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Bulletin historique de l'armée du 20 au 30 frimaire

hiver rigoureux, conquis 40 lieues de terrain, livré deux combats opiniâtres, remporté une victoire mémorable, fait |)rès de 14.000 prisonniers, détruit l'élite de l'armée autrichienne, pris 107 pièces de canon, franchi deux rivières qui sont regardées comme les plus fortes lignes de l'Europe, et porté les armes françaises dans un pays où elles n'avaient jamais pénétré.

)) Soldats ! encore quelques efforts, et le poids de vos victoires l'emportera sur l'or de l'Angleterre, et la République, dont vous êtes l'orgueil, vous récompensera de vos glorieux travaux. Déjà le Gouvernement, instruit de la bataille de Hohenlinden, me charge de vous témoigner la reconnaissance nationale. — Cette journée, me dit-il, remplit la France d'espoir et de joie ,* elle va communiquer aux autres armées une émulation qui aura pour résultat cette paix si souvent et si généreusement offerte par le vainqueur ».

Depuis l'entrée en campagne, le service des subsistances de l'armée avait été remarquablement assuré, grâce aux mesures prises par le commissaire-ordonnateur en chef Mathieu- Faviers. Les distributions en viande, fourrages, eau-de-vie avaient été constamment régulières; le pain n'avait jamais manqué jusqu'au 13 frimaire, époque à laquelle les marches rapides des troupes, leur éloignement des points de manutention, le mauvais état des routes en cette saison, l'insuffisance des caissons avaient rendu le ravitaillement difficile. (( Cet inconvénient, dit Mathieu-Faviers, se conçoit facilement lorsque l'on considère que l'armée était à une distance de plus de 20 lieues de Munich, seule place importante qu'elle eût alors pour la fabrication* )). Depuis l'ancienne ligne de démarcation jusqu'à la Salzach, l'ennemi n'avait laissé ni fours ni magasins. Munich restait le seul centre de ravitaille-

1. Mathieu-Faviers au Ministre de la guerre, Salzburg, 25 frimaire.

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ment. Il fallut faire des efforts considérables et vaincre des difficultés inouïes pour subvenir aux besoins des troupes. La prise de Salzburg procurait heureusement à l'armée de, nouvelles ressources. Des fours y furent construits et alimentés par le produit d'une réquisition de 15.000 quintaux de grains frappée sur rarchevêché. Mais l'armée n'allait pas tarder à s'éloigner, et Mathi eu-Fa viers conjurait le Ministre d'envoyer le plus promptement possible à l'armée les 297 caissons des vivres annoncés depuis le 14 frimaire. Faute de ces moyens de transport, Mathieu-Faviers jugeait impossible d'assurer le ravitaillement de l'armée en pain *.

L'irrégularité relative dans les distributions avait produit la maraude et le pillage, et, par contre-coup, l'indiscipline. Moreau, qui s'efforçait de faire la guerre avec justice et modération^, de ménager autant que possible les populations^ et de réprimer les abus^ édicta le 26 frimaire un ordre du jour où il rappelait aux troupes leurs devoirs envers leurs chefs, envers les habitants, envers eux-mêmes. Son langage était digne des premiers temps de la croisade républicaine :

(( Des plaintes multipliées sur votre conduite me parviennent de toutes parts; le pillage et l'indiscipline font parmi vous des progrès effrayants ; il faut que ce désordre cesse ; il ternirait tous vos lauriers.

)) Je sais que nos marches rapides, que la difficulté des communications, la rigueur de la saison n'ont pas permis des distributions régulières, et que cet abandon forcé a dû faire naître des abus : mais à l'avenir vous serez sans excuse, et vos chefs, je vous l'annonce, seront sans indulgence.

l. Mathieu-Faviers au Ministre de la guerre, Salzburg, 25 frimaire.

9. Moreau à Kray, Wiblingen, 30 floréal an VIII ; Moreau à Tarchiduc Charles, Salzburg, 19 nivôse an IX ; Moreau et sa dernière campagne, p. 50. Voir à ce sujet supra, p. 37 et suiv.

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