INÈS DE LAS SIERRAS
A LA PETIIA CAMAftA
Nodier raconte qu'en Espagne [ Trois officiers, cherchant un soir Une venta dans la campagne, Ne trouvèrent qu'un vieux manoir;
Un vrai château d'Anne Radcliffe, Aux plafonds que le temps ploya.
Aux vitraux rayes par la griffe Des chauves-souris de Goya,
W ÉSIAUX ET CAMÉES.
Aux vastes salles délabi'ées.
Aux couloirs liTrant leur secret, Architecluii^ effondrées Où Piraiièse se jierdrdit .
Peiidaiil le soucier, que regaiik* Une collection d*aïeu3î Dans leurs cadi^s montant la garde.
Un en répond aux chants joyeux ;
D'uu long corridor en décotnbn-s.
Par la lune bizaiTcmcnt Entrecoupe de claire el d wnbres, Débusque un fantôme cliarniant ;
Peigne au chignon, basquiue aux liaiiehes.
Une femme accourt en dansant.
Dans les bandes noires el blanches Apparaissant^ disparaissant.
ÉMAUX ET CAMÉES. tl
Avec une volupté morte, (Cambrant les relus, penchant le cou.
Elle s'arrête sur la porte.
Sinistre et belle à rendre fo».
Sa robe, passée et fripée Au froid humide des toml^aux, Fait luire, d*un rayon frappée, (Juelques paillons sur ses lambeaux ;
D*un pétale découronnée A chaque soubresaut nerveux, Sa rose, jaunie et fanée, S*effeuillc dans ses noirs cheveux.
Une cicatrice, pareille A celle d'un coup de poignard, Forme une couture vermeille Sur sa gorge d*un ton blafard ;
M ÉMAIW ET CAMÉES.
Et SCS mains, pâles el fluettes, Au nez des soupcurs pleins d*clTroi Entrechoquent les castagnettes, Comme des dents claquant de fittid.
. Elle danse, morne bacchante, La cachucha sur un vieil air D'une grâce si provocante, Qu'on la suivrait même en enfer.
Ses cils palpitent sur ses joues Gomme des ailes d'oiseau noir, Et sa bouche arquée a des moues A mettre un saint au désespoir.
Quand de sa jupe qui tournoie Elle soulève le volant, Sa jambe, sous le bas de soie, Prend des luein^ de marbre blanc.
ÉMAUX ET CAMÉES. fiS
Elle se penche jusqu^à teiTe, Et sa main, crun geste coquet, Gomme on fait des fleurs d'un parterre, Groupe les désirs en bouquet.
Est-ce un fantôme ? Est-ce une femme?
Un rêve, une réalité, Qui scintille comme une flamme Dans un tourbillon de beauté ?
Cette apparition fantasque, C'est l'Espagne du temps passif Aux frissons du tambour de basque 8'élançant de son lit glacé,
Et brusquement ressuscitée Dans un suprême boléro, Montrant sous sa jupe argentée La divisa prise au taureau.
La licatrice qu*elle porte, CVsl le coup de grâce donné A la génération moite Par chaque siècle nouveau-né.
J ai vu ce fiintôme au Gymnase, Où Paris entier Tadmira, Lorsque, dans son linceul de gazi^, Panit la Petra Camara,
Im))assible et passionnée.
Fermant ses yeux morts de langueur, * Kt. comme Inès ^a$sassiné(^ Dansant un poignard dans le cœur !
LES ACCROCHt*COELns.
Ravivatil les langucufs nacrées De tes yeux battus el vainqueurs ^ En mèches de parfums lustrées Se courbent deux accroche*cœui*s.
A voir s'an'ondir sur tes joues Leurs orbes tournés par tes doigts.
On dirait les petites roues Du char de Mab fait d*une noi!f .
Ott ÉMAl'X ET CAMÉES.
Ou l'urc de i* Amour donl les pointes, Pour une flèche à décocker, En ccrole d*or se sont rejointes A la tempe du jeune archer.
Pouiianl un scrupule me trouble, Je n'ai qu'un cœur, — alors, pourquoi, Coquette, un accroche-cœur double.
Qui donc y pends-tu près de moi ?