcus cum durilie (GasparD TORELLA (1497), cum callosilate (Vico 1914,) pustula indurata (MayNaRD 1918), durilies (Ferry 1537), cum callositate

elcum durtlie (Losera 1544), durilies (BrassAvoLe 1550),

callosa cicatrix (FALLOPE (1555), cum durilie (BoraL 1563), callosis labiis (Perronius 1567).

Tarerry de Hery, Ambroise Paré, Nicolas de BLa- GNY, Jean-Louis Perir (1709), Asrruc (1750) parlent même de la durelé de la cicatrice. .

N'est-il donc pas étonnant que pendant des siècles, les médecins ont traité Loutes ces maladies comme ne formant qu'une seule espèce, leur donnant comme trai-

tement celui de la plus grave et de la moins fréquente ?

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