Livre des Lumières, chap. i, p
Contes et fables indiennes, chap. i, t. I, p. 357.
Spécimen sapientia Indorum, sect. i, p. 63.
Del govemo de* regni, essempio i, fol. 15 verso.
Calila é Dymna, chap. m, p. 24»
Uber de Dina et Kalila, chap. iv.
Directorium humane vite, chap. n.
Dos Buch der Weisheit, chap. n.
Exemplario contra los enganos, chap. n.
Discorsi degli animali, fol. 24 recto.
Filosofia morale, liv. I, fol. 25 verso.
Cette fable se retrouve dans VAUar JEsopus de Baldo (fab. xv) et dans le Livre des MerveiïUs (fol. 96 recto). On la rencontre également dans les Mille et une Nuits (traduction allemande de Weil^ t. m, p. 915) et dans Upham, Sacred and historical books of Ceylon (i) (t. III, p. 292). J. Walchius, dans sa Decas fabularum (fab. viii),
(i) The Mahamnui, the lUja^Eahuuari and the Baja-^Vali, forming Ae saend and historical ftooib of Ctyhm ; aUo a Colketûm of tracts illustrativc of the doctrine and literatun of Bnidbism, translated from the singhalese, edited by Eow. Upham. Loodon, 1833, 3 vol. in-8«.
a traité ce sujet et y a ajouté de longues diss< talions. C'est du Lwrt âes Lumières que La Fo laine a tiré sa fable intitulée « Les Poissons et Comioran b.
Cette fable est tirée du Pantchatantra (liv. ' fab. tx). Voyez ausà :
Kalila and Dimna, chap. x, p. 169.
Attojdr-i SouhaiU, chap. vi, p. 409.
Coates et fables indiennes, chap. vi, t. III, p. J
Speàmm sapientia Indcrum, xa. VI, p. JJ?.
Del governo d^ regni, essem|rio v, fol. 50 vers
CaUia i Dymim, chap. viii, p. ^7.
Uber de Dîna et Kalila, chap. ix.
Directorium humant vite, chap. vil.
Dos Bach der Weisheit, chap. vu.
Exemplario contra hs enganos, chap. VII.
Filoiofia morale, irattato IV, fol. 8} recto.
Cette fable se retrouve dans VEyar-i Danii (traduit dans jisiaiic Miscellaniis lyChambersai
Jones, Calcutta, 1787, p. 69) et 4iaiis VAUer ^sopus de Baldo (£ib. xvi).
L'histoire d'Alnaschar, d«BS les MÛk et wu Nuits (nuit CLXXVi), est une imitation de cette fable (i), de laquelle dérive aussi celle de « La Laitière et le Pot au lait », sujet qui a été traité en Europe, dès le commencement du xiv« siède, par Don Juan Manuel, dans El Cottde Lucanor(2)j d'où il a passé, en subissant quelques modifications, dans le Dyalogus Creaturarum (3) de Nicolaus PergamiiHis, les Jod mc sala iX)ttoBiarQs Luscinius, les Facette (4) de Domemchi, la Sykw sermonum (5) de J. Hulsbusch, ks Coniês et jeyeux devis de Bonainenmre Des Périers, ks Sênmmes commàles de Gast, ks Apciagi Phnàrii de J. Regnerios (6), k Democritus ridens (7), ks Fables
(i) Benfey en indique ane antre imitation dans le même ouvrage.
(2) Vojrez la traduction firançaise, exemple m.
(3) Dyalogui Creaturarum. Goudc, 1480, petit in-folio , de 103 ff., avec fig. sur boit.
(4) Facette, motti e hurle ii diverti signori, raecelu dm L. Do- MEMiCBi, ii nuovo id setiimo libro ampliate, Pirenze, 1(64, in-8*>.
(0 ^^ Hnmmvm Jue m tê iteiumru we, m fiM «nnt à is t mié t, et exempta varia, faeeiiis midique referia, amtinemiur. Basilese, is68, in-8«.
(Q Dhion.« X64), in-ia, part. I, fiib. «zv.
(7) Demoeritu$ ridtm, sive Camfut reenaiioiimm hometiarum, eum e$c o r €itw t ê mdamtMia. Ameiel., 16$ $, in-ii, p. 1(0.
de Lorenzo Pignotti (i) (fab. vm), et enfin dans le recueil de La Fontsiw^, qui a dû remprunter à Des Périers (2).
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SOUNDA ET OUPASOUKOA.
Le sujet de cette histoire appartient à la poésie épique, et forme un des nombreux épisodes du Màhdbhdrata (3), poème que l'on doit au célèbre Vyâsa. Cet épisode, dont Fr. Bopp a publié le texte avec «ine t&adoction en vers dkmaads (4), présente de nombreuses différences avec l'histoire racontée dans ÏHitopadésa, et, dans le recueil
(x) Favcie e mwelU M JoUorê Lqrenio Piqhotci. Nûaa, ij^, 2 vol. in-i2.
(2) Rahdais, d$M le chapitre xjdci àê Gai^^toft (édit. àt IS35), fidt allusion à cette labte. Picrochole voulant conquérir le monde, un vieux gentilhomme lui dit : « Jay grand peur que « conte cette ontrepriose sera sembiaèlen 1» £bim dit pocas « laict, duquel un cordouannier se fûsoit riche par resverie i « puis, le pot cassi, neut de quoy disner. »
0) Voyei t J, p. a??'»*»» v- 7^^9^7}i-
(4) Voyez Indrahkagamanam. Ardschuna's BMse xj* Indra's Himmdf ndtl amierm Spùoden iet Miéa^BhontH ; in dtr UrsprtuAe ^m trstm mal htr$u^^gtbe; nutriub âkfrseti/^ vnd mit kritischen Anmerhungen versehen von Franz Bopp. Berlin, 1824, in-4% p. 6|.7i^ 37.45.
)50 SOURCES ET IMITATIOMS
pas leurs austérités. Alors les dieux, pour tromper les deux D^tyas magnaninfes, eurent recours à un antre artifice.
« Les soeurs, les ntôres, les femmes; et les serviteurs des dieux frères, traversés par un rakchas armé d'une pique, épouvantés, et perdant les pftrttres de leurs^ cheveux, leuis bijoux et leurs vêtements, les appelèrent à leur secours en criant : Sauvez-nous I Mais les deux grands ascètes n'interrompirent pas leur pénitence.
« Conmie ils n'éprouvaient l'un et l'autre ni peine ni émotion, les fenmies et cette apparition merveilleuse, tout disparut. Enscfte Brahnoâ, le grand-père de tous les mondes, se présenta devant les deux grands asouras, et leur accorda une grâce. Sounda et Oupasounda, ces deux fr^'es valeureux, dès qu'ils virent Brahmâ, restèrent les mains jointes sur leur front ; puis ils dirent ensemble au dieu souverain : Si le grand-père des momies est satisfait de notre pénitence, puissions-nous tous les deux posséder la connaissance des artifices de magie et celle' des armes ; puissionsrnous être forts, beaux et immolas, si le sùtchtemet maStte est content de nous demt.
« Brahmâ répondit : Excepté rinunortalité,
VOUS aurez tout ce que vous avez demandé ; vous mourrez comme meurent les immortels» et vous deviendrez puissants. Comme vous avez pratiqué de grandes et prodigieuses austérités, je oe vous donne pas Timniortalité. Vous vous êtes livrés à U pénitence afin de conquérir les trois mondes : princes des Daityas, voilà pourquoi je n'exauce pas votre désir.
« Grand-père des mondes, dirent Sounda et Oupasounda, puissions-nous n'avoir rien à aaiadre de tout ce qui existe dans les trois mondes^ parmi les êtres inmiobiles et ceux qui sont doués de la faculté de se mouvoir, excepté nous deux.
« Brahmâ répondit : Je dois vous accorder l'objet de vos désirs comme vous l'avez demandé et comme vous l'avez dit, et votre genre de mort sera en conséquence celui que je vous ai promis.
« Après avoir accordé cette grâce aux deux asouras, et mis fin à leur pénitence, le grandpère des mondes alla dans le Brahmaloka.
« Lorsqu'ils eurent reçu les faveurs de Brahmâ, les deux princes des Daityas, ces deux frères, devenus iimncibles pour le monde entier, retournèrent à leur demeure. Voyant que ces deux frères intelligents avaient obtenu une grâce, et n'avaiem
(dos rien à désirer, tous leurs amis partagèrent leur joie. Les deux Daityas défirent leurs tresses, et portèrent leurs cheveux boudés ; ils se parèrent de bijoux d'un grand prix, et se couvrirent de vêtements sans poussière. Us firent une fête extraordinaire et continuelle, et tous leurs amis ne cessèrent de se livrer à la joie. Mangeons! jouissons 1 donnons 1 amusons-nous 1 buvons 1 chantons 1 Tels étaient les cris dont retentissait chaque maison. Toute la ville des Daîtyas fut égayée et réjouie par le bruit des acclamations et des applaudissements que l'on entendait partout. « Pendant que les beaux Daîtyas se livraient à ces nombreux divertissements, les années furent pour eux comme un seul jour.
« Lorsque la fête fut terminée, les deux frères, qui désiraient les trois mondes, délibérèrent, et levèrent ensuite une armée. Après avoir pris congé de leurs amis et des vieux Daîtyas, leurs conseillers, ils firent leurs préparatifs de départ, et partirent pendant la nuit, à l'heure où brillait
la constellation Maghâ. Ils se mirent en marche avec une brave et grande armée de Daïtyas armés de massues, de haches, de piques et de masses d'armes. Loués par les bardes, qui leur prédisaient la victoire dans des chants de bénédiction et des panégyriques, ils marchaient avec joie.
• Les deux Daityas, qui allaient où ils voulaient, prirent leur vol à travers les airs, et, enivrés du cruel désir de combattre, ils allèrent dans le séjour des dieuï. Instruits de leur approche, et connaissant la grâce que leur avût accordée le maître des dieux, les souras abandonnèrent le ciel, et . allèrent au Brahmaloka.
B Les deux Daityas pleins de bravoure se rendirent maîtres du ciel d'Indra ; puis ils tuèrent les troupes deyakchas et de rakchas, et tous les êtres qui volaient dans les airs. Après avoir triomphé des nâgas, qui vivaient dans le sein de la terre, les deux héros, montés sur un grand char, vainquirent toutes les races barbares qui habitaient près de la mer. Les deux frères, dont les ordres étaient cruels, entreprirent ensuite la conquête de toute la terre; ils assemblèrent leurs guerriers, et leur tinrent ce féroce langage ; Les râdjarchis et les brahmanes, avec leurs grands sacrifices en
l'honneur des divinités et des mânes, augmentent l'éclat, la puissance et la majesté des dieux : il faut nous unir tous ensemble, et faire tous nos efforts pour détruire tous ces ennemis des asouras, qui se conduisent ainsi.
« Lorsqu'ils eurent donné cet ordre à tous leurs guerriers, sur la rive orientale de l'Océan, ils allèrent de tous les côtés avec des intentions cruelles.
« Les deux forts Daîtyas continuèrent leur marche en massacrant tous ceux qui sacrifiaient, et les brahmanes qui célébraient les sacrifices. Leurs guerriers prenaient dans les hermitages le feu des sacrifices et les offi'andes des pieux solitaires, et jetaient tout dans les eaux. Les imprécations proférées par les ascètes magnanimes, dans leur colère, n'atteignaient point les deux asouras : elles étaient détruites par le don de la grâce qu'ils avaient obtenue. Comme les imprécations, telles que des flèches lancées contre des rochers, n'atteignaient pas les deux fi-ères, les brahmanes renoncèrent â leurs pratiques de dévotion, et s'enfuirent de tous côtés. Tous les ascètes qui, sur la terre, avaient dompté leurs sens et renoncé aux passions, fuyaient comme les ser-
pents devant le fils de Vinatâ (i), tant Us redoutaient les deux Daityas I
« Les hermitages détruits, les vases brisés, et les Q&andes dispersées, le monde entier était désert comme s'il avait été dévasté par le dieu de la mort (2).
a Lorsqu'on ne vit plus ni râdjarchis ni richis, les deux grands asouras, avides de carnage, délibérèrent, ei se précipitèrent en avant. Ils prirent la forme de deux éléphants en rut, et, furieux, ils envoyèrent au séjour de Yama celui même qui s'était caché dans les montagnes. Se métamorphosant en lions, puis en tigres, et disparaissant ensuite, les deux cruels Daïtyas, grâce à ces stratagèmes, voyaient les richis, et les tuaient.
a Alors il n'y eut plus Sur la terre ni sacrifices, ni prières, ni rois, ni brahmanes, ni fêtes, ni cérémonies religieuses. La désolation et l'épouvante régnaient partout. On ne vendait et on n'achetait plus ; on ne rendait plus d'honneurs aux dieux; on ne faisait plus ni bonnes ceuvres, ni mariages. Il n'y avait plus de culture, et on ne gardait plus de bétail. Villes et hermitages, tout
était détruit ; le sol, jonché d'ossements et de squelettes, offrit un spectacle horrible. Le monde avait un aspect eftayant, et était hideux à voir.
« La lune et le soleil, les planètes, les étoiles, les constellations, et les habitants du ciel, tombèrent dans Taffliction en voyant cette œuvre de Sounda et d'Oupasounda.
« Après avoir ainsi conquis toutes les régions du monde par leurs cruels exploits, les deux Daïtyas, n'ayant plus d'ennemis à combattre, entrèrent dans le Kouroukchétra.
« Tous les dévarchis, les siddhas et les paramarchis tombèrent dans une profonde tristesse à la vue de ce grand désastre. Ces saints personnages, maîtres de leur colère, maîtres d'eux-mêmes, et maîtres de leurs sens, allèrent alors vers la demeure du grand-père des mondes, par compassion pour l'univers. Ils virent Brahmâ assis avec les dieux, et entouré de siddhas et de brahmarchis. Il y avait là le dieu Mahâdéva, Agni et Vâyou, Tchandra et Aditya, Sakra, les para-
maïchthyas, les richis, les vsukhânasas, les bâlakhilyas, les vân^prasthas, les marîtchipas, les adjas, les avimoûdhas, les tédjogarbhas et les tapaswins. Tous les richis s'avancèrent vers Brahmâ, et, après s'être approchés de lui, tous les pauvres maharchis lui racontèrent tous les exploits de Sounda et d'Oupasounda. Ils lui dirent en détail comment les deux Daïtyas avaient fait, ce qu'ils avaient fait, et la marche qu'ils avaient suivie. Ensuite, toutes les troupes de dieux et les paramarchis adressèrent la même plainte au grand-père des mondes.
ce Brahmâ, après avoir entendu les plaintes de tous, réfléchit pendant quelques instants, pour savoir ce qu'il devait faire, et, voulant faire périr les deux asouras, il fit appeler Viswakarman. Dès qu'il vit Viswakarman, Brahmâ, le grand ascète, lui dit : Créez une femme belle et digne d'être désirée.
« Viswakarman s'inclina devant le grand-père des mondes, et exécuta son ordre. Après avoir longtemps médité, il créa une belle femme. Tout ce qu'il y avait de beau dans les trois mondes, parmi les êtres immobiles et ceux qui ont la faculté de se mouvoir, cet artiste habile le réunit
358 SOURŒS ET IMITATIONS
dans son œuvre. Il fit entrer des rniHions de pierres précieuses dans le corps de cette femme ; il la composa d'un assemblage de pierres précieuses, et lui donna une forme divine. Cette créature, faite avec le plus grand soin par Viswakarman, n*avait pas son ^ale en beauté parmi les femmes des trois mondes. Il n'y avait pas en elle un seul atome sur lequel la vue des habitants du ciel ne restât attachée, tant elle était belle I Cette femme, dont le corps était pareil à celui de Srf, et dont les formes étaient si belles, ravit les yeux et les cœurs de tous les êtres. Comme on Tavait faite en assemblant des parcelles de pierres précieuses, le grand-père des mondes lui donna le nom de Tilottamâ (i).
a Tilottamâ s'inclina devant Brahmâ, les mains jointes sur son front, et lui dit : Maître des créamres, qu'ai-je â faire, et pourquoi ai-je été créée aujourd'hui ?
« — Ma bonne Tilottamâ, dit le grand-père des mondes, va, et, par ta beauté digne d'être désirée, séduis les deux asouras Sounda et Oupaâounda ; fais en sorte qu'à ta vue, et â cause
(i) C'est-à-dire compote» â* htlks parHeuks.
de ta beauté, ils aient querelle Tun avec Fautre. « — Oui, répondit Tilottamâ. Et, après avoir fait cette promesse, et s'être inclinée devant Brahmâ, elle fit le tour de l'assemblée des dieux en les saluant. Le bienheureux Maheswara était assis au midi, la face tournée vers l'orient ; les dieux étaient tournés vers le nord, et les richis de tous les côtés. Pendant que Tilottamâ faisait le tour de l'assemblée, Indra et le bienheureux Sthânou tinrent ferme contre elle. Lorsqu'elle passa auprès de Maheswara, qui avait un désir ardent de la voir, il vint à ce dieu, du côté du midi, un autre visage avec des yeux aussi beaux que le lotus. Dès qu'elle tourna derrière lui, il lui vint un visage du côté de l'ouest, et, pendant qu'elle passait vers le nord, il lui vint un visage au nord. Le grand Indra lui-même eut par derrière, sur les côtés, par devant, partout en un mot, mille grands yeux bordés de rouge. C'est ainsi que Mahâdéva devint autrefois Sthânou â quatre faces, et que Balasoûdana devint le dieu aux mille yeux. Il vint aussi des visages à tous les habitants du ciel et â tous les maharchis, partout où passait Tilottamâ. Les yeux de toutes ces divinités magnanimes, excepté le dieu Brahmâ, s'arrêtèrent plus d'une
fois sur le corps de cette femme, et, quand elle s'en alla, tous les dieux et les paramarchis pensèrent que l'affaire était faite, grâce â sa beauté. « Lorsque Tilottamâ fiit partie, le créateur des mondes congédia tous les dieux et les troupes de richis.
« Après avoir conquis la terre, et pacifié les trois mondes, les deux Daïtyas, n'ayant plus d'ennemis â combattre, et délivrés de toute inquiétude, furent satisfaits. Possesseurs de tous les joyaux des dieux, des gandharvas, desyakchas, desnâgas, des rois et des rakchas, ils étaient au comble de la joie. Comme il n'y avait plus ici-bas personne qui pût leur résister, ils n'avaient plus rien à faire, et ils se livraient au plaisir comme deux immortels. Ils avaient des femmes, des fleurs, des parfums, des mets délicats, toutes sortes de breuvages délicieux, et menaient joyeuse vie. Ils se promenaient comme deux immortels dans le jardin de leur palais, dans les montagnes, dans les forêts, et partout où ils voulaient.
« Ils allèrent un jour en partie de plaisir sur un plateau du Vindhya, au pied d'un rocher uni, au
milieu des arbres dont les branches étaient fleuries à leurs extrémités. Ils s'assirent tout joyeux, avec des femmes, sur des sièges excellents, magnifiques et agréables, que l'on avait apportés en ce lieu; puis des femmes vinrent vers eux en jouant des instruments de musique et en exécutant des danses, et s'avancèrent en chantant leurs louanges.
« Tilottamâ, parée d'une manière séduisante, et vêtue de rouge, cueillait des fleurs non loin de là, dans la forêt. Tout en cueillant les kamikâras nés sur les bords de la rivière, elle vint doucement vers l'endroit où les deux asouras étaient assis. Les deux frères, qui avaient bu un excellent breuvage, et avaient le bord des yeux rougi par l'ivresse, furent troublés en voyant cette belle femme. Ils "se levèrent tous les deux, et, quittant leurs sièges, ils allèrent auprès d'elle. Ils étaient tous les deux ivres d'amour, et désiraient cette femme. Sounda prit la belle Tilottamâ par la main droite, et Oupasounda la prit par la main gauche. Fiers de la grâce qu'ils avaient obtenue, enivrés de leur puissance, de leur force et de leurs richesses, ivres de boissons spiritueuses, les deux asouras, en proie à ces différentes sortes d'ivresse,
et possédés par la passion et le désir, s'interpellèrent l'un l'autre en fronçant le sourcil. C'est ma femme, dit Sounda, et tu dois la respecter comme un précepteur spîrimel. — Ta femme est mon épouse, répliqua Oupasounda. — Elle n'est pas à toil — Elle m'appartient I Alors la colère les saisit. La beauté de lllottamâ les rendit fous, et, n'ayant plus d'affection ni d'amitié l'un pour l'autre, ils prirent tous deux leurs massues redoutables, pour se disputer cette femme. Troublés par le désir de la posséder, les deux frères, après avoir saisi leurs massues terribles, se frappèrent l'un l'autre en criant : C'est moi le premier I c'est moi le premier! Les deux redoutables asoiu'as, frappés de coups de massue, tombèrent tout sang;lants sur le sol : on eût dit deux soleils tombés du del. Alors les femmes s'enfuirent, et tous les Daîtyas, tremblants de crainte et de douleur, allèrent dans le Pâtâla.
« Brahmâ, ce dieu dont l'esprit est pur, vint ensuite avec les dieux et les maharchis, pour rendre honneur à Tilottamâ. Le bienheureux grand-père de toutes choses accorda une grâce à cette femme, et elle choisit les mondes lumineux et éclatants. Alors le dieu, satisfait, lui dit :
Femme séduisante, tu parcourras les mondes que parcourt le soleil, et, à cause de ton éclat, personne ne pourra bien te voir.
« Après avoir accordé cette grâce à lllottamâ, Brahmâ, le dieu souverain, donna les trois mondes à Indra, et alla dans le Brahmaloka. »
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