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Quand la notion de l'attribut n'épuise pas celle du sujet, et qu'on ne peut pas indifféremment mettre l'un pour l'autre, ce n'est pas définition, c'est jugement. — La satire aussi définit à sa manière. — Ainsi La Rochefoucauld a défini la modération « une crainte de « tomber dans l'envie et dans le mépris que méritent « ceux qui s'enivrent de leur bonheur; » — et La Bryyère a défini la gravité ce un mystère du corps des- « tiné à cacher la faiblesse de l'esprit. » — Selon Diderot, « la liberté religieuse est pour chacun le droit ce de persécuter à son tour* » •— Il est clair qu'il s'agit
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ici d6 la fausse modération^ de la fausse gravité^ de la fausse liberté.
Une définition est bien un jugement, mais un jugement qui renferme ou qui engendre tous les jugements qui, en un moment quelconque, peuvent se porter d'un objet. Et réciproquement, en réunissant tous les jugements qu'on peut, en un moment quelconque, porter sur un objet, on a la définition.
Nous pouvons donner ce nom aux propositions suivantes :
— « L'adresse est la juste distribution des forces « qu'on a. d (Montesquieu.)
— c< La droiture est une pureté de motif et d'in- « tention qui donne la forme et la perfection à la vertu, « et qui attache l'âme au bien pour le bien même. » {FUchier.)
— « Une armée est un nombre plus ou moins con- « sidérable d'hommes armés et rassemblés sous un chef « pour défendre leur pays, ou pour attaquer, dans l'in- « térêtde leur pays, une contrée étrangère. » (Fléchier.)
— « La reconnaissance est la mémoire du cœur « (le ressentiment des bienfaits reçus). »
— a L'univers est une sphère dont le centre est « partout, la circonférence nulle part* »
•*-^ « La foi est une vive représentation des choses < qu'on espèrCj et une démonstration de celles qu'on « no voit pointi » (Hébreux, XI, 1.) (1).
(i) Voiries exemples de déûnition tirés de Gicéroii dans la note de RoUin sur la définition, tome I, pag^ S40, de Qcimtilien, lib. Y, cap. X, de Locis argumentorum.
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Une définition peut se compliquer d'un jugement, ou renfermer un jugement explicite : « La mort est la « fin de ce rive inquiet qu'on appelle la vie. )»
Tout discours commence ou est censé commencer par la définition de l'objet, à moins qu'il ne soit très connu
— Presque jamais il ne l'est bien. — Et lorsqu'il est connu, il n'est pas. distinctement présent à l'esprit de la plupart des auditeurs.
[ Cicéron rejette la définition formelle, comme présentant quelque danger par la rigueur dont elle a besoin, comme sentant trop l'école, enfin comme pouvant difficilement entrer dans l'esprit de l'auditeur qui n'a pas le temps de s'arrêter (1). « Au reste, dit Marmon- « tel, tous les genres d^éloquence n'exigent pas les « mêmes précautions que le plaidoyer, où l'agresseur « et le défenseur doivent être sans cesse en garde, et « frapper et parer presque en même temps. Ainsi la
<c définition est moins critique et moins périlleuse
« dans le genre de l'éloge, ou de la délibération (2). »]
Mais il est toujours nécessaire de se définir exactement l'objet à soi-même.
La définition n'est pas seulement un moyen de clarté, un élément d'instruction, la base de l'argumentation : c'est souvent un commencement de preuve (3).
— Au moins, la démonstration est ferme et assurée à proportion que la définition a été exacte et claire. Ainsi la définition du mot bien dans Romains, VIII, 28 :
(0 Cicéron, De Oratore, 11, 25.
(2) Marmontel, Éléments de littérature, lome II, article Définition.
(3) Voyez QuiNTiufiN, Uv. V, ch. X.
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« Toutes choses concourent ensemble au bien de ceux « qui aiment Dieu. »
La définition est directe ou indirecte: directe, lorsqu'elle va droit à l'idée; indirecte, lorsqu'elle y arrive par un détour.
La définition directe peut être stricte ou développée. Dans le premier cas, qui est celui de la définition proprement dite , elle se réduit à l'indispensable, ayant soin de ne rien omettre. Dans le second, on répète, sous des formes diverses, les termes mêmes dont la définition se compose (1), ou bien on les définit, ou encore on divise la matière de chacun de ces termes, ce qui est une énumération des parties (2).
La définition directe est tantôt simple, tantôt comfnnie. Elle est combinée quand elle se complique d'une autre définition, par le rapprochement d'une idée ou différente, ou opposée, ou semblable, ou voisine, ou plus particulière, ou plus générale (3), etc.
La définition directe peut enfin être descendante ou
(i) Exemple : « Le mondej c'est la créature prise en elle-môme, c'est tout ce M qui passe, c'est tout ce qui n'est pas Dieu. »
(3) Voyez BouaDALODE, Àvent, Sermon sur la récompense des saints, le cornmenoement de la seconde partie. (Édition Lefèyre, tome I, page 5.)
(3) La définition combinée a la Tonne
a) ou d'une distinction. — Une chose est ceci et non pas cela. Ainsi le monde, d^fia le sens de i Jean, II, 15, ce n'est point Tensemble de l'humanité, ni l'ordre de la création, ni le tumulte de la société. (Voyez la définition du courage dans l'Oraison funèbre de Turenne, par Flécbi£r.)
b) ou de Vexclusion. — On définit le vrai zèle par les caractères du faux. (Voyez le Tartufe, acte I, scène VI.)
c) ou de la comparaison — avec les semMables {assimilation). Remords, repentir.
<l) ou de la différence entre Vespèce et le genre. — République, démocratie; amour-propre, yanité; — justice, équité.
é) ou de la preuve même de l'ezistenoo de f objet.
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ascendante. La forme descendante est la plus ordinaire. La forme ascendante ou régressive consiste à construire ridéO; ou^ si Ton veut, à en faire la genèse.
Ces différentes formes peuvent encore être combinées (1).
Voioi quelques règles sur l'emploi de la définition directe.
l"" Ne pas donner à la définition trop de place dans le discours, dont il faut craindre de rompre le mouvement.
2'' Éviter les distinctions et les classifications trop subtiles, qui supposent chez l'auditeur une grande habitude de l'abstraction et une connaissance délicate de la langue.
3* Ne pas recourir sans nécessité à la définition formelle (2) ; — lui donner autant que possible la forme de la construction ou de la discussion (3) .
4° Ne pas vouloir tout définir. Ainsi :
o) ce qui est bien connu, et bien présent à l'esprit de tous ;
b) les idées qui sont trop simples, parce qu'elles sont la substance même qui sert de base commune à toutes les idées, les molécules organiques de la pensée
(1) Voyef RtiNHAiiD, sur VÊmbarraê {Sermons pour 1792,) sermon n, et MaAsiLLOH, Carême, Sermon sur V Immutabilité de la loi de Dieu, le commenoement de la seconde partie. (Tome I, page 4S9, édition Leféyre.)
(3) Si Ton examine lei œuvres des maîtres, on yerra que la définition formelle est rarement celle qu'ils préfèrent. Comme ils prouvent en définissant, ils défluittent en prouvant. Leurs définitions sont rarement une stagnation du discours; on ne les entend pas dire comme TlnUmé dans les Plaideîtrs :
... Puis done qu'on nous permet de prendre Haleine, etc.
^3) Voyez Chrysostome sur la nkie gloire.
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et du discours, quelque chose qui ne peut pas se définir puisqu'il ne peut pas se décomposer, et qui se défi* nit par la vue môme de l'objet ou du fait, non par des mots;
c) les idées qui, tout à la fois, échappent et répugnent à la définition, à cause de la sphère élevée ou toute morale à laquelle elles appartiennent. Leur nature se sent plutôt qu'elle ne se conçoit. On les définit en renouvelant Timpression qu'elles ont produite. On les connaît, on les voit, quand on les sent (1). — La Bible définit formellement peu. Des idées prises audessus de la région de l'observation physique ou morale prennent, par analogie, le nom des rapports du monde visible et humain : Dieu est le père des esprits ; )é8Qs4]lhrist est V époux de l'Église. La métaphore est le seul nom de ces choses.
Enfin, quand les idées suffiraient pour faire comprendre les idées, cela ne donnerait pas des choses cette intuition vive, nécessaire au plus grand nombre des esprits. Alors, il faut remplacer ou compléter la méthode directe^ dont nous avons montré les difierentes formes, par la méthode indirectey qui consiste à traduire l'idée dans des faits, de telle sorte qu'on puisse raconter ou décrire l'idée comme on raconte ou décrit le fait. — Remarquons seulement que cela, à proprement parler, ne remplace pas la définition, mais y supplée ou y amène. Il n'y a, en matière d'idées, que les termes abstraits qui puissent être exacts. On peut définir l'idée,
(i) Sens vaste et philosophique du mot e^naitre dans la Bible.
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a) par ses symptômes extérieurs ou ses mamfes* talions (1);
b) par individualisation ou forme concrète ( personrnification), en évitant toutefois l'abus du portrait (2);
c) par des exemples historiques ; — Via brwis per exempla. Aucun peut-être ne se superpose ligne pour ligne à l'idée ; mais en prenant dans chacun des faits ce qu'ils ont de commun et laissant le reste, on construit ridée. Il n'est pas même nécessaire d'en citer plusieurs (3) • Mais il faut que le fait cité définisse, que les éléments essentiels de l'idée y apparaissent distmctement.
d) par le rappel d'une situation ou d'une expérience faite par les auditeurs eux-mêmes ; — la définition devient drame (4) .
e) par la mise en scène de l'orateur lui-même^ qui se place dans la position dont il veut donner une idée : « Je ne sais, dit Pascal, qui m'a mii» a au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que « moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de
(1) Voyez la description de Torgueil dans Bocrdaloue, Pensées sur divers sujets de morale et de religion. (Édition Lefèvrc, tome m, page 416.)
(2) Voyez la description du pénitent par Massillom, Carême, sermon sur le petit nombre des élus. (Édition Lefèvre, tome 1, page 302.)
(3) Abraham et Lot.
Alexandre et son médecin, [grandeur d'âme.]
L'anecdote, racontée par Diderot, [du curé, qui ayant insisté auprès d'un officier pour l'engager à prendre part à une collecte en faveur des nécessiteux de la paroisse, reçut un soufflet et insista de nouveau en disant] : « Ceci est pour moi ; mais pour mes pauvres ? »
[Le trait de ce nègre, qui, interrogé sur les motifs qui l'engageaient à donner des soins à un vieillard, répondit] : « Massa, c'est mon ennemi. »
Voyez Hébreux, XI, 4, 5, 7, 8, ll, 17, 20, 21, 22, 24, 29.
(4) Voyez BosscET, Premier sermon pour la fête de tous les saints {Sermons choisis, page 493) ; et Germond, dans le Becueil de sermons de divers ministres évangéliques du canton de Faud, page 24tf .
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f toutes choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps, « que mes sens, que mon âme, et cette partie même t de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion t sur tout et sur elle-même,' et ne se connaît non plus « que le reste. Je vois ces effroyables espaces de Tuni- < vers qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin « de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je « suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pour- « quoi ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est « assigné à ce point plutôt qu'en un autre de toute l'é- « temité qui m'a précédé, et de toute celle qui me « suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, « qui m'enferment comme un atome, et comme une « ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout fi ce que je connais, est que je dois bientôt mourir ; « mais ce que j'ignore le plus, est cette mort même « que je ne saurais éviter (1), etc. »
f) par une parabole. [Jésus-Christ a souvent usé de cette forme d'enseignement, et il semble que ce soit une des meilleures pour nous aussi, si nous pouvons résister au désir d'y faire de l'esprit. Au reste, la parabole n'est qu'une prolongation de la métaphore, dont il faut toujours se servir pour expliquer les grandes choses. Si l'expression propre est finie, la métaphore est infinie. Il est des choses qu'on ne peut comprendre que par l'ébranlement de l'imagination (2).]
(i) Pascal, Pensées, Partie II, Art. II des anciennes éditions tome H, page 9 édition Faugère.
(2) Parabole d'Éphrem, syrien. — Bridaine, cité par Maurt, Éloquence de la chaire, XX. — Voir aussi dans les Discours sur quelques sujets religieux^ I9 discours intitulé : Les trois réveils^
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On évite la définition formule, mats on M mj^prim ni ne mutile la définition; douvencit toat cela ne fas qu'y introduire ; et, quoi qu'on fasse, alors même qu le prédicateur semble le mmns préoccupé du soin d définir, il met tous ses soins à donner, directement o indirectement, une notion distincte, une intuition yiy de l'idée.
Autant qu'il est possible, la définition doit sottîcîte et mettre en mouvement les forces libres et vives à Tâme. — La définition parfaite serait celle (psi ferai à la fois connaître, comprendre, sentir et croire.